Pétard mouillé à Bruxelles

Peu nombreux, quelques centaines de manifestants ont réussi à se rassembler à Bruxelles, lundi.
Photo: Kenzo Tribouillard Agence France-Presse Peu nombreux, quelques centaines de manifestants ont réussi à se rassembler à Bruxelles, lundi.

La brève aventure des « convois de la liberté » européens, inspirée de l’exemple canadien, s’est terminée abruptement lundi à Bruxelles. Après des démonstrations de force samedi à Paris et à La Haye, ces convois surtout composés de camping-cars, de camionnettes et de voitures, ont convergé lundi dans la capitale européenne, où ils n’ont pas fait long feu.

Contrairement à ce qui s’était passé samedi, la plupart des véhicules n’ont pu pénétrer dans la ville. Dès l’aube, l’autoroute E40 en provenance de Louvain a été bloquée, et les véhicules ne passaient qu’un par un. Les bouchons provoqués par les barrages filtrants totalisaient parfois plusieurs kilomètres. Dans l’après-midi, seuls de petits groupes d’au plus 200 personnes se sont rassemblés sur la place Sainte-Catherine, près du centre-ville, et dans le parc du Cinquantenaire, dans le quartier européen.

La plupart des convois, qui pourraient totaliser plus d’un millier de véhicules, ont été interceptés par la police et retenus sur des aires d’autoroute ou escortés au grand stationnement du Heysel, dans la banlieue nord, où il était permis de manifester, mais sans se déplacer. Aucun convoi n’a atteint le centre-ville. Rue du Trône, à deux pas du parlement belge, des policiers s’affairaient à remorquer une voiture venue de Slovénie qui arborait une étoile jaune, assimilant le passeport sanitaire à l’étoile juive imposée aux Juifs avant la guerre.

La déception était visible sur les visages des rares manifestants, pour la plupart belges ou français, souvent partis depuis plusieurs jours d’aussi loin que de Rennes ou de Marseille. « Nous, si on est là, c’est qu’on a emprunté les petites routes départementales, les anciens chemins de contrebande pour éviter les contrôles », explique Véronique venue de Valenciennes, petite ville française à 10 kilomètres de la Belgique. Aide sociale auprès d’enfants handicapés, elle a été mise en congé de maladie par sa cardiologue, ce qui lui a permis d’échapper à l’obligation vaccinale.

Son amie Isabelle, infirmière psychiatrique, n’a pas eu cette chance. Elle est suspendue sans salaire depuis le 4 septembre faute de s’être fait vacciner. « Heureusement, j’ai mon mari, lui aussi fonctionnaire, et qui a pu changer d’affectation afin de travailler dans un secteur où la vaccination n’est pas obligatoire. »

Nous, si on est là, c’est qu’on a emprunté les petites routes départementales, les anciens chemins de contrebande pour éviter les contrôles

 

Au parc du Cinquantenaire, entre les drapeaux bretons et les tricolores agrémentés de croix de Lorraine en signe de résistance, les manifestants essayaient de se consoler. Chaque fois qu’un camion klaxonnait soit par solidarité, soit parce qu’il était passé entre les mailles du filet, la foule exultait. « Que voulez-vous, aujourd’hui, c’est lundi, les gens bossent, dit Gérald un gardien de sécurité venu de Namur. Moi, j’ai la chance de travailler la nuit. »

Vendredi dernier, le premier ministre belge, Alexander De Croo, avait appelé les protestataires à manifester chez eux. « Je dis à ceux qui viennent de l’étranger : regardez les règles en Belgique. Nous n’avons jamais eu de règles trop dures et nous n’en avons plus tellement. Alors, plaignez-vous chez vous. »

Lorsque, vers 15 heures, les 200 manifestants regroupés au parc du Cinquantenaire ont décidé de rejoindre le groupe de la place Sainte-Catherine, les policiers ont fait barrage avec des bombes lacrymogènes. Le métro permettant de relier les deux groupes de manifestants a été interrompu.

« On n’a jamais rien voulu bloquer »

Pour David, un électromécanicien venu en train de Liège dans la matinée, cette faible mobilisation s’explique « parce qu’en Belgique les gens sont moins rebelles qu’en France ». Son ami Alexandre en a surtout contre le passeport sanitaire. « Aujourd’hui, on s’en sert pour exclure les non-vaccinés de la vie sociale, mais qui sait demain à quoi il pourrait servir. »

Il faut dire qu’à Bruxelles, l’épidémie étant en nette régression, certains restaurants ne demandent plus ce passeport, que les autorités belges se targuent d’appeler le CST (Covid Safe Ticket).

« Nous, on n’a jamais rien voulu bloquer, simplement manifester », dit Guy parti jeudi de La Rochelle. Cet ancien adjudant de l’armée française dit ne pas être opposé aux vaccins en général. « D’ailleurs, je les ai tous. Mais je n’ai pas confiance dans ceux qui utilisent la nouvelle technologie de l’ARN. » Arrivé à Bruxelles dimanche soir, il a été hébergé par une Bruxelloise appelée Haneke chez qui il a dégusté, dit-il, une délicieuse soupe au potiron.

Alors que les derniers manifestants jouaient encore au chat et à la souris avec les policiers bruxellois, les accès de Bruxelles ont été rouverts en fin d’après-midi. Certains manifestants ont décidé de prendre la direction du parlement européen à Strasbourg, où une interdiction de manifestation a été décrétée. Guy, lui, se montrait néanmoins philosophe : « S’il n’y a personne ici, c’est peut-être que l’Europe n’existe pas. En attendant, on va aller se manger une frite ! »

À voir en vidéo