Beyrouth en état d'alerte maximale - Démonstration de force de l'opposition libanaise

Le ralliement de plusieurs centaines de milliers de personnes s’est déroulé sans incident.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le ralliement de plusieurs centaines de milliers de personnes s’est déroulé sans incident.

Beyrouth — Des centaines de milliers de personnes ont manifesté hier dans le centre de Beyrouth, sous sécurité maximale, pour réclamer la chute du gouvernement de Fouad Siniora, soutenu par l'Occident, à l'appel de l'opposition menée par le parti chiite prosyrien Hezbollah.

En soirée, les accès au siège du gouvernement, où se tenait un sit-in de l'opposition, ont été presque entièrement débloqués, a indiqué une source gouvernementale.

Des groupes de manifestants avaient bloqué en fin de journée, notamment à l'aide de tentes, toutes les rues menant au siège du gouvernement, où plusieurs ministres, ainsi que le premier ministre Fouad Siniora, sont installés.

De leur côté, des manifestants ont pris leurs dispositions pour passer la nuit au centre-ville.

Hurlant «Siniora, va-t-en!», «Mort à l'Amérique, mort à Israël!», agitant des drapeaux libanais, rouges et blancs frappés du cèdre vert, une marée humaine avait envahi à la mi-journée les abords du palais du gouvernement, transformé en camp retranché, et les deux grandes places du centre de Beyrouth.

Service d'ordre

Une rangée d'hommes en civil au coude à coude séparait les militaires de la foule: le Hezbollah, un parti politique très structuré doublé d'une organisation militaire, avait mobilisé des milliers d'hommes pour assurer le service d'ordre.

Le camp de l'opposition ainsi que celui de la majorité antisyrienne avaient multiplié les appels au calme avant cette manifestation alors que la crise politique qui paralyse le pays a connu ces

derniers jours une dangereuse escalade.

Le rassemblement s'est finalement déroulé sans incident et le gros de la foule s'est dispersé en fin de journée.

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait appelé jeudi «tous les Libanais» à manifester pacifiquement.

Son allié, le général Michel Aoun, chef de l'opposition chrétienne, avait lancé un appel dans le même sens.

Prenant la parole derrière une vitre pare-balles, le général Aoun a demandé au premier ministre et à tout le gouvernement, «qui ont commis beaucoup d'erreurs, de démissionner» pour ouvrir la voie à un cabinet d'union.

Crise

Le mouvement chiite Amal et des partisans du président prosyrien Émile Lahoud participaient eux aussi à la manifestation.

Des tentes ont été dressées sur l'une des places du centre de Beyrouth, comme au printemps 2005, lorsque les partisans de Rafic Hariri, l'ancien premier ministre assassiné, s'étaient mobilisés jour et nuit pour réclamer le départ des troupes syriennes du Liban.

Cette manifestation, après des semaines d'une crise qui paralyse les institutions du pays, avait pour but affiché de faire tomber le gouvernement de Fouad Siniora, issu de la majorité parlementaire antisyrienne au pouvoir depuis les élections de mai-juin 2005, et de provoquer des élections législatives anticipées.

Fouad Siniora a rétorqué jeudi que son gouvernement «ne cédera pas» aux tentatives de rétablir la «tutelle» étrangère sur le Liban.

Il faisait allusion aux 29 années de présence syrienne au Liban (1976-2005), qui ont pris fin en avril 2005 sous la pression de la communauté internationale et de la rue.

Le premier ministre a également fait part, lors d'un entretien téléphonique avec son homologue français Dominique de Villepin, de sa «détermination à poursuivre son action malgré les pressions», selon l'entourage de M. de Villepin.

Damas soupçonné

Le camp antisyrien soupçonne Damas de vouloir rétablir sa tutelle sur le Liban et torpiller le projet de tribunal international pour juger les assassins de Rafic Hariri, tué à Beyrouth le 14 février 2005.

Des responsables syriens et libanais ont été mis en cause dans cet attentat, mais Damas a toujours protesté de son innocence.

Depuis plusieurs semaines, le Hezbollah, soutenu par la Syrie et l'Iran, réclame pour lui et ses alliés chrétiens une place accrue au sein du gouvernement, dont six ministres prosyriens ont claqué la porte en accusant la majorité antisyrienne d'accaparer le pouvoir.

Depuis lors, la légitimité du gouvernement n'est plus reconnue, ni par le chef de l'État ni par le président du Parlement, Nabih Berri, deux proches de Damas.

Les tensions se sont encore aggravées après l'assassinat, le 21 novembre, du ministre chrétien Pierre Gemayel, pour lequel les dirigeants de la majorité ont une nouvelle fois mis en cause la Syrie.

La majorité avait transformé les obsèques du ministre, le 23 novembre à Beyrouth, en un immense rassemblement contre le régime de Damas, sur les lieux mêmes de la manifestation d'hier.

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