Armes chimiques - Le programme invisible d’Israël

Tel Aviv — En 1971, une trentaine de jeunes recrues de l’armée israélienne ont participé à une expérience secrète. « Vous ne sentirez rien, il vous suffira d’avaler une pilule », leur a-t-on dit. Mais ces durs à cuire de la brigade Golani ont souffert de spasmes violents, de diarrhées et de vomissements et en gardent encore des séquelles. Au début des années 2000, trois d’entre eux ont appris qu’il s’agissait d’un test de vaccin contre les gaz innervants mené par l’Institut de recherches biologiques (IIRB) de Ness Ziona, au sud de Tel-Aviv. Lorsqu’ils ont voulu obtenir réparation en justice, le Melmab, le service de renseignements du ministère de la Défense, leur a fait comprendre qu’ils avaient intérêt à ne pas faire de bruit s’ils voulaient éviter les ennuis. Le message est passé cinq sur cinq, on ne les a plus jamais entendus depuis lors.

 

À l’instar de ce qui se passe avec la centrale nucléaire de Dimona, les programmes de l’IIRB sont classifiés et les noms des membres de son personnel ne peut être publié. Jusqu’au début des années 80, l’existence de cet institut ne pouvait pas être mentionnée publiquement et son site ne figurait sur aucune carte. Car c’est dans cette structure que sont fabriqués différents vaccins, mais également des poisons, utilisés par le Mossad, ainsi que des toxines et les agents chimiques composant certaines des armes non conventionnelles de Tsahal. Dans les années 70, chapeautées par l’IIRB, de jeunes recrues s’entraînaient à la manipulation de gaz et d’armes biologiques concoctées à Ness Ziona. Leurs exercices se déroulaient à l’insu de tous et l’unité à laquelle ils appartenaient n’avait aucune existence officielle. Elle ne portait aucun numéro et ses membres n’avaient pas d’insigne sur leur uniforme.

 

Les grandes puissances n’ont jamais été dupes puisque Markus Klingberg, directeur de l’IIBR de 1957 à 1983, était un agent du GRU (les renseignements militaires soviétiques). Il a donc informé Moscou jusqu’à son arrestation en 1983. Côté américain, une note déclassifiée de la CIA de 1983 affirme qu’un satellite espion a détecté des armes chimiques israéliennes prêtes à l’emploi dans le désert du Neguev.

 

L’IIRB emploie aujourd’hui plus de 300 personnes dont une bonne moitié de docteurs en science. Pour David Ben Gourion, qui l’a créé dans les années 50, les armes non conventionnelles (nucléaires, chimiques, bactériologiques) constituaient la meilleure des assurances vie pour son pays. Ses successeurs sont sur la même ligne, ce qui explique pourquoi Israël n’a pas signé la convention de 1972 interdisant les armes biologiques, et pourquoi il a signé celle de 1993 sur l’interdiction des armes chimiques sans jamais la ratifier.

2 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 18 septembre 2013 05 h 27

    Double standard, toujours

    Israel n'obéit à aucune convention internationale, c'est bien connu. Une nation dont les membres prétendent appartenir à la race élue par Dieu n'a pas à se plier aux lois des hommes, ça s'entend évidemment.

    Tout le monde sait toutes ces choses-là à propos des armes nucléaires, des armes chimiques, des assassinats ciblés, de l'occupation illégale des territoires palestiniens, et j'en passe. Tout le monde sait cela depuis très (trop) longtemps, sans rien faire.

    Ce double standard que l'Occident applique favorablement à tout ce qui vient d'Israel et défavorablement à tout ce qui vient du monde arabe, et de la Palestine surtout, est à mon avis la cause principale du désespoir vécu quotidiennement, notamment en Palestine, et ce depuis des décennies. Un scandale. Et qui est vraisemblablement à l'origine du recours au terrorisme. Si les méthodes légales sont assurées (à cause du double standard) de l'échec, on essaira autre chose, ça va de soi. D'ailleurs, parmi les premiers terroristes de l'ère moderne, on trouve le mouvement sioniste mené par David Ben Gourion lui-même.

    Mon but n'est évidemment pas de cautionner le recours au terrorisme mais d'en reconnaître l'inévitabilité.

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Zohra Joli - Inscrit 18 septembre 2013 08 h 39

    Bravo monsieur Robert Bernier d'appeler un chat chat. En effet c'est ce double standard ou deux poids deux mesures appliqué inlassablement par les pays occidentaux et l'Amerique du Nord qui fait le désespoir et le cynisme au Moyen Orient, et des vrais défendeurs de la démocratie: on ne croit plus en rien, la presse ne nous sert plus que des mensonges, on nous prend continuellement pour des cons ou des pauvres d'esprit.Tout est permis pour Israël, mais pas ses voisins qu'on tue et bombardé et envahit sous n'importe quel prétexte.Merci monsieur Bernier.