La magnitude du reconfinement de la France se précise

Les commerces jugés non essentiels devront fermer jusqu’en décembre, tout comme les salles de cinéma et de spectacle.
Photo: Sébastien Bozon Agence France-Presse Les commerces jugés non essentiels devront fermer jusqu’en décembre, tout comme les salles de cinéma et de spectacle.

Télétravail massif, masque obligatoire dès 6 ans, déplacements limités : le gouvernement français précise jeudi les modalités du nouveau confinement qui entre en vigueur vendredi pour au moins un mois, afin de lutter contre une deuxième vague « sans doute plus meurtrière que la première ».

« Nous avions anticipé la deuxième vague », a assuré jeudi matin devant les députés le premier ministre Jean Castex, qui prévoit un pic d’hospitalisation en novembre « plus élevé qu’en avril ».

Il doit tenir une conférence de presse à 13 h 30 (heure de Montréal) après un vote des députés pour préciser les mesures de ce nouveau confinement annoncé par le président français Emmanuel Macron, la veille, pour l’ensemble de la population.

Parmi celles-ci, figurent le port du masque étendu aux enfants à l’école dès l’âge de six ans et le télétravail « cinq jours sur cinq ».

Le confinement ne sera pas tout à fait identique à celui très strict connu au printemps pendant deux mois par la France, lors d’une première vague qui avait fait 30 000 morts.

Principal changement : les crèches, écoles, collèges et lycées vont rester ouverts avec un protocole sanitaire renforcé, ce qui devrait permettre à de nombreux parents de poursuivre le travail.

Les commerces jugés non essentiels seront quant à eux fermés, tout comme les salles de cinéma et de spectacle.

« Nous devons continuer à travailler autant que possible, bien entendu dans des conditions sanitaires protectrices et tout en stoppant la circulation virale », car « le chômage et la pauvreté peuvent aussi tuer », a expliqué Jean Castex.

Les parcs et jardins ainsi que les marchés devraient toutefois rester ouverts et les compétitions sportives être autorisées.

En résumé, jusqu’au 1er décembre, les Français pourront sortir de chez eux pour travailler s’ils ne peuvent pas faire autrement, aller à des rendez-vous médicaux, faire des courses, prendre l’air ou aider un proche en difficulté.

Alors jeudi, les Français, résignés faisaient leurs derniers préparatifs pour affrontement le confinement qui doit débuter à minuit.

Comme au printemps, le papier toilette et les pâtes étaient deux articles très prisés dans les supermarchés.

Devant un magasin d’électroménager dans le centre de Paris, à quelques minutes de l’ouverture, une quarantaine de personnes faisaient la queue.

Pierre, 40 ans, travaille dans l’informatique. Il est venu acheter « un ordinateur pour télétravailler et des accessoires pour être plus confortable »…

Haltères, boules de pilate et tapis de yoga sont également partis comme des petits pains dans les magasins de sport. Et les coiffeurs, contraints à fermer dès vendredi, faisaient le plein.

Nous devons continuer à travailler autant que possible, bien entendu dans des conditions sanitaires protectrices et tout en stoppant la circulation virale, [car] le chômage et la pauvreté peuvent aussi tuer.

 

L'opposition fustige l'« échec » de Macron

La France subit de plein fouet la deuxième vague de l’épidémie avec plus de 3000 patients en réanimation (+127 en 24 heures), soit plus de la moitié des 5800 lits disponibles dans tout le pays.

Selon le ministre de la Santé Olivier Véran, on peut estimer à « un million » le nombre de Français actuellement porteurs du nouveau coronavirus.

La France a recensé pour le moment 35 785 morts du coronavirus, soit 244 de plus que la veille, selon le dernier bilan officiel diffusé mercredi soir, qui faisait état de 36 437 nouveaux cas enregistrés en 24 heures.

Dans la classe politique, l’opposition fustigeait « l’échec » d’Emmanuel Macron mais appelait au respect du reconfinement.

« Nous respecterons bien sûr les consignes », a affirmé Marine le Pen, la présidente du Rassemblement national (extrême droite). Mais « la gestion erratique de la crise et l’absence d’anticipation de cette deuxième vague sont la raison de décisions qui seront très dures à surmonter pour beaucoup de nos compatriotes et de nos entreprises ».

Même son de cloche du côté de la gauche radicale où Jean-Luc Mélenchon, leader de la France insoumise, a dénoncé sur Twitter « l’échec » du déconfinement de l’été. « L’épidémie est hors de contrôle. Le président aussi. Aucune leçon tirée. Tous les foyers de contamination restent ouverts. Mais que reste-t-il de nos vies ? Nous respecterons la discipline sanitaire. Mais sans cautionner ce pilotage incohérent ».

La presse française adoptait de son côté un ton grave face à ces annonces de reconfinement, moins de six mois après la fin du premier.

Le quotidien Libération se lamentait en une du « Jour sans fin » dans lequel semble plongé le pays.

« Il s’agit de se cloîtrer une nouvelle fois. De se couper du monde, des siens, de sa famille, et c’est un crève-cœur en même temps qu’une profonde douleur pour des millions de Français déjà en situation de précarité », déplorait le quotidien régional Les Dernières Nouvelles d’Alsace.