Kiev bombardée durant la visite du secrétaire général de l’ONU

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, est en visite dans la région de Kiev.
Photo: Sergei Supinsky Agence France-Presse Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, est en visite dans la région de Kiev.

La capitale ukrainienne a été la cible de frappes de missiles jeudi soir. Hautement symboliques, ces premiers bombardements sur Kiev depuis le redéploiement de l’armée russe dans l’est de l’Ukraine coïncident avec la visite au pays du secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Plusieurs témoins ont pu constater sur place un étage d’un bâtiment en feu avec de la fumée noire s’échappant des fenêtres brisées, tandis que de nombreux policiers et des secouristes étaient présents sur les lieux.

« Dans la soirée, l’ennemi a tiré sur Kiev. Deux frappes sur le quartier de Chevchenkovsky », a confirmé le maire de Kiev, Vitali Klitschko. Selon le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, ce sont « cinq missiles » qui se sont abattus en tout sur la capitale.

Les services de secours ont écrit sur Facebook que 10 personnes avaient été blessées dans ces attaques de missiles. Un immeuble résidentiel de 25 étages était visé, « dont les deux premiers étages ont été partiellement détruits », selon la même source.

Ces frappes — les premières sur la capitale depuis la mi-avril — coïncident avec la visite du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, en Ukraine.

M. Guterres est « choqué », mais « en sécurité », a pour sa part tenu à rassurer un porte-parole des Nations unies, Saviano Abreu, déplorant que « cela soit arrivé à proximité de là où nous nous trouvions », bien que ce soit une « zone de guerre ».

« Cela en dit long sur la véritable attitude de la Russie envers les institutions internationales, sur les efforts des dirigeants russes pour humilier l’ONU et tout ce que l’organisation représente », a commenté M. Zelensky dans une vidéo.

En dépit de ces bombardements, M. Guterres a tout de même pu tenir une conférence de presse en matinée afin de fustiger l’inaction du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette instance « a échoué à faire ce qui était en son pouvoir pour empêcher et mettre fin à cette guerre », a-t-il déclaré, estimant que c’était « source d’une grande déception, de frustration et de colère ».

Il a appelé du même souffle le président russe à « accepter de coopérer » avec l’enquête de la Cour pénale internationale sur de possibles crimes de guerre perpétrés en Ukraine. « J’imagine ma famille dans une de ces maisons […], je vois mes petites-filles courir en panique. La guerre est une absurdité au XXIe siècle, aucune guerre n’est acceptable au XXIe siècle », a-t-il déclaré en matinée à Borodianka, une des localités de la banlieue de Kiev où les Ukrainiens accusent les Russes d’avoir commis des exactions pendant leur occupation de la région en mars.

« Tout le monde devrait toujours se souvenir d’une chose : quelle que soit la guerre, ce sont toujours les civils qui paient le prix le plus élevé », y a-t-il déclaré, devant un immeuble d’habitation en partie détruit par les bombardements, et avant de se rendre à Kiev.

Feu nourri de bombes

 

Le sud et l’est de l’Ukraine, où se concentre à présent l’offensive russe, subissaient jeudi un feu nourri de bombes.

« L’ennemi intensifie son offensive. Les occupants effectuent des frappes pratiquement dans toutes les directions, avec une activité particulièrement intense dans les régions de Kharkiv et le Donbass », a indiqué l’état-major ukrainien dans sa note matinale.

Selon lui, l’armée russe tente d’empêcher le transfert de forces ukrainiennes du nord vers l’est.

Dans les villes bombardées, les pompiers ukrainiens foncent d’un incendie à l’autre, comme à Kharkiv, où plus de 2000 bâtiments ont été endommagés ou détruits par le feu, selon Ievguen Vassylenko, porte-parole régional des services d’urgence ukrainiens.

« Et ça continue comme ça tous les jours. Les gars n’ont pas assez de temps pour se reposer, c’est le plus difficile. C’est épuisant », a laissé savoir Roman Katchanov, à la tête de la caserne numéro 11 de la deuxième ville d’Ukraine.

Bras de fer sur le gaz

 

Loin des champs de bataille, mais encore trop près des champs de gaz russe, les Européens ont tergiversé toute la journée afin de statuer sur la menace russe de fermer le robinet des hydrocarbures.

Le géant gazier russe Gazprom a en effet suspendu mercredi toutes ses livraisons de gaz vers la Bulgarie et la Pologne, toutes deux membres de l’Union européenne et de l’OTAN, parce qu’ils ont refusé de payer leur énergie en roubles, la devise de Russie.

La Commission européenne a établi jeudi que le mécanisme de conversion en roubles imposé par Moscou représente un contournement des sanctions occidentales.

Le décret du Kremlin « introduit une nouvelle procédure de paiement en deux phases », avec d’abord un versement sur un compte de Gazprombank en euros ou dollars, puis la conversion en roubles sur un second compte ouvert auprès du même établissement, a expliqué la Commission européenne. Cette conversion suppose donc une transaction avec la Banque centrale russe, ce que le régime des sanctions interdit.

« Dans ce système sophistiqué, les entreprises ne sont considérées comme ayant acquitté leur versement qu’une fois leurs devises transformées en roubles, dans un délai et à un taux de change qu’elles-mêmes ne contrôlent absolument pas […]. De toute évidence, c’est une contravention aux sanctions », a expliqué un porte-parole de l’exécutif européen.

Mercredi, le ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck, avait donné une interprétation différente du décret russe. « Les versements seront effectués en euros, puis transférés par Gazprombank sur un compte en roubles : c’est la voie que nous suivons, c’est la voie que l’Europe nous a montrée, c’est compatible avec les sanctions » et « conforme aux contrats » passés, avait-il assuré.

La question sera au menu, lundi prochain, d’une réunion extraordinaire des ministres de l’Énergie de l’Union européenne.

Avec l’Agence France-Presse

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