Le conflit israélo-palestinien - Et après La Mecque, quoi ?

Ismaël Haniyeh (à gauche) et Mahmoud Abbas se sont rencontrés jeudi à Gaza.
Photo: Agence Reuters Ismaël Haniyeh (à gauche) et Mahmoud Abbas se sont rencontrés jeudi à Gaza.

Les accords conclus à La Mecque semblent avoir mis un terme aux affrontements interpalestiniens des dernières semaines, qui ont coûté la vie à plus de 130 personnes. Il faut cependant une bonne dose d'optimisme pour croire que la formation d'un nouveau gouvernement palestinien, dans lequel le parti islamiste Hamas renoncera à plusieurs postes clés, suffira à relancer un processus de paix israélo-palestinien en panne depuis le début du jeune siècle.

Dans les circonstances, on se demande à quoi servira la rencontre prévue lundi entre le premier ministre israélien, Éhoud Olmert, et le président palestinien, Mahmoud Abbas, en présence de la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice. Cette dernière a parlé de donner aux Palestiniens un «horizon politique», sans trop donner de précisions sur ce nouveau concept. Il s'agit, selon les informations fournies par le département d'État, d'amorcer, ou de tenter d'amorcer, une discussion sur les «contours» d'un futur État palestinien, en remettant à plus tard toute discussion sur les frontières permanentes, le statut de Jérusalem et l'épineuse question des réfugiés palestiniens.

Cela reviendrait à aborder des questions prévues dans la deuxième phase de la «feuille de route», le plan international concocté en 2003 par les États-Unis, l'Union européenne, l'ONU et la Russie (le «Quartet» des médiateurs), alors que les questions prévues dans la première partie sont loin d'avoir toutes été résolues. Celles-ci comprenaient, entre autres choses, des mesures de confiance réciproques, telles que la cessation des violences (attentats, tirs de roquettes et assassinats ciblés), une réforme de l'Autorité palestinienne (en partie réalisée), un gel de la colonisation juive en Cisjordanie et la cessation des démolitions de résidences palestiniennes.

L'ambitieuse «feuille de route» prévoyait en moins de trois ans une résolution complète du conflit israélo-palestinien, vieux de 59 ans. Toutes les échéances alors établies ont été dépassées.

Olmert et Abbas ne s'entendent apparemment pas sur l'ordre du jour du sommet de lundi. Au début de la semaine, le premier ministre israélien a clairement réitéré son refus d'aborder les questions des réfugiés, de Jérusalem et des frontières, même temporaires, du futur État palestinien, alors que le président de l'Autorité palestinienne souhaiterait au moins amorcer des négociations sur certaines d'entre elles. M. Olmert a également dit que la réunion à trois ne devrait pas être un substitut à des rencontres strictement bilatérales, ce qui laisse penser que rien de très spectaculaire ne devrait en résulter.

Malgré la faiblesse des leaders israélien et palestinien, la chaos à Gaza, auquel s'ajoutent celui qui règne en Irak, l'instabilité au Liban et la montée en puissance de l'Iran, ont convaincu plusieurs acteurs, régionaux et autres, de donner un coup d'accélérateur au «processus de paix».

Officiellement, Washington dit attendre les détails de la formation du gouvernement d'union palestinien avant d'arrêter sa position. Toutefois, selon le quotidien israélien Haaretz, qui citait jeudi un proche de Mahmoud Abbas, Washington a déjà décidé d'éviter tout contact avec les ministres palestiniens, même avec ceux qui n'appartiennent pas au Hamas, tant que le nouveau gouvernement ne se pliera pas aux conditions du «Quartet», c'est-à-dire la renonciation à la violence, la reconnaissance du droit à l'existence de l'État d'Israël et le respect des accords déjà signés par l'Autorité palestinienne.

À La Mecque, la semaine dernière, seule la troisième condition a été acceptée, dans des termes jugés faibles par certains.

L'attribution du poste de ministre de l'Intérieur pourrait également être déterminante.

Washington semble donc continuer de miser sur Mahmoud Abbas comme seul interlocuteur dans le dossier. Après l'élection du Hamas aux législatives palestiniennes le 25 janvier 2006, les États-Unis, mais aussi l'Union européenne et le Canada, ont suspendu leur aide financière à l'Autorité palestinienne, qui ne parvient plus à payer les salaires de ses nombreux fonctionnaires. Depuis le début des violences interpalestiniennes, Washington a par ailleurs versé quelque 86 millions à M. Abbas pour l'aider à renforcer les forces de sécurité qui lui sont fidèles.

La recherche d'unité au sein du leadership palestinien a brouillé la distinction qui existait entre «modérés» (le Fatah de M. Abbas) et «extrémistes» (le Hamas), affirmait cette semaine le Washington Institute for Near East Policy. Abbas, qui avait dans un premier temps menacé de déclencher de nouvelles élections afin de résoudre la crise amenée par l'arrivée au pouvoir du Hamas, aurait fait trop de concessions au parti islamiste, juge ce think tank américain.

Rachad Antonius, professeur de sociologie à l'UQAM, fait une lecture différente de la situation. «Le Hamas a aussi fait des concessions en laissant certains postes clés au Fatah. Des concessions de part et d'autre étaient nécessaires pour mettre fin à la violence», dit-il.

«La seule chose qui puisse mettre fin au conflit entre le Hamas et le Fatah, c'est la fin des sanctions», pense M. Antonius, pour qui le blocage des aides internationales et des taxes palestiniennes par Israël crée des difficultés qui ont donné à ce conflit des «proportions incroyables».

À long terme, ajoute-t-il, seule la fin de l'occupation peut mettre définitivement fin au chaos. «La communauté internationale pratique une politique de deux poids deux mesures en imposant des conditions à la partie palestinienne mais en n'exigeant pas qu'Israël se retire des territoires occupés conformément au droit international», fait valoir M. Antonius.

En Israël, le gouvernement de coalition dirigé par Éhoud Olmert, le chef du Kadima fondé par Ariel Sharon, a été porté au pouvoir sur la promesse de procéder à un retrait militaire unilatéral de la majeure partie de la Cisjordanie, après celui de la bande de Gaza en 2005.

Les roquettes tirées à partir de ce dernier territoire, mais surtout la guerre au Liban de l'été dernier, ont rendu cette option inopérante. Les ratés du conflit avec le Hezbollah libanais ont en outre rendu le gouvernement très impopulaire.

En même temps, il existe en Israël un assez large consensus sur le tort que cause l'occupation prolongée des territoires palestiniens et sur le danger que représente le chaos qui règne à Gaza. Deux ministres, le très critiqué Amir Peterz (Défense) et la titulaire des Affaires étrangères, Tipi Livni, ont proposé de nouveaux plans de paix ou de nouvelles «feuilles de route». Signe des divisions qui minent le cabinet israélien, ces propositions n'ont pas été avalisées par M. Olmert.

Tant l'Arabie saoudite, qui a les moyens de rendre le Hamas moins dépendant de l'aide de Téhéran, que les États-Unis et Israël sont intéressés à réduire l'influence iranienne dans la région — une préoccupation très présente dans l'esprit des décideurs et des intellectuels israéliens depuis la guerre contre le Hezbollah. Néanmoins, les opinions sur le parti islamiste diffèrent. «Les États-Unis le perçoivent à travers la lunette de leur guerre contre le terrorisme sunnite, tandis qu'Israël, plus pragmatique, le considère surtout du point de vue de sa propre sécurité», signalait récemment Asher Susser, directeur du centre d'étude sur le Moyen-Orient de l'Université de Tel-Aviv lors d'une conférence prononcée à Montréal.