Malgré les émeutes, le gouvernement des Pays-Bas ne renonce pas au couvre-feu

La police néerlandaise a annoncé avoir arrêté au moins 184 personnes pour leur participation aux violentes émeutes.
Photo: Marco De Swart ANP / Agence France-Presse La police néerlandaise a annoncé avoir arrêté au moins 184 personnes pour leur participation aux violentes émeutes.

Le gouvernement néerlandais a assuré mardi qu’il ne renoncerait pas au couvre-feu imposé pour lutter contre la pandémie de COVID-19, après une série de violentes émeutes déclenchées selon un ministre par de la « racaille ».

La police néerlandaise a procédé à au moins 184 arrestations dans la nuit de lundi à mardi, comptabilisant au total plus de 400 personnes en détention pour leur participation aux émeutes qui secouent les Pays-Bas depuis l’entrée en vigueur d’un couvre-feu samedi soir.

Au moins dix policiers ont été blessés dans les derniers affrontements avec les émeutiers, qui ont pillé des magasins et incendié des voitures dans plusieurs villes dont Rotterdam, Amsterdam et La Haye lundi soir, les pires troubles dans le pays depuis quatre décennies.

« Vous ne capitulez pas devant les gens qui cassent les vitrines des magasins », a réagi mardi le ministre des Finances Wopke Hoekstra, cité par l’agence de presse néerlandaise ANP.

Ce dernier a estimé que les personnes à l’origine des émeutes n’étaient pas des protestataires légitimes, affirmant que « c’est la racaille qui fait cela ».

Le ministre de la Justice Ferd Grapperhaus a lui aussi déclaré auprès de l’ANP que le gouvernement maintiendrait le couvre-feu, en vigueur entre 21 h et 4 h 30 jusqu’au 9 février au moins, jugeant cette mesure nécessaire pour endiguer la propagation du nouveau coronavirus.

Plusieurs villes ont accordé des pouvoirs supplémentaires à la police tandis qu’un nouvel appel à manifester mardi soir s’organisait sur les réseaux sociaux pour protester contre le couvre-feu, le premier imposé aux Pays-Bas depuis la Deuxième Guerre mondiale.

« La violence criminelle doit cesser », a enjoint sur Twitter le premier ministre Mark Rutte, qui avait assuré lundi que « 99 % » des Néerlandais soutenaient les restrictions.

« Voleurs éhontés »

Les actions de protestation avaient commencé à une petite échelle samedi soir et un centre de dépistage du Covid-19 avait été incendié dans le village d’Urk, dans la région conservatrice protestante dite de la « ceinture de la Bible », dans le nord.

Elles se sont étendues dimanche et les forces de l’ordre ont eu recours aux canons à eau, au gaz lacrymogène et à la police montée à Eindhoven, Rotterdam ou encore Amsterdam.

Les opérations de nettoyage se poursuivaient mardi dans plusieurs centre-villes, dont ceux de la cité portuaire de Rotterdam et de Bois-Le-Duc, dans le sud, où des images ont montré des bandes d’émeutiers pillant des magasins.

Les maires de plusieurs villes ont réagi avec colère, celui de Rotterdam, Ahmed Aboutaleb, qualifiant les émeutiers de « voleurs éhontés », a rapporté la télévision publique NOS.

Les syndicats de la police ont souligné qu’il s’agissait des pires émeutes en quatre décennies, depuis les affrontements entre les forces de l’ordre et des squatteurs qui avaient été délogés d’immeubles qu’ils occupaient illégalement dans les années 1980.

Le chef de la police Henk van Essen a fermement condamné les émeutiers, affirmant que ces troubles n’avaient « plus rien à voir avec le droit de manifester ».

Le gouvernement néerlandais a annoncé à la mi-décembre une nouvelle série de mesures pour lutter contre le Covid-19, les plus strictes jamais imposées depuis le début de la pandémie aux Pays-Bas, où plus de 13 600 personnes sont mortes de cette maladie.

« Frustration refoulée »

Selon les médias néerlandais, la plupart des manifestants sont un mélange de militants opposés au confinement et de jeunes frustrés par des mesures de plus en plus dures dans un pays où, jusqu’à récemment, le dispositif pour faire face au coronavirus était parmi les plus laxistes d’Europe.

Dans certaines villes, des supporters inconditionnels de clubs de football tels que ceux du FC Den Bosch ont formé des groupes pour défendre les stades et les hôpitaux des pillards.

Carsten de Dreu, un professeur de psychologie sociale à l’université de Leiden, met cependant en garde contre de telles actions, qui pourraient selon lui enflammer une situation déjà explosive.

Pour M. De Dreu, qui voit dans les émeutes le reflet de la « frustration refoulée » de certaines personnes, il était prévisible que les nouvelles mesures puissent conduire à des actions de protestation.

La Belgique voisine, où un couvre-feu est également instauré, craignait quant à elle un débordement des troubles après des appels sur les réseaux sociaux à manifester samedi.

« Nous prenons cela très au sérieux car nous sommes proches de la frontière néerlandaise », a déclaré Paul Van Miert, le maire de la ville belge de Turnhout, à la chaîne de télévision VRT.

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