La Russie tenterait «d’entraver» l’enquête sur le vol MH17

Quatre hauts gradés des séparatistes pro-russes de l'Est de l'Ukraine, sont poursuivis pour meurtre et pour avoir délibérément causé le crash de l'avion.
Photo: Peter Dejong Associated Press Quatre hauts gradés des séparatistes pro-russes de l'Est de l'Ukraine, sont poursuivis pour meurtre et pour avoir délibérément causé le crash de l'avion.

La Russie tente « activement d’entraver » l’enquête sur l’écrasement du vol MH17, ont dénoncé mardi les procureurs néerlandais, au deuxième jour du procès aux Pays-Bas de trois Russes et un Ukrainien accusés d’avoir provoqué l’explosion de l’appareil au-dessus de l’Ukraine en 2014. Les procureurs ont notamment accusé la Russie de tentatives de piratage informatique à l’encontre d’enquêteurs et ont évoqué la crainte que Moscou n’essaye de retrouver des témoins. « Il y a des indications claires que les services de sécurité russes tentent activement d’entraver les efforts pour établir la vérité derrière l’écrasement du vol MH17 », a déclaré le procureur Thijs Berger devant les juges du tribunal de Schiphol, en banlieue d’Amsterdam.

Le Boeing 777 de la compagnie Malaysian Airlines, parti d’Amsterdam pour Kuala Lumpur le 17 juillet 2014, a été touché en plein vol par un missile BUK de conception soviétique au-dessus de la zone de conflit armé avec les séparatistes pro-Russes dans l’est de l’Ukraine. Les 298 personnes à bord, parmi lesquelles 196 Néerlandais, ont été tuées. « Les autorités britanniques et néerlandaises ont déterminé que des agents russes du GRU [le renseignement militaire russe] étaient impliqués dans des tentatives de piratage des systèmes des autorités d’enquête malaisiennes », a affirmé M. Berger. Le procureur a également mentionné des tentatives de piratage visant le Bureau néerlandais d’enquête pour la sécurité (OVV), qui coordonnait initialement l’enquête sur la catastrophe. Pour lui, « ces informations jettent une ombre » sur le procès, qui s’est ouvert lundi malgré l’absence des suspects.

Les Russes Sergueï Doubinski, Igor Guirkine et Oleg Poulatov, ainsi que l’Ukrainien Leonid Khartchenko, quatre hauts gradés des séparatistes pro-Russes de l’est de l’Ukraine, sont poursuivis par le parquet néerlandais pour meurtre et pour avoir délibérément causé l’écrasement de l’avion. Ces premiers suspects inculpés dans l’affaire sont accusés d’avoir convoyé le système de missiles antiaériens BUK, avant que celui-ci ne soit tiré par d’autres personnes encore non identifiées. Doubinski, Guirkine et Khartchenko seront jugés par contumace, tandis que Poulatov a choisi d’être représenté par un avocat néerlandais. Ils encourent la perpétuité. Boudewijn van Eijck, l’avocat de Poulatov, a rejeté mardi les accusations des procureurs, qualifiant leurs remarques sur la sécurité des témoins de « prématurées ».

L’équipe internationale d’enquêteurs, dirigée par les Pays-Bas, a établi en mai 2018 que l’avion avait été abattu par un missile provenant de la 53e brigade antiaérienne russe basée à Koursk (Sud-Ouest). À la suite de ces révélations, les Pays-Bas et l’Australie, dont 38 citoyens ont péri dans le drame, ont ouvertement imputé à la Russie la mort de leurs ressortissants. Moscou a toujours nié avec véhémence toute implication et a rejeté la faute sur Kiev.