Macron l’emporte haut la main

Le président français, Emmanuel Macron, a été réélu dimanche pour un second mandat de cinq ans. Il a promis d’être le «président de tous» dans un pays divisé où le parti d’extrême droite de Marine Le Pen a fait des gains par rapport à l’élection de 2017.
Photo: Christophe Ena Associated Press Le président français, Emmanuel Macron, a été réélu dimanche pour un second mandat de cinq ans. Il a promis d’être le «président de tous» dans un pays divisé où le parti d’extrême droite de Marine Le Pen a fait des gains par rapport à l’élection de 2017.

C’est sans surprise que le président Emmanuel Macron a été réélu haut la main dimanche au terme d’une campagne qui l’opposait pour une deuxième fois consécutive à la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen. Il l’a emporté avec 59% face à une adversaire qui n’obtient que 41 % des voix, loin derrière les 47,5 % que lui promettaient certains sondages il y a deux semaines.

Emmanuel Macron devient donc le seul président de l’histoire récente à être réélu sans avoir traversé une période de cohabitation. Les seuls à avoir été réélus depuis de Gaulle, Jacques Chirac et François Mitterrand, l’avaient été après avoir perdu une élection législative les obligeant à gouverner avec un premier ministre de l’opposition.

59%
C’est le pourcentage des voix obtenues par Macron

Sur le Champ-de-Mars, au pied de la tour Eiffel, où des centaines de partisans d’Emmanuel Macron étaient réunis, la joie était à son comble. Les militants brandissaient des drapeaux français et européens sur une musique techno. Même si Marine Le Pen a fait progresser son vote depuis 2017 de 34 % à 41 %, au bois de Boulogne ses partisans pleuraient une troisième défaite consécutive à une présidentielle qui pourrait être la dernière de leur candidate.

En 2017, Emmanuel Macron avait longuement remonté la cour du Louvre sur l’Hymne à la joie. Comme dans une publicité, il avait choisi cette fois de marcher vers la tour Eiffel sur le même hymne européen, mais dans une étrange mise en scène avec son épouse, des enfants et des adolescents en jeans et en sweat-shirt.

« Je sais aussi que nombre de compatriotes ont voté pour moi, pour faire barrage aux idées de l’extrême droite, a-t-il déclaré dans un discours d’une étonnante brièveté. Je veux les remercier et leur dire que j’ai conscience que ce vote m’oblige pour les années à venir. Je suis dépositaire de leur attachement à la République ». Ce qui ne l’empêchera pas, a-t-il ajouté, de défendre son projet. Mais, dit-il, « il faudra être bienveillant et respectueux, car notre pays est pétri de tant de doutes, de tant de divisions. »

Le « plafond de verre »

La défaite est humiliante pour Marine Le Pen, qui avait fait le pari de « dédiaboliser » son parti en faisant campagne sur le pouvoir d’achat. Sauf dans les territoires d’outre-mer où elle est arrivée largement en tête, il semble que ce qu’on appelle en France le « plafond de verre » existe toujours pour le Rassemblement national, comme l’a déploré le maire de Béziers, Robert Ménard.

« En dépit de deux semaines de méthodes déloyales, brutales et violentes, les idées que nous représentons arrivent à des sommets », a déclaré Marine Le Pen, qui évoque même une « éclatante victoire ». À ceux qui prévoyaient une démission, elle affirme qu’elle poursuivra son « engagement pour la France et les Français, avec l’énergie, la persévérance et l’affection que vous me connaissez ». Elle s’engagera, dit-elle, dans la bataille des législatives « avec tous ceux […] qui ont la nation chevillée au corps ».

La victoire d’Emmanuel Macron est largement due aux électeurs de la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon qui ont voté à 42 % en sa faveur. « Emmanuel Macron est le président le plus mal élu de la Ve République », a néanmoins déclaré ce dernier qui appelle à un « troisième tour » lors des législatives en juin.

Éric Zemmour a déploré cette huitième défaite qui « frappe le nom de Le Pen ». Une défaite que le candidat de Reconquête avait annoncée depuis longtemps. Il a appelé à « l’union nationale en vue des législatives. Nous devons oublier nos querelles […], c’est notre devoir. […] Nous avons un pays à reconquérir ».

Cette élection intervient au terme d’une campagne largement détournée par la guerre en Ukraine et dans laquelle Emmanuel Macron n’est entré qu’à la dernière minute. Loin d’avoir porté sur les programmes respectifs des candidats, cet entre-deux tours a mis en scène deux blocs irréconciliables. Celui du « Front républicain » qui, comme en 2002 et en 2017, a fédéré, autour d’Emmanuel Macron, une majorité de Français de droite, de gauche et de la gauche radicale pour « faire barrage à l’extrême droite ». Une mobilisation face à laquelle Marine Le Pen a appelé au « tout sauf Macron » et au rejet d’un président qui a connu une très forte contestation durant le dernier quinquennat, notamment la révolte des Gilets jaunes.

Dans cet affrontement bloc contre bloc, l’abstention atteint un niveau jamais vu depuis 50 ans. Avec environ 28 %, elle est non seulement en hausse par rapport à 2017, mais aussi par rapport au premier tour. Or, traditionnellement en France, la participation a toujours été plus forte au second tour.

Même si Emmanuel Macron annonce « une ère nouvelle », ce nouveau mandat sera marqué « par une décomposition politique avancée », estime le politologue Jérôme Fourquet dans Le Figaro. Selon lui, « la campagne électorale ayant été assez évanescente, elle n’a pas servi de soupape ou de purge cathartique des tensions traversant le pays. Il est donc à craindre que celles-ci ne trouvent pas de débouchés dans l’hémicycle mais dans la rue ».

Pas d’état de grâce

Difficile de savoir en effet quelles seront les priorités de ce second mandat tant Emmanuel Macron a fait du charme à la gauche, à la droite et même à la gauche radicale. D’où peut-être la brièveté de son discours dimanche soir au Champ-de-Mars. On s’attend néanmoins à ce qu’il fasse adopter dès cet été une « loi exceptionnelle pour le pouvoir d’achat » permettant d’indexer les retraites, d’alléger certaines charges, de maintenir le « bouclier » sur le prix du gaz et de l’électricité ainsi que la « ristourne à la pompe » adoptée par le précédent gouvernement.

Dès l’automne, la grande réforme du quinquennat devrait être le passage de l’âge de la retraite de 62 à 65 ans. Une réforme qui pourrait susciter un énorme mécontentement puisque, selon les sondages, 75 % des Français y sont opposés, dont un électeur sur deux ayant voté pour Emmanuel Macron au premier tour.

D’ici là, le président devra traverser l’épreuve des élections législatives qui auront lieu les 12 et 19 juin. On s’attend à ce que le président, qui s’est dit prêt à « inventer quelque chose de nouveau pour rassembler les convictions et les sensibilités diverses », forme une grande coalition avec des élus de droite.

Ces élections annoncent aussi une réorganisation importante du paysage politique français. D’abord à gauche, où seul le représentant de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, a survécu à l’hécatombe. Ensuite à droite, où le parti de la droite traditionnelle, Les Républicains, est devenu une force marginale face au Rassemblement national et au nouveau parti Reconquête d’Éric Zemmour arrivé quatrième au premier tour.

Le seul consensus après cette élection, c’est que le président ne bénéficiera d’aucun état de grâce.

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