Le centre de Beyrouth submergé à l'appel du Hezbollah

Beyrouth a croulé sous une mer de drapeaux et de pancartes comme celle-ci à l’effigie du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.
Photo: Agence Reuters Beyrouth a croulé sous une mer de drapeaux et de pancartes comme celle-ci à l’effigie du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

Beyrouth — Des centaines de milliers de partisans de l'opposition libanaise ont submergé hier le centre de Beyrouth, faisant franchir un cap supplémentaire à la campagne du Hezbollah pour obtenir la démission du gouvernement de Fouad Siniora.

Le parti chiite, qui mène campagne depuis dix jours contre un gouvernement qu'il accuse de connivence avec les États-Unis, a réussi sa démonstration de force: une marée humaine s'est répandue dans la capitale. «Siniora dehors !», a scandé la foule, qui agitait encore à la tombée de la nuit des drapeaux libanais rouge et blanc frappés du cèdre vert au son de chants nationalistes.

La manifestation qui s'est achevée dans la soirée, est difficile à quantifier, mais ce rassemblement, qui avait débuté sous un soleil radieux et dans une atmosphère saturée par les haut-parleurs et d'incessants roulements de tambour, pourrait bien être le plus massif de l'histoire du pays. Des responsables de l'opposition avancent un nombre de deux millions de manifestants (le Liban compte 4,9 millions d'habitants).

«En cette occasion, j'invite tous les manifestants à revenir aux institutions constitutionnelles afin de discuter de toutes les questions controversées et de parvenir à une réelle solution», a déclaré dans un communiqué Siniora, retranché à l'intérieur du Grand Sérail, une ancienne forteresse ottomane qui abrite les services du gouvernement.

Des centaines de gardes avaient déroulé des rouleaux de fil de fer barbelé et érigé des barricades autour des bureaux. Des milliers de soldats et de policiers avaient été déployés en renfort dans le reste de la ville. La manifestation a attiré dans la capitale de nombreux habitants originaires des campagnes faisant de la main le V de la victoire à bord d'autocars arborant des drapeaux aux fenêtres.

Médiation
De source proche du gouvernement, on a annoncé que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, arriverait demain à Beyrouth pour relancer les discussions sur une proposition de sortie de crise. Moussa était à Beyrouth la semaine dernière avant de se rendre à Washington. L'émissaire soudanais Moustafa Osman Ismaïl a déclaré sur la chaîne Al Arabiya que toutes les parties impliquées dans la crise au Liban avaient accepté le principe d'une médiation de la Ligue arabe.

Le premier ministre a déclaré hier que l'avenir du Liban était en train de se jouer, ajoutant croire néanmoins que la démocratie y était assez solide pour absorber le choc des manifestations. «Nos existences politiques et économiques, notre sécurité, tout notre système sont aujourd'hui confrontés à un défi majeur. Ce défi recouvre la vision de l'avenir du Liban et sa place dans la région et dans le monde», a-t-il dit.

Dans une atmosphère de tension qui, pour certains, risque de faire basculer le pays dans une nouvelle guerre civile, des sympathisants de l'opposition campent depuis le 1er décembre dans le centre de la capitale. Ils exigent la formation d'un gouvernement d'union nationale au sein duquel la minorité associant les chiites du Hezbollah et d'Amal et la faction chrétienne dirigée par le général Michel Aoun disposerait d'un pouvoir de blocage. Si Siniora ne se retire «dans les tout prochains jours», a lancé hier le général Aoun, l'opposition réclamera un gouvernement de transition et la tenue d'élections anticipées.

Fouad Siniora et la majorité antisyrienne, composée de sunnites, de Druzes et d'une partie de la communauté chrétienne, refusent de céder à ce que le premier ministre qualifie de tentative de coup de force. Ils accusent la minorité de chercher, par ce mouvement de protestation et la démission en novembre des six ministres pro-syriens, à empêcher la création d'un tribunal international chargé de juger les assassins présumés de l'ancien premier ministre Rafic Hariri.

Une enquête de l'ONU dénonce l'implication de responsables syriens et libanais dans cet assassinat, ce que Damas dément. Le président Émile Lahoud, homme lige de Damas au Liban, a refusé samedi d'entériner la création de ce tribunal, approuvée par le cabinet de Siniora, au motif que le gouvernement aurait perdu toute légitimité depuis la démission des cinq ministres chiites du Hezbollah et du mouvement Amal et d'un autre proche du président Émile Lahoud.

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