Poussée des écologistes aux élections municipales françaises

Dans cinq des huit départements de la région parisienne, moins de 30% des électeurs se sont déplacés.
Photo: Sameer al-Doumy Agence France-Presse Dans cinq des huit départements de la région parisienne, moins de 30% des électeurs se sont déplacés.

Boudé par les électeurs, le second tour des élections municipales françaises a enregistré une nette progression du vote écologiste dans plusieurs grandes villes du pays. Cette poussée sans précédent n’a d’égal que l’échec du parti présidentiel, qui n’est parvenu à conquérir pratiquement aucune agglomération importante, perdant même un de ses seuls bastions, la ville de Lyon. Ces premières élections post-COVID-19 ont aussi été marquées par une participation d’à peine 39 %, comme si l’abstention était devenue le premier parti de France.

À Lyon, Strasbourg, Poitiers, Besançon et Annecy, les écologistes d’Europe Écologie Les Verts (EELV) ont confirmé dimanche les bons résultats qu’ils avaient obtenus aux dernières élections européennes.

Même le château fort de l’ancien premier ministre Alain Juppé, Bordeaux, est passé chez les verts.Celui de la socialiste Martine Aubry, Lille, a été à quelques voix de le faire. Le député écologiste européen Yannick Jadot y voit l’expression « d’une écologie concrète, d’une écologie en action qui offre des réponses à la vie locale, à la vie quotidienne ».

À deux ans des élections présidentielles, la plupart des observateurs voient dans ce résultat cependant limité aux grandes villes la volonté d’EELV d’imposer sa voix à gauche. « L’écologie politique était une virtualité, elle devient — en tout cas dans la France urbaine — une réalité que les citoyens des métropoles, pour le meilleur ou pour le pire, vont désormais expérimenter », écrit l’éditorialiste du Figaro Alexis Brézet.

Pari raté pour LREM

Autre constat unanime, le parti d’Emmanuel Macron a raté son pari, qui consistait, faute d’implantation locale, à remporter quelques grandes villes. À Paris, la socialiste Anne Hidalgo a été facilement réélue après les impairs répétés des deux candidats macronistes qui se sont succédé, Benjamin Griveaux et Agnès Buzyn. « Ce soir, nous éprouvons une déception », s’est contentée d’affirmer la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye.

La seule consolation du président est de voir son premier ministre facilement réélu au Havre avec 59 % des voix. Édouard Philippe, dont l’avenir à Matignon n’est pas pour autant assuré, n’est cependant pas membre de La République en marche (LREM). Cette nette victoire devrait rendre plus difficile son remplacement lors d’un éventuel remaniement, qui pourrait intervenir rapidement. D’autant que le premier ministre est toujours plus populaire que son président. Celui-ci s’est empressé de le féliciter de « sa très belle victoire ».

Même si Les Républicains (LR) conservent un nombre d’élus largement supérieur à la plupart des autres partis, LR n’a guère brillé dans cette élection qui a surtout confirmé le déclin en cours depuis plusieurs années. Après Bordeaux, la perte de son château fort de Marseille aux mains d’une coalition de gauche est particulièrement cinglante.

Avec la ville de Moissac, la seule grande victoire du Rassemblement national (RN) est celle de Louis Aliot à Perpignan, avec 54 % des voix. « Le système a toujours souhaité démontrer notre incapacité à gouverner. Il ne pourra plus le faire », a déclaré la présidente du RN, Marine Le Pen. Cette victoire importante dans une ville de 120 000 habitants cache néanmoins la faible progression du parti d’extrême droite dans les autres villes de France, et son échec à Calais, ville sur laquelle le parti avait beaucoup misé.

Un grand nombre d’élus socialistes résistent même si ce parti poursuit son déclin, notamment aux mains des verts. Symbole parmi d’autres, le Parti socialiste perd Carmaux, la ville de Jean Jaurès. Mais il se maintient à Paris et l’emporte même avec une large coalition de gauche à Marseille.

Quel sort pour Philippe ?

Est-ce à cause de l’épidémie ? Jamais sous la Ve République une élection municipale n’avait fait se déplacer si peu d’électeurs. Ce scrutin a toujours été, avec la présidentielle, celui où la participation était la plus forte. À 59 %, l’abstention est en hausse de 20 % comparativement à 2014. Dans cinq des huit départements de la région parisienne, moins de 30 % des électeurs se sont déplacés. Certains incriminent la tenue pour la première fois dans l’histoire d’un second tour, plus de deux mois après le premier. D’autres y ont vu une forme de désaveu du président, que plusieurs soupçonnent d’avoir tenu ces scrutins dans des conditions difficiles afin surtout de ne pas nuire à son agenda politique de l’automne. Emmanuel Macron évoque d’ailleurs la possibilité de reporter les élections régionales prévues en mars 2021.

Pressé de faire oublier un scrutin dont il a toujours affirmé qu’il ne fallait tirer aucun enseignement sur le plan national, Emmanuel Macron entend tourner cette page au plus vite. Dès ce lundi, il recevra à l’Élysée les 150 membres tirés au sort de la Convention citoyenne pour le climat, qui avaient rendu publiques leurs propositions la semaine dernière. Le président devrait leur exposer ce qu’il en retient et surtout annoncer s’il entend tenir un référendum sur le sujet. Puis, il s’envolera pour l’Allemagne où il rencontrera la chancelière Angela Merkel pour la première fois depuis la crise sanitaire. Le lendemain, il assistera au sommet du G5 Sahel en Mauritanie.

Édouard Philippe a annoncé qu’il passerait la soirée au Havre afin de savourer sa victoire et ne rencontrera Emmanuel Macron que lundi. Les Français devraient être bientôt fixés sur le sort du premier ministre. Un premier ministre qui n’est peut-être pas l’homme en mesure d’engager le virage écologiste dont semble rêver le président, mais que ces élections municipales rendent aujourd’hui plus difficile à congédier. La réponse dans une semaine.

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