L'accord interpalestinien est diversement accueilli

L’armée israélienne a pris position aux abords de la mosquée al-Aqsa.
Photo: Agence Reuters L’armée israélienne a pris position aux abords de la mosquée al-Aqsa.

La Mecque et Jérusalem — Embarras à Washington, optimisme prudent de l'Union européenne, rappel des exigences internationales du côté israélien et joie mêlée d'espoir dans les territoires palestiniens: l'accord sur le partage du pouvoir entre le Hamas et le Fatah, destiné à mettre fin à des mois d'effusion de sang entre les deux factions, a été diversement accueilli.

Aux termes de l'accord signé jeudi soir à La Mecque, en Arabie saoudite, après deux jours d'intenses négociations, le Hamas détiendrait neuf postes au gouvernement, dont celui de premier ministre qui resterait à Ismaïl Haniyeh, le Fatah du président Mahmoud Abbas en aurait six, et d'autres factions, quatre. Les indépendants obtiendraient l'important portefeuille de l'Intérieur, attribué à une personnalité proposée par le Hamas et approuvée par M. Abbas, et prendraient les commandes des Affaires étrangères et de la Planification.

Le Hamas a insisté hier sur le fait que cet accord ne l'obligeait en rien à reconnaître Israël même si le cabinet d'union auquel il participera s'engage à respecter les accords signés par l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), y compris ceux signés avec Israël.

Parrainés par le roi Abdallah, M. Abbas et le chef en exil du Hamas, Khaled Mechaal, ont paraphé l'accord dans la nuit de jeudi à hier après deux jours d'intenses et âpres discussions.

L'accord interdit l'effusion «du sang palestinien», «affirme l'unité nationale et adopte le dialogue comme seul moyen pour le règlement des conflits», selon Nabil Amr, membre du Fatah et conseiller du président Abbas.

Selon ce dernier, Mahmoud Abbas a demandé à M. Haniyeh de former le nouveau gouvernement d'union nationale sous cinq semaines.

Le Hamas promet de «respecter» les précédents accords de paix avec Israël alors que le président de l'Autorité palestinienne, élu en 2005, voulait que le Mouvement de la résistance islamique s'«engage» fermement sur ce point pour rassurer Israël et les Occidentaux et obtenir la levée de l'embargo ainsi que la reprise des négociations de paix.

Aides bloquées

L'État hébreu, les États-Unis et l'Union européenne bloquent en effet les aides directes au gouvernement palestinien depuis la prise de fonctions des islamistes vainqueurs des élections législatives de janvier 2006, le Hamas refusant de renoncer explicitement à la violence et de reconnaître Israël et les accords de paix passés avec ce pays. Le Quartette pour la paix au Proche-Orient (États-Unis, ONU, UE, Russie) avait également posé ces trois conditions pour examiner toute aide future au gouvernement.

Réagissant à l'annonce de l'accord jeudi, la porte-parole du gouvernement israélien Miri Eisin a souligné que le nouvel exécutif palestinien d'union nationale devait «respecter» et «accepter» les conditions internationales.

À Washington, le porte-parole adjoint du département d'État Tom Casey a observé que les Américains attendaient de voir à quoi ressemblerait «l'accord définitif» pour «procéder à une évaluation» afin de déterminer s'il répond aux exigences internationales.

L'Union européenne se montrait quant à elle «positivement prudente» hier. «Nous allons examiner tous les détails de cet accord d'une manière prudente», a expliqué Cristina Gallach, porte-parole de Javier Solana, le haut représentant de l'UE pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC).

En France, le ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a salué «un pas dans la bonne direction vers la pleine adhésion aux demandes de la communauté internationale». Le porte-parole du Quai d'Orsay, Jean-Baptiste Mattéi, a estimé qu'il fallait «tout faire pour ne pas décourager les Palestiniens» et a lancé à leur intention: «Si vous faites encore quelques pas, la communauté [internationale] sera prête à revoir sa politique en matière de coopération.»

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a également exprimé sa satisfaction, «espérant» que l'accord «crée un meilleur avenir pour le peuple palestinien». L'Arabie saoudite, qui a mis tout son poids dans la balance, a promis un milliard de dollars d'aide aux Palestiniens, d'après un conseiller politique d'Ismaïl Haniyeh.

À Gaza, l'annonce de l'accord, alors que les territoires se trouvaient au bord de la guerre civile, a été célébrée pendant plus d'une heure par des tirs en l'air. Mais la joie le partage à la douleur d'avoir vu les affrontements interpalestiniens faire plus de 130 morts depuis mai, dont au moins 30 dans les quatre jours précédant la trêve décrétée dimanche soir.

«Nous avons laissé derrière nous pour toujours tous ces jours sombres et entamé un nouveau chapitre avec un nouveau gouvernement et une nouvelle voie en Palestine», s'est félicité hier le président Abbas. Le chef politique du Hamas en exil Khaled Mechaal a juré que le règlement mettrait fin aux violences.

Bousculade

De violents heurts ont éclaté hier sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem, où la police israélienne a dispersé manu militari des fidèles palestiniens protestant contre des travaux israéliens controversés près du lieu saint. Trente-cinq personnes ont été blessées, 20 Palestiniens et 15 policiers israéliens, la plupart légèrement, selon des sources palestinienne et israélienne.

Des centaines de policiers portant des casques et munis de boucliers de protection ont fait irruption sur l'esplanade immédiatement après la grande prière du vendredi. Ils ont tiré des grenades assourdissantes et lacrymogènes pour disperser les manifestants qui ont lancé des pierres. Dix-sept musulmans accusés d'avoir pris part aux troubles ont été arrêtés, a affirmé le porte-parole de la police, Micky Rosenfeld.

De nombreux fidèles, fuyant les tirs et l'odeur du gaz, se sont réfugiés dans une bousculade à l'intérieur d'al-Aqsa, la principale mosquée sur l'esplanade. Les femmes se sont abritées dans le Dôme du Rocher au milieu de cris de panique. Les fidèles ont ensuite pu quitter les lieux sans être inquiétés par la police l'office des biens religieux musulmans.

«C'est une agression flagrante contre al-Aqsa et les fidèles», a déclaré à l'AFP le mufti de Jérusalem, le cheikh Mohammad Hussein. Le président palestinien Mahmoud Abbas a vivement dénoncé, en Arabie saoudite, «la répression israélienne». «Aujourd'hui, c'est un jour de colère en Palestine en raison des mesures de l'occupant à Jérusalem et de la répression des autorités d'occupation.»

Des heurts se sont également produits aux entrées de la vieille ville entre les forces de l'ordre israéliennes et des Palestiniens qui avaient été empêchés de se rendre sur l'esplanade, le troisième lieu saint de l'islam, selon des témoins.

Les travaux lancés mardi à une des entrées de l'esplanade, celle dite des Maghrébins, ont suscité une levée de boucliers chez les Palestiniens et dans le monde arabo-musulman. Des dignitaires musulmans ont proclamé une «journée de colère» hier pour protester contre le chantier. Dans son prêche, le mufti de Jérusalem a stigmatisé les travaux et dénoncé «la politique de judaïsation de Jérusalem».

Seuls les musulmans âgés de plus de 45 ans et détenteurs de cartes d'identité délivrées par Israël ainsi que les femmes avaient été autorisés à prier sur le site.

Israël a entamé mardi des fouilles archéologiques avant la pose de poutres de soutènement pour une rampe menant à la porte des Maghrébins, l'actuelle structure en bois ayant été endommagée par une tempête de neige en 2004. Mais selon le Waqf, l'office des biens religieux musulmans, les travaux menacent les fondations de l'esplanade.

En 1996, le percement d'un tunnel à proximité de l'esplanade avait déclenché des émeutes qui ont fait plus de 80 morts .

Associated Press, AFP et AP