Valérie Pécresse dans une mauvaise passe

De mémoire de correspondant politique, on avait rarement vu une assemblée aussi ratée dans une campagne présidentielle.
Photo: Clément Mahoudeau Agence France-Presse De mémoire de correspondant politique, on avait rarement vu une assemblée aussi ratée dans une campagne présidentielle.

En apparence, cela ressemblait à une assemblée politique normale. Dimanche dernier, la salle du Zénith de Paris était pleine et les applaudissements étaient nombreux. À la télévision, les caméras montraient une jeunesse portant des t-shirts au nom de Valérie Pécresse et agitant pancartes et drapeaux. Mais, à y regarder de plus près, quelque chose clochait.

Entre les groupes de cheerleaders répartis aux endroits stratégiques et mobilisés pour l’occasion, les militants lambda entre deux âges assis dans les gradins demeuraient de glace, les yeux dans le vide. La plupart s’ennuyaient à mourir. Un certain nombre claquera d’ailleurs la porte bien avant la fin du rassemblement partisan.

Sur une scène en bleu, blanc, rouge, la candidate des Républicains (LR) poursuivait son laborieux monologue, alignant les slogans comme si de rien n’était. Les yeux fixés vers l’horizon, elle avait beau appeler au « sursaut » et promettre une « nouvelle France », l’oratrice semblait elle-même attendre avec impatience la fin de ce douloureux exercice.

De mémoire de correspondant politique, on avait rarement vu une assemblée aussi ratée dans une campagne présidentielle. D’autant que cette assemblée n’était pas n’importe laquelle. C’était celle qui devait relancer une campagne qui, depuis quelques semaines, traversait un faux plat. Après son élection à la primaire de la droite, la candidate avait retrouvé la faveur des sondages. Mais depuis, plus rien. Pas une proposition, pas une réplique, pas une image ne semblaient surnager.

Dans les officines politiques, on parlait d’une campagne qui n’« imprimait » pas. Au sein des Républicains, les dissensions commençaient à apparaître. Élue à Paris, l’ancienne ministre Rachida Dati n’hésitait pas à qualifier de « looser » le directeur de la campagne de Valérie Pécresse, Patrick Stefanini. Quelques jours plus tôt, l’ancien ministre Éric Woerth, la mairesse de Calais, Natacha Bouchart, et l’ancienne secrétaire d’État Nora Berra s’étaient ralliés à Emmanuel Macron. Bref, Valérie Pécresse n’avait plus droit à l’erreur.

Le croisement des courbes

 

L’effet de cette assemblée fut immédiat. Il n’aura fallu que quelques jours pour que les courbes se croisent et que la candidate de LR se retrouve légèrement derrière Marine Le Pen et Éric Zemmour dans trois sondages successifs. « Si vous voulez des orateurs, il y en a plein dans la campagne. Moi, je suis une faiseuse », a-t-elle déclaré lundi en accusant les médias de « machisme » à son égard. La présidente de la région Île-de-France rappelle d’ailleurs que les premiers discours du candidat Macron n’étaient pas tous réussis.

« Avez-vous déjà suivi un discours d’Angela Merkel ? C’est ennuyeux à mourir et pourtant, elle a été une grande chancelière », a répliqué le sénateur LR Bruno Retailleau. Mais le pays de Merkel n’est pas celui de De Gaulle, comme l’illustre la question posée par l’éditorialiste du quotidien Les Échos : « Comment convaincre sans le verbe ? »

Si vous voulez des orateurs, il y en a plein dans la campagne. Moi, je suis une faiseuse.

Au-delà de la forme, le malaise demeure. Et surtout, le doute s’est installé. Pour la plupart des observateurs, à force de chasser à la fois sur les terres des centristes d’Emmanuel Macron et sur celles des nationalistes conservateurs d’Éric Zemmour, la candidate fait le grand écart. On peine en effet à comprendre comment un centriste historique comme Jean-Christophe Lagarde, qui n’a pas hésité à dire que certains pourraient filer « une balle dans la tête » d’Éric Zemmour, peut soutenir la même candidate qu’Éric Ciotti, qui confie qu’entre Macron et Zemmour, il voterait pour ce dernier au second tour.

Le « Grand Remplacement »

Mais il n’y a pas que la forme. Valérie Pécresse a aussi dû essuyer un tir de barrage pour avoir, au détour d’une phrase, affirmé qu’il n’y avait « pas de fatalité, ni au grand déclassement ni au Grand Remplacement ». Ces deux derniers mots, qui désignent la submersion de la France par une population immigrante et musulmane et que reprend en boucle Éric Zemmour, ont provoqué un tollé à gauche. À droite, ils ont semé la panique chez plusieurs soutiens de Valérie Pécresse, à commencer par son ancien adversaire de la primaire et président de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand. Au contraire, le porte-parole d’Éric Zemmour, Guillaume Peltier (ex-LR), se félicite de cette « faute stratégique » puisqu’elle crée, dit-il, « une forme de permis de voter » Zemmour.

Chez Les Républicains, l’embarras est à son comble. Au micro de France Info, l’ancien premier ministre de Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin, n’a pas osé dire pour qui il appellerait à voter le 10 avril. Tout au plus s’est-il contenté de dire qu’il était favorable à « un deuxième tour Pécresse-Macron ». Bref, le service minimum.

L’ombre de Sarkozy

Derrière cette réserve, une ombre plane sur la campagne de la candidate : celle de Nicolas Sarkozy. Depuis deux semaines, toute la presse bruisse des commentaires « off » de l’ancien président étrillant son ancienne ministre. Elle « part dans tous les sens », « elle est inexistante ». « Elle a de la quille, mais pas beaucoup de voilure », laisse filtrer Le Figaro. Plus chiraquienne que sarkozyste, Valérie Pécresse entretient de vieilles rancœurs avec Nicolas Sarkozy. En 2015, elle avait même refusé son offre de participer à une de ses assemblées de campagne pour la présidence de l’Île-de-France.

On sait que l’ancien président est un habitué de l’Élysée et qu’il a d’excellents rapports avec Emmanuel Macron. Deux bêtes politiques qui ont tous deux un faible pour la transgression. On soupçonne même Sarkozy, dans l’éventualité où Valérie Pécresse ne se rendrait pas au second tour, de se mettre dans la position de celui qui pourrait, comme l’écrit L’Obs, négocier « un accord de gouvernement qui protégerait les intérêts de son camp ».

Pour de nombreux analystes, la recomposition politique amorcée avec l’élection d’Emmanuel Macron ne fait que se poursuivre. Après la presque disparition du Parti socialiste, dont la candidate Anne Hidalgo stagne autour de 3 %, nombreux sont ceux qui estiment que le même sort attend tôt ou tard Les Républicains. C’est d’ailleurs le pari d’Éric Zemmour, et son mouvement Reconquête, qui estime être le seul à pouvoir rassembler à la fois des électeurs de LR et du Rassemblement national.

Soucieuse de sortir au plus vite de cette mauvaise passe, mercredi, sur le réseau Twitch, après son entrevue sur France 2, Valérie Pécresse affichait la décontraction en confiant son amour du cinéma. « Je suis une “cinévore” absolue, disait-elle. En ce moment, c’est un petit peu dur, je ne vous cache pas, mais dans deux mois, je me rattraperai. » Comme si, après le premier tour, elle aurait plus de temps libre…

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