Après Paris, les «convois de la liberté» mettent le cap sur Bruxelles

Les Champs-Élysées, à Paris, ont été évacués par les forces de l’ordre à coups de gaz lacrymogènes.
Photo: Adrienne Surprenant Associated Press Les Champs-Élysées, à Paris, ont été évacués par les forces de l’ordre à coups de gaz lacrymogènes.

Alors que des centaines de convois d’un peu partout en Europe se sont donné rendez-vous ce lundi à Bruxelles, on a pu constater que la fin de semaine avait été marquée par de vifs affrontements à Paris. Inspirés par le mouvement des camionneurs canadiens, ils étaient dimanche plusieurs centaines de camping-cars, de camionnettes et de simples voitures dans le Val-d’Oise, le bois de Boulogne et la Seine-et-Marne à reprendre la route en direction de Bruxelles, où devraient se rassembler des convois semblables venus de plusieurs pays, comme l’Espagne, le Portugal, l’Autriche et les Pays-Bas.

Comme à Paris ce week-end, les polices belges fédérale et municipale ont rappelé l’interdiction de manifester dans la capitale lundi avec des véhicules motorisés. Les contrôles ont été renforcés aux frontières et autour de la ville. Les policiers craignent tout particulièrement que les manifestants bloquent les accès à l’aéroport. Les habitants ont été invités à ne pas se rendre au centre-ville en voiture. La ville de Gand, située à 55 kilomètres de Bruxelles, a aussi interdit les convois.

Contrairement au Canada et comme à Paris, les poids lourds devraient être peu nombreux. En Europe, les camionneurs ne sont généralement pas propriétaires de leur camion et ils ne sont soumis à aucune obligation vaccinale. Si les policiers belges prennent exemple sur leurs collègues français, Bruxelles ne devrait pas être bloquée, mais les affrontements pourraient être musclés.

Champs-Élysées sous gaz lacrymogènes

 

Samedi, les 7200 policiers déployés à Paris ont procédé à une centaine d’arrestations et distribué environ 500 contraventions de 135 euros chacune. Les opposants aux mesures sanitaires, auxquels s’était mêlé un fort contingent de Gilets jaunes, ont affronté un dispositif policier exceptionnel. On avait même sorti les blindés, chose rarement vue dans la capitale française.

Si les Champs-Élysées ont été bloqués toute la journée, les manifestants venus en camping-car, en camionnette et en voiture ne sont parvenus à paralyser le rond-point de l’Étoile que durant quelques heures. En milieu d’après-midi, la centaine de véhicules qui avaient échappé aux contrôles aux portes de Paris a vite été dispersée.

Une foule hétéroclite de quelques milliers de manifestants pacifiques a cependant joué toute la journée au chat et à la souris avec des brigades antiémeutes déterminées à ne pas laisser le moindre passant déambuler sur les Champs-Élysées. De nombreux touristes et curieux affolés par les lacrymogènes lancés sans sommation l’ont appris à leurs dépens. Une enquête a été ouverte à la suite de la diffusion d’une vidéo montrant un policier frappant un homme sur la tête à coups de matraque.

« On a été gazés alors qu’on rentrait chez nous. Merci, Monsieur Macron ! » a déclaré en colère un homme dans la soixantaine, dont les deux neveux, Victor (13 ans) et Lucien (10 ans) se lamentaient en se frottant les yeux. La famille s’est retrouvée au beau milieu des lacrymogènes alors qu’elle sortait du bowling de l’avenue Foch pour rentrer chez elle.

Plus bas sur les Champs-Élysées, les touristes du café Le Deauville se sont retrouvés au beau milieu des gaz alors qu’ils prenaient tranquillement un verre sur la terrasse. Une bombe lacrymogène a même été lancée à l’intérieur du café.

« Nous, on veut juste manifester pacifiquement », disait Emma, une technicienne de laboratoire de 25 ans venue du Havre la veille. « On a passé la nuit dans la voiture pour être ici aujourd’hui. Moi, je suis vaccinée, mais je n’accepte pas le [passeport] vaccinal. Ce n’est pas une façon de faire. On veut retrouver notre liberté. » Contrairement à de nombreux manifestants, Emma n’avait jamais participé au mouvement des Gilets jaunes et en était à sa première manifestation à Paris.

Ce n’était pas le cas de Mathilde, drapée dans un grand unifolié canadien et habituée des Gilets jaunes. Citoyenne française et canadienne, elle a travaillé pendant cinq ans à Montréal dans le montage vidéo. « On remercie les Canadiens de nous avoir donné l’impulsion de remonter à Paris », dit-elle. Mathilde a participé à toutes les grandes manifestations des Gilets jaunes depuis trois ans. « Ce qui me révolte le plus, ce sont ces masques que l’on impose aux enfants. Dans une société libre, on se vaccine par choix, pas pour pouvoir aller au restaurant et au cinéma. »

Fermeté électorale ?

Peu avant la manifestation, le président Emmanuel Macron avait appelé « au plus grand calme ». Pour la plupart des observateurs politiques, cette démonstration de force n’est pas sans lien avec l’élection présidentielle, dont le premier tour se tiendra dans moins de deux mois.

« C’est quand même le candidat qui démarre la campagne avec des blindés », a ironisé la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen. Son rival de l’extrême droite nationaliste, Éric Zemmour, a réaffirmé son intention d’abolir le passeport vaccinal qui, dit-il « est arrivé à contretemps […] alors que les autorités savaient très bien que l’épidémie était sur sa descente ». Dimanche, la candidate des Républicains (LR), Valérie Pécresse, a promis d’instaurer le référendum d’initiative citoyenne, une vieille revendication des Gilets jaunes.

Évoquant les manifestants montés à Paris samedi, l’essayiste Mathieu Slama (Adieu la liberté, La Cité) a estimé sur France Info qu’ils étaient « très divers. Il y a des complotistes, mais il y a loin de n’y avoir que des complotistes. Il y a des antipass, l’extrême droite, l’extrême gauche, la droite, la gauche, il y a de tout, et c’est ça qui rend cette manifestation intéressante. On a en face un pouvoir qui, au lieu d’essayer de dialoguer, de comprendre cette colère, en rajoute dans le côté pyromane. »

Dimanche en fin de journée, plusieurs centaines de véhicules avaient déjà fait escale à Lille, près de la frontière belge. À Bruxelles, les véhicules ne seront tolérés que sur le grand parking C du Heysel au nord-est de la ville. En Belgique, l’entrave malveillante à la circulation et la rébellion contre un policier peuvent être passibles de prison, ont tenu à rappeler les autorités.

À voir en vidéo