Éric Zemmour officiellement candidat à la présidentielle de 2022

Éric Zemmour
Photo: Thomas Coex Agence France-Presse Éric Zemmour

Lionel Jospin s’était contenté d’une télécopie. Michel Rocard et Édouard Balladur avaient fait des déclarations télévisées qui étaient passées inaperçues. L’entrée officielle dans la campagne présidentielle du journaliste et essayiste Éric Zemmour semble pour l’instant avoir évité ces écueils. C’est dans une lettre aux Français lue à la manière de l’appel du 18 juin que l’auteur du Suicide français a annoncé mardi qu’il était officiellement candidat à l’élection présidentielle qui aura lieu dans cinq mois.

Cette vidéo inédite de dix minutes préenregistrée et diffusée mardi midi sur YouTube montre le polémiste d’extrême droite devant une bibliothèque, le ton grave et les yeux rivés aux pages de son discours. Dans un texte aux nombreuses références littéraires, l’ancien chroniqueur politique déclare qu’« il n’est plus temps de réformer la France, mais de la sauver. C’est pourquoi j’ai décidé de me présenter à l’élection présidentielle ».

Sur des notes de Beethoven et des images évoquant Jeanne d’Arc et de Gaulle, La Fontaine et Aznavour, Jean Moulin et Barbara, Éric Zemmour décrit une France en déclin où règne « un sentiment étrange et pénétrant de dépossession ».

Celui qui décrit les Français comme des « exilés de l’intérieur » estime que l’immigration « n’est pas la source de tous nos problèmes, même si elle les aggrave tous ». Au journal de TF1, il a évoqué Joséphine Baker, qui entrait le même jour au Panthéon, comme un « exemple classique d’assimilation à la française que je veux restaurer ». Face aux élites, qu’il accuse d’avoir dissimulé « la gravité de notre déclassement » et « la réalité de notre remplacement », il a déclaré en soirée que sa première mesure comme président serait de tenir avant l’été un référendum sur l’immigration.

Un moment stratégique

Cette déclaration de candidature intervient à un moment stratégique. Elle survient après une entrée en campagne fulgurante qui a propulsé Éric Zemmour jusqu’à 17 % des intentions de vote dans certains sondages, derrière Emmanuel Macron et devant Marine Le Pen. Depuis deux semaines, le candidat en mal de ralliements semble pourtant en reflux. Le plus récent sondage réalisé par Harris Interactive le situait (avec 12 % des voix) derrière Marine Le Pen (20 %) et le possible candidat de la droite traditionnelle (LR) Xavier Bertrand (13 %). Parmi les causes de ce recul, on montre du doigt les accusations portées contre François Hollande le 13 novembre et la polémique sur le rôle de Pétain dans la Seconde Guerre mondiale. En cause aussi, le doigt d’honneur adressé à une militante « antifa » de Marseille en réponse à un geste identique de sa part. Un geste « fort inélégant », a convenu le principal intéressé.

Photomontage: Nicolas Tucat Agence France-Presse Éric Zemmour a adressé un doigt d’honneur à une militante «antifa» de Marseille en réponse à un geste identique de sa part.

Ce n’est probablement pas un hasard non plus si cette entrée dans l’arène électorale est survenue le jour où se tenait le dernier débat télévisé des candidats de la droite traditionnelle (LR) et à la veille du début du vote qui désignera samedi le gagnant. La première véritable assemblée de campagne que tiendra Éric Zemmour, dimanche au Zénith de Paris, où l’on attend 5000 personnes, pourrait aussi faire de l’ombre au futur candidat de LR. Pour l’occasion, la Confédération générale du travail de Paris et la Jeune garde antifasciste préparent une manifestation dont l’objectif avoué est de « faire taire Zemmour ». Depuis deux semaines, presque tous les déplacements de l’ancien éditorialiste ont été suivis de manifestations parfois violentes. À Marseille, le restaurant où il avait déjeuné vendredi a été vandalisé.

« Passéiste et crépusculaire »

Les réactions à cette entrée officielle dans la course ne se sont pas fait attendre. Plusieurs commentateurs ont raillé le côté « vintage » de la posture et des images. Marine Le Pen, dont l’essayiste convoite ouvertement l’électorat populaire, a jugé l’exercice « passéiste et crépusculaire ». Le ministre de l’Intérieur, Gérard Darmanin, a dénoncé une vidéo « ignoble ».

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, dont la candidate Anne Hidalgo ne dépasse guère 5 % des intentions de vote, a dénoncé « les fausses notes d’un passé fantasmé pour un présent caricaturé ». Il s’agit d’un discours « ringard » qui cible « la haine », selon la directrice adjointe de la rédaction du quotidien Libération, Alexandra Schwartzbrod, qui s’exprimait sur BFM-TV. On sait qu’Éric Zemmour a été condamné à deux reprises par les tribunaux pour provocation à la haine, des délits que le candidat qualifiait le soir même sur TF1 de « délits d’opinion, de délits de presse » en annonçant qu’il abrogerait cette loi.

Au contraire, le doyen des éditorialistes de la presse française, Alain Duhamel, était nettement plus clément. Il voit dans ce « mélange d’ancienneté, de France éternelle et de modernité » un exercice « pas banal ». Au quartier général du candidat, à deux pas des Champs-Élysées, son porte-parole, Olivier Ubéda, a répliqué qu’Éric Zemmour était « un écrivain, un homme de plume […] pas un homme de tweets ».

La vidéo n’épargne aucun dirigeant, à commencer par Emmanuel Macron, qui « s’était présenté comme un homme neuf » alors qu’il « était en vérité la synthèse de ses deux prédécesseurs en pire », dit Zemmour. Ne sont épargnés que Marine Le Pen, le candidat LR Éric Ciotti et l’eurosceptique Jean-Luc Mélenchon. Comme si le candidat voulait ménager leurs électeurs et ne pas fermer la porte à d’éventuelles alliances. Selon Ubéda, la vidéo enregistrée il y a deux semaines a cumulé près de 90 000 vues simultanées. Chose certaine, elle n’est pas passée inaperçue.

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