Paris veut aider à sécuriser le port stratégique d'Odessa

Cette photo prise le 20 mai montre des militaires russes patrouiller les rues de Kherson durant l’invasion de la Russie en Ukraine.
Olga Maltseva Agence France-Presse Cette photo prise le 20 mai montre des militaires russes patrouiller les rues de Kherson durant l’invasion de la Russie en Ukraine.

La France s’est dite vendredi prête à aider à lever le blocus du port ukrainien d’Odessa afin de débloquer les céréales à l’origine d’une crise alimentaire mondiale. Dans le sud et l’est du pays, des combats meurtriers continuaient de faire rage.

« Nous sommes à disposition des parties pour, au fond, que se mette en place une opération qui permettrait d’accéder au port d’Odessa en toute sécurité, c’est-à-dire de pouvoir faire passer des bateaux en dépit du fait que la mer est minée », a déclaré un conseiller du président Emmanuel Macron.

Ces déclarations sont survenues alors que M. Macron recevait vendredi le président sénégalais, Macky Sall, président en exercice de l’Union africaine. M. Sall avait appelé jeudi au déminage du port d’Odessa, et indiqué avoir reçu des assurances du président Vladimir Poutine selon lesquelles les Russes n’en profiteraient pas pour attaquer, comme le redoutent les Ukrainiens.

L’invasion russe lancée le 24 février a paralysé les exportations de céréales de l’Ukraine — acteur majeur de ce secteur — et provoqué une flambée des prix des céréales et des engrais, ce qui menace de crise alimentaire de nombreux pays, surtout africains et moyen-orientaux.

Le président français doit se rendre en Roumanie et en Moldavie mardi et mercredi, en attendant une visite en Ukraine, dont la date n’a pas encore été fixée, selon l’Élysée.

Bombardements sur Kherson

 

Sur le terrain, les forces ukrainiennes ont indiqué vendredi avoir bombardé des positions russes dans la région occupée de Kherson, dans le sud, dont Kiev redoute une prochaine annexion par Moscou.

Depuis plusieurs jours, les Ukrainiens font état de combats dans cette région, dont la quasi-totalité est occupée par les troupes russes depuis les premiers jours de l’invasion.

Les autorités locales mises en place par Moscou réclament haut et fort une annexion. Un négociateur russe a évoqué le 1er juin l’organisation prochaine — peut-être en juillet — d’un référendum dans les territoires occupés sur cette question.

Un projet qualifié d’« illégal » par Kiev et qui rappelle le référendum organisé par la Russie en Crimée en 2014, avant qu’elle annexe la péninsule ukrainienne dans la foulée.

Les combats sont également intenses dans la région de Mykolaïv, voisine d’Odessa. « Les Russes nous visent à l’artillerie lourde, que ce soit en ville ou dans les villages », a déclaré à l’AFP Vitali Kim, gouverneur de cette région, tout en se félicitant que les Russes aient reculé ces derniers jours. « Ils ne reviendront pas, nous ne les laisserons pas revenir », a-t-il assuré.

Dans le Donbass, la bataille pour la ville clé de Severodonetsk et sa jumelle Lyssytchansk continue, de plus en plus meurtrière. « Severodonetsk, Lyssytchansk et d’autres villes du Donbass, que les occupants considèrent maintenant comme leurs cibles, tiennent bon », a déclaré le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, dans une allocution jeudi soir.

Un peu plus tard, dans son habituel message quotidien du soir, il a fait état « de très violents combats » dans le Donbass. « La Russie veut dévaster chaque ville du Donbass, chacune, sans exagération. Comme Volnovakha, comme Marioupol », a-t-il relevé.

« Les militaires ukrainiens font tout pour arrêter les attaques des occupants », a-t-il lancé.

Mais les combats se poursuivent dans Severodonetsk, et les bombardements sont constants, a indiqué vendredi Serguiï Gaïdaï, gouverneur de la région. Il a souligné notamment que le Palais des glaces, un des symboles de la ville, avait été détruit dans un incendie résultant d’un bombardement russe.

Après avoir affirmé il y a trois jours que Moscou s’était fixé pour objectif de prendre la ville d’ici le 10 juin, il s’est félicité que les forces adverses n’aient « pas réussi ».

L’Ukraine pourrait reprendre Severodonetsk « en deux, trois jours », dès qu’elle disposera d’artillerie occidentale « de longue portée », avait assuré jeudi M. Gaïdaï.

Les Ukrainiens ne cessent de réclamer à leurs alliés occidentaux de nouvelles armes plus puissantes. La livraison de systèmes de lance-roquettes multiples, notamment de Himars d’une portée d’environ 80 km, soit légèrement supérieure aux systèmes russes, a été annoncée par Washington et Londres, mais on ignore quand les Ukrainiens pourront commencer à les utiliser.

L’armement occidental arrive au compte-goutte, car les alliés veulent s’assurer que Kiev est capable de l’absorber en toute sécurité et de limiter les risques de bombardement de ses stocks de munitions, selon des sources militaires américaines.

Dans ce contexte, le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, a fait une visite non annoncée de deux jours à Kiev. Le président Zelensky l’a remercié pour le rôle moteur de Londres dans le soutien occidental à l’Ukraine.

« Les mots se transforment en actions. C’est la différence entre les relations entre l’Ukraine et le Royaume-Uni et celles entre l’Ukraine et d’autres pays », a déclaré en le recevant M. Zelensky, dans une apparente pique à l’encontre d’autres pays européens, qu’il n’a pas nommés. « Les Britanniques font preuve d’un vrai leadership dans les questions de défense », a souligné le président ukrainien dans son message du soir.

Au 107e jour de la guerre, les chefs d’État de neuf pays d’Europe centrale et orientale (Roumanie, Pologne, Hongrie, Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, République tchèque, Slovaquie) se sont retrouvés vendredi à Bucarest pour demander un renforcement du flanc oriental de l’OTAN face à l’agression russe en Ukraine, à moins de trois semaines d’un sommet de l’Alliance à Madrid.

« Face aux risques accrus pour la sécurité en Roumanie et en mer Noire, consolider l’OTAN sur son flanc est […] devient d’autant plus urgent et crucial », a déclaré le président roumain, Klaus Iohannis, en ouvrant la réunion, coprésidée par son homologue polonais, Andrzej Duda.



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