Reconquête des terrasses et des plages en Europe

Les Espagnols ont retrouvé lundi leurs plages, les Italiens leurs piscines : l’Europe poursuit son déconfinement après des semaines de paralysie en raison du coronavirus, qui a fait 345 000 morts sur la planète et continue sa progression, notamment en Amérique latine.

À Madrid, c’est une bouffée d’air : jusqu’alors toujours soumis à l’un des confinements les plus stricts du monde face à la pandémie partie de Chine fin 2019, les habitants de la capitale espagnole ont bénéficié d’un premier allègement, avec la réouverture des terrasses des cafés, des restaurants et des espaces verts.

Dès l’aube, des centaines de Madrilènes ont pris d’assaut le parc du Retiro, dont les portes se sont ouvertes pour la première fois en dix semaines.

« La réouverture du Retiro m’apporte une certaine sérénité, un certain réconfort », se réjouit Rosa San José, 50 ans, se promenant en tenue de sport, un masque blanc sur le visage.

Dans d’autres régions espagnoles — moins touchées et entrées lundi dans la deuxième phase du déconfinement —, piscines et plages ont pu rouvrir, pas seulement pour les sportifs, mais pour tous les baigneurs, comme dans les archipels des Baléares et des Canaries ou une partie de l’Andalousie.

Les autorités recommandent cependant de limiter l’affluence sur les plages et d’espacer les parasols de quatre mètres.

Pendant que d’autres profitaient de l’allègement des mesures de confinement, les employés du système de santé espagnol ont manifesté lundi devant plusieurs hôpitaux de Madrid pour obtenir plus de moyens dans cette région.

Infirmiers et médecins brandissaient des banderoles telles que : « Nous ne sommes ni des héros ni des kamikazes, nous avons besoin d’un vrai matériel de protection. »

Les soignants, qui se disent épuisés, se plaignent principalement du manque d’effectifs et de matériel de protection pour faire face à l’épidémie de COVID-19 qui a frappé tout particulièrement la capitale espagnole, où ont été enregistrés un tiers des cas et des morts, et où le système de santé s’est trouvé au bord du point de rupture au plus fort de la crise.

Le gouvernement espagnol a d’ailleurs revu son bilan à la baisse lundi, le ramenant à 26 834 morts dues au coronavirus, soit 1918 de moins que la veille.

Un nouveau système de suivi « permet de nettoyer les doublons et de confirmer les données liées au coronavirus, et d’éliminer [les morts] qui lui avaient été attribuées à tort », a expliqué le directeur du Centre d’alertes sanitaires du ministre de la Santé, Fernando Simon.

Autre pays lourdement frappé par la COVID-19, l’Italie a franchi une nouvelle étape dans la levée des restrictions, avec la réouverture des salles de sport et des piscines, une semaine après celle des restaurants.

En Islande, les noctambules ont pu retourner dans les discothèques lundi soir, un rare privilège en Europe. Dans la matinée, les sportifs ont pu retrouver leurs salles de sport.

En Grèce, les terrasses des tavernes et des cafés ont rouvert lundi, une semaine plus tôt que prévu pour soutenir le secteur de la restauration avant un retour espéré des touristes à la mi-juin.

« C’est la période de l’année en Grèce où l’on commence à vivre dehors […] Si nous sommes à l’extérieur avec une certaine distance entre les tables, je n’ai pas l’impression que nous prenions des risques énormes », soutient Stella, une étudiante assise sur une terrasse de Kolonaki, quartier chic athénien.

Le Royaume-Uni, le deuxième pays parmi les plus endeuillés (près de 37 000 morts), prévoit d’entamer son déconfinement le 1er juin, avec une réouverture partielle des écoles et des commerces extérieurs, suivie de celle de tous les commerces non essentiels le 15 juin.

En Irlande, aucun décès causé par le virus n’a été enregistré lundi, une première depuis le 21 mars, a annoncé le ministère de la Santé.

Aux États-Unis, même si le cap des 100 000 morts devait être atteint cette semaine, le déconfinement se poursuit. Les New-Yorkais ont ainsi pu redécouvrir la plage dimanche.

Douleur au sud de l’équateur

Si la pandémie apparaît relativement maîtrisée en Europe, elle accentue ses ravages en Amérique latine, son « nouvel épicentre » selon l’OMS.

Particulièrement frappé, le Brésil a constaté la mort de plus de 22 600 personnes. Hostile aux mesures de confinement et aux gestes barrières, le président Jair Bolsonaro n’a pas hésité dimanche à prendre un bain de foule à Brasília, tombant le masque, serrant des mains et portant même un enfant sur ses épaules.

Devant la dégradation de la situation dans ce pays, Donald Trump, pourtant un allié de M. Bolsonaro, a interdit dimanche l’entrée aux États-Unis aux voyageurs non américains.

Le président uruguayen, Luis Lacalle Pou, a annoncé lundi le renforcement des mesures sanitaires dans la ville de Rivera, située à la frontière du Brésil, où un nouveau foyer de COVID-19 a été détecté. Les contrôles seront renforcés afin de diminuer la circulation à destination et en provenance de la ville frontalière.

Au Mexique, le président Andrés Manuel López Obrador a prévenu que son pays se trouvait « au moment le plus douloureux de la pandémie ». Il a estimé que la crise allait y entraîner la perte d’un million d’emplois en 2020.

Au Chili, où un record de contaminations a été enregistré lundi, le président Sebastián Piñera a jugé que le système de santé national était saturé et « très proche de ses limites ».

Santiago, en confinement depuis le 16 mai, est le principal foyer de la pandémie, avec 90 % des 74 000 cas du pays. Jusque-là, le gouvernement avait misé sur des confinements partiels et sélectifs, ainsi que sur un dépistage massif.

Mais le pays connaît depuis deux semaines une hausse très importante des contaminations, ce qui a poussé le gouvernement à décréter un confinement obligatoire pour les 7 millions d’habitants de la capitale.

Le Pérou a prolongé le confinement jusqu’au 30 juin. En Argentine, l’isolement social obligatoire a été prolongé jusqu’au 7 juin, le nombre des contaminations ayant été multiplié par cinq à Buenos Aires en deux semaines.

Un tiers des 17 millions d’habitants de l’Équateur ont toutefois repris lundi progressivement leurs activités après neuf semaines de restrictions, a annoncé la ministre de l’Intérieur, Maria Paula Romo.

À voir en vidéo