L’Arménie et l’Azerbaïdjan au bord de la guerre

Les deux camps ont échangé depuis le matin des tirs d’artillerie et ont déployé des blindés, et l’Azerbaïdjan a procédé à des bombardements aériens.
Photo: Dimitar Dilkoff Agence France-Presse Les deux camps ont échangé depuis le matin des tirs d’artillerie et ont déployé des blindés, et l’Azerbaïdjan a procédé à des bombardements aériens.

L’Arménie et l’Azerbaïdjan étaient au bord de la guerre dimanche, de nouveaux combats dans la région séparatiste azerbaïdjanaise du Nagorny Karabakh, soutenue par Erevan, ayant fait au moins 24 morts, une escalade qui suscite l’inquiétude internationale.

Alors que Moscou livre des armes aux deux pays et fait office d’arbitre régional, le président Vladimir Poutine a appelé à « éviter une escalade » et à « mettre fin aux hostilités », les pires dans cette zone disputée depuis avril 2016, lorsque 110 personnes avaient été tuées.

Le secrétaire général de l’ONU, AntónioGuterres, a également appelé « à cesser immédiatement les combats […] et à revenir sans délai à des négociations significatives ». Il entend s’entretenir avec le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, et le premier ministre arménien, Nikol Pachinian. Washington a dans la foulée appelé les deux parties à « cesser immédiatement les hostilités ».

Les belligérants se rejettent la responsabilité des combats. M. Pachinian a accusé son ennemi historique d’avoir « déclaré la guerre au peuple arménien » en attaquant le Nagorny Karabakh, région séparatiste en Azerbaïdjan, peuplée majoritairement d’Arméniens et qui échappe au contrôle de Bakou depuis la chute de l’URSS.

Ilham Aliev a lui dénoncé une « agression » arménienne, qu’il a promis de « vaincre ».

Les deux camps échangent depuis le matin des tirs d’artillerie et ont déployé des blindés, et l’Azerbaïdjan a procédé à des bombardements aériens. Les autorités du Karabakh ont reconnu avoir perdu 17 soldats, et plus d’une centaine d’autres ont été blessés. Deux civils ont également été tués. Bakou n’a pas publié de bilan pour ses militaires, mais a fait état de la mort d’une famille azerbaïdjanaise de cinq personnes.

Le ministère azerbaïdjanais de la Défense a assuré avoir conquis une demi-douzaine de villages sous contrôle arménien, des informations démenties par Erevan. Bakou a également revendiqué la prise d’une hauteur stratégique.

Le président de la république autoproclamée du Karabakh, Araïk Haroutiounian, a néanmoins admis que « des positions ont été perdues ». Le ministère arménien de la Défense a, lui, assuré qu’« environ 200 militaires azerbaïdjanais sont morts ». Ces affirmations étaient invérifiables de source indépendante.

Accusations d’ingérence

Un conflit majeur impliquant l’Azerbaïdjan, proche d’Ankara, et l’Arménie, proche de Moscou, pourrait entraîner l’intervention des puissances rivales dans la région du Caucase, la Russie et la Turquie. Les affrontements autour du Nagorny Karabakh nourrissent les tensions régionales depuis plus de trente ans.

Le premier ministre arménien a dénoncé dès dimanche une « ingérence » turque dans le conflit, le président Recep Tayyip Erdogan ayant promisd’aider Bakou « avec tous [ses] moyens » à la suite de « l’agression » de l’Arménie. Les séparatistes ont également accusé Ankara d’avoir fourni armes et mercenaires.

Dans la foulée de Moscou, la France, médiatrice du conflit avec la Russie et les États-Unis dans le cadre du Groupe de Minsk, a appelé à cesser les hostilités, de même que Bruxelles et Berlin.

Aucun camp n’a donné d’explication détaillée pour cette flambée de violence, chacun affirmant avoir répliqué aux provocations de l’autre.

Les deux pays ont déclaré la loi martiale, Erevan décrétant même la mobilisation générale. À Bakou et dans d’autres grandes villes azerbaïdjanaises, un couvre-feu nocturne a été ordonné.

Dans le centre de la capitale arménienne, plusieurs dizaines de volontaires se sont rassemblés dimanche après-midi pour partir au front. Les autorités leur remettaient des uniformes avant de les conduire vers la zone de conflit, quelque 300 km à l’est.

« Nous nous attendions à ce que l’Azerbaïdjan commence une guerre […] ils en parlaient tout le temps avec leur rhétorique guerrière. Et nous, on s’est rassemblés ici pour aider, aller soutenir notre armée », a raconté l’un des volontaires, Grigor Barekian, 29 ans.

Au début des années 1990, le Nagorny Karabakh avait été le théâtre d’une guerre qui avait fait 30 000 morts. Depuis lors, Bakou veut en reprendre le contrôle, tandis que les pourparlers de paix sont paralysés depuis des années. Des heurts y éclatent régulièrement, mais rarement d’une telle ampleur. En 2016, des heurts avaient failli dégénérer en guerre. Des affrontements meurtriers ont aussi opposé, en juillet 2020, Arméniens et Azerbaïdjanais.

Olesya Vartanyan, experte de l’International Crisis Group, a estimé que cette nouvelle escalade s’expliquait notamment par l’absence de médiation internationale malgré la crise de l’été. « Depuis le coronavirus, le conflit a été négligé […] même après les affrontements de juillet », a-t-elle déploré.

 

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