La guerre en Ukraine entre dans «une nouvelle phase»

Le corps d’une victime est recouvert par la bâche d’un camion endommagé à la suite du bombardement russe d’une usine à Kramatorsk, mardi.
Photo: Petros Giannakouris Associated Press Le corps d’une victime est recouvert par la bâche d’un camion endommagé à la suite du bombardement russe d’une usine à Kramatorsk, mardi.

La Russie a ouvert mardi, par une série de frappes sur l’est de l’Ukraine, une « nouvelle phase » de la guerre, au moment où les pays occidentaux se préparent à lui imposer « de nouvelles sanctions ».

Au lendemain de l’annonce par Kiev du début de « la bataille pour le Donbass », le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a affirmé qu’une « nouvelle phase de l’opération » militaire russe avait commencé. Les forces aériennes de Moscou ont tiré des « missiles de haute précision » et neutralisé 13 places fortes de l’armée ukrainienne, a indiqué le ministère russe de la Défense, appelant les Ukrainiens à la reddition.

Sur le terrain, la Russie a aussi fait état de dizaines d’autres frappes de missiles dans le sud de l’Ukraine, autre ligne de front.

Moscou, qui occupe déjà la ville de Kherson, « concentre ses forces » pour avancer vers la région de Mykolaïv, plus à l’ouest, où les bombardements se sont intensifiés, a communiqué mardi Natalia Goumeniouk, porte-parole du commandement sud des forces armées ukrainiennes.

« Tout le monde s’attendait à une offensive comme le 24 février avec une grande force terrible », a cependant souligné mardi le conseiller de la présidence ukrainienne, Oleksiy Arestovytch. « Or, elle se déroule prudemment. Ce sont des unités russes qui tentent d’avancer. Dans le sud, ils tentent de nous encercler, cela a commencé avant-hier. »

Face à ces canons qui haussent le ton, les pays occidentaux promettent de durcir le leur par la voie de sanctions économiques.

Les alliés sont ainsi parvenus à « un large consensus sur la nécessité d’accentuer la pression sur le Kremlin, notamment par l’adoption de nouvelles sanctions », a déclaré mardi soir le gouvernement italien. L’annonce italienne a été confirmée sur Twitter par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. « Nous renforcerons de nouveau nos sanctions contre la Russie », a-t-elle indiqué, sans pour autant préciser leur nature.

Photo: Petros Giannakouris Associated Press Un homme blessé par le bombardement russe de l’usine à Kramatorsk regarde l’ampleur des dégâts.

Ces déclarations ont fait suite à une visioconférence qui a réuni les dirigeants français, Emmanuel Macron, britannique, Boris Johnson, allemand, Olaf Scholz, roumain, Klaus Iohannis, polonais, Andrzej Duda, italien, Mario Draghi, japonais, Fumio Kishida, de même que le premier ministre canadien, Justin Trudeau. Des représentants de l’OTAN, de la Commission européenne et du Conseil européen prenaient également part à l’appel.

Selon la présidence française, les Occidentaux sont décidés à « renforcer leur soutien à l’Ukraine de toutes les manières face à l’agression russe ». Les alliés ont aussi convenu de « la nécessité de convaincre [leurs] partenaires, parmi les pays en dehors du G7 et de l’UE, du fait que cette crise menace la paix et la sécurité internationale et n’est pas seulement une crise régionale ou n’intéressant que les Occidentaux », a expliqué l’Élysée, en référence notamment à la Chine.

Le Canada sanctionne les filles de Poutine

 

En parallèle, le Canada a sanctionné mardi les deux filles du président russe, Vladimir Poutine, comme l’ont fait d’autres pays ces dernières semaines.

Ces châtiments d’Ottawa concernent 14 « proches collaborateurs », y compris « les deux filles adultes du président Poutine », selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères. La femme et la fille du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, ainsi que des oligarques russes et des membres de leurs familles figurent aussi désormais sur la liste de personnalités interdites de transiger avec le Canada et ses ressortissants.

Dans la même veine, le Canada enverra pour la première fois de l’artillerie lourde en Ukraine, a confirmé mardi le premier ministre, Justin Trudeau. Cette décision a été prise à la suite de la « plus récente demande » du gouvernement ukrainien en ce sens. Les détails de ces renforts seront communiqués dans les prochains jours, a tempéré M. Trudeau. Les forces armées canadiennes possèdent environ 150 obusiers lourds, selon des données ouvertes qui « semblent » exactes, selon une source militaire du Devoir.

Presque au même moment, mardi, les États-Unis confirmaient la livraison de nouveaux avions de chasse aux Ukrainiens après des semaines de tractations.

 

Le porte-parole du Pentagone, John Kirby, a précisé que les États-Unis ne veulent pas apparaître comme pays belligérant dans ce conflit. Ils ont donc facilité l’envoi de « pièces détachées » vers le territoire ukrainien sans y acheminer d’avions. « Aujourd’hui, [les Ukrainiens] ont à leur disposition plus d’avions de chasse qu’il y a deux semaines », a-t-il résumé en laissant flotter les sous-entendus. Il s’agit vraisemblablement de MiG-29 de fabrication russe, que Kiev réclamait depuis le début du conflit.

Et selon des médias américains, les États-Unis s’apprêtent à approuver un nouveau paquet d’aide militaire à l’Ukraine s’élevant à 800 millions de dollars, moins d’une semaine après une précédente annonce d’une tranche du même montant.

Impact économique

 

Les sanctions occidentales commencent à peser lourd sur le futur économique de la Russie : le produit intérieur brut du pays devrait se contracter de 8,5 % cette année, selon les dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI), publiées mardi.

Pour l’économie russe, « c’est un choc très, très important », a expliqué Pierre-Olivier Gourinchas, l’économiste en chef du FMI, en entretien avec l’AFP.

Cela dit, « il y a deux raisons pour lesquelles, en un sens, ce choc n’est pas plus important ». « La première est que les autorités russes ont mis en place des programmes de soutien […] pour essayer de stabiliser l’économie […], et deuxièmement, nous devons garder à l’esprit que les sanctions n’affectent pas encore le commerce de l’énergie et que la Russie continue donc de vendre du pétrole et du gaz au reste du monde », a-t-il expliqué.

La Russie engrange ainsi encore des revenus qu’elle peut utiliser pour soutenir son économie. « Les sanctions ont donc un effet très important, mais l’impact pourrait l’être beaucoup plus. »

Avec l’Agence France-Presse



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