Liban : un proche du Hezbollah est nommé premier ministre

Des partisans de Saad Hariri ont manifesté hier à Beyrouth.
Photo: Agence Reuters Sharif Karim Des partisans de Saad Hariri ont manifesté hier à Beyrouth.

Beyrouth — Appuyé par le mouvement chiite Hezbollah, le milliardaire sunnite Najib Mikati a été chargé hier de former le gouvernement au Liban, une nomination dénoncée par son rival Saad Hariri, dont des milliers de partisans ont manifesté parfois violemment à travers le pays.

Après avoir été désigné par décret présidentiel, M. Mikati s'est posé en réconciliateur: cette nomination «n'est pas une victoire d'un camp sur l'autre. C'est la victoire de la réconciliation», a déclaré ce magnat des télécoms de 55 ans. Il a annoncé qu'il entamerait demain ses consultations. Il a tendu la main à tous les groupes politiques libanais en les invitant à surmonter leurs divergences. Contrairement à la plupart des dirigeants libanais, il n'est pas issu de l'une des nombreuses dynasties politiques du pays.

Nadjib Mikati est assuré du soutien de 68 des 128 députés du pays, a-t-on appris de sources politiques. Dans une interview à l'AFP, il s'est défendu d'être «l'homme du Hezbollah», un mouvement soutenu par l'Iran. «Je m'adresse surtout à la communauté internationale, ne jugez pas à l'avance ma personne.»

Il avait été porté à la tête du gouvernement à titre provisoire en avril 2005, alors que la Syrie avait été contrainte de retirer ses forces du Liban après l'assassinat du premier ministre de l'époque, Rafic Hariri. Il était resté à ce poste jusqu'à la victoire électorale de la coalition entre sunnites, chrétiens et druzes formée autour de Saad Hariri, fils du premier ministre assassiné.

Et Hariri ?


M. Mikati a dit espérer que le camp de Saad Hariri reviendrait sur sa décision de boycotter tout cabinet dirigé par un candidat soutenu par le Hezbollah. Le camp Hariri craint une mainmise du puissant parti chiite sur le pouvoir.

L'annonce de la nomination de M. Mikati a été précédée par des manifestations à l'appel des partisans de Saad Hariri accusant le Hezbollah de «coup d'État», M. Hariri étant considéré comme le leader le plus populaire de la communauté sunnite, d'où doit être issu le premier ministre.

À Tripoli, où la majorité des écoles et des commerces ont fermé, des milliers de personnes ont manifesté en portant des photos de Saad Hariri. Certains ont brûlé une photo de M. Mikati.

Cette nomination intervient moins de deux semaines après la chute du gouvernement Hariri, provoquée par la démission des ministres du camp du Hezbollah. La crise porte sur le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), chargé de juger les responsables de l'assassinat de l'ex-premier ministre Rafic Hariri.

Le Hezbollah, qui accuse le TSL d'être instrumentalisé par Israël et les États-Unis, s'attend à être mis en cause par le tribunal et avait sans succès tenté d'obtenir que Saad Hariri le désavoue.

Des observateurs craignent que M. Mikati n'accepte, sous la pression du Hezbollah, de mettre des bâtons dans les roues du TSL.

La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, dont le pays apporte une aide économique et militaire au Liban et considère le Hezbollah comme une organisation terroriste, a mis en garde qu'un gouvernement «contrôlé» par le parti chiite aurait «clairement un impact» sur les liens bilatéraux.

M. Mikati a cependant affirmé que le Liban ne pouvait «qu'avoir de très bonnes relations» avec Washington.

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Avec Reuters

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