Un premier musulman se présente pour le parti CSU

Le premier musulman à représenter la CSU, Ozan Iyibas
Photo: Christof Stache Agence France-Presse Le premier musulman à représenter la CSU, Ozan Iyibas

Barbe taillée au millimètre, sourire inaltérable, Ozan Iyibas a tout de l’homme politique en campagne. À un détail près : il est le premier musulman à représenter la CSU, puissant parti chrétien et conservateur de Bavière.

« Je ne vois aucune contradiction dans ce choix », annonce d’emblée le candidat de 37 ans, calé dans un fauteuil avec sa tasse de thé, peu avant le premier tour des municipales de 15 mars dans sa ville de Neufahrn.

Peu importe si, voilà deux ans, le ministre-président CSU de Bavière, Markus Söder, annonçait son intention d’orner de croix catholiques tous les lieux publics de la région, pour honorer son « héritage culturel ».

« Les valeurs de ma religion sont très proches de celles des chrétiens », affirme M. Iyibas, d’origine turque et de foi alévite, une branche sécularisée de l’islam.

Difficile adaptation

À Wallerstein, village de l’ouest de la Bavière, les militants locaux ont pourtant refusé la désignation d’un autre candidat musulman, Sener Sahin. Ils ont préféré ne présenter personne aux municipales.

« Il ne s’agissait pas de moi, mais de ma foi. Par exemple, l’un des arguments a été que le “C” de CSU et le fait que je sois musulman n’allaient pas ensemble », a confié Sener Sahin au quotidien Süddeutsche Zeitung.

Les dirigeants du parti ont bien tenté d’intervenir en sa faveur, mais la base n’a pas cédé, alors même que M. Sahin, entrepreneur couronné de succès, était à la fois joueur et entraîneur de l’équipe de football locale.

La CSU, parti frère des chrétiens-démocrates d’Angela Merkel présent uniquement en Bavière, a dominé la vie publique bavaroise depuis la Seconde Guerre mondiale, mais voit sa base électorale s’éroder.

Avec 37 % lors des dernières régionales de 2018, la formation a enregistré son plus mauvais score depuis 1954, prise en étau entre la poussée du parti d’extrême droite AfD et celle des Verts.

Le parti cherche donc à se renouveler et s’appuie sur M. Iyibas, consultant pour start-up à la parole facile, pour ravir le siège de maire à l’élu écologiste sortant, Franz Heilmeier.

Dans les rues de Neufahrn, paisible ville de 20 000 habitants en banlieue de Munich où il a grandi, Ozan Iyibas semble connaître à peu près tout le monde. Avec les gens qu’il croise, il parle économie locale, transports en commun et environnement plutôt que religion.

« Pour moi, le plus important, ce sont les problèmes de logement », lance Erica, une retraitée croisée à la sortie d’un magasin de fruits et légumes. « La religion des candidats, ça ne fait aucune différence. »

Alors, inlassablement, il martèle que son parti « n’est pas une secte ». « Si un chrétien refuse à un musulman le droit d’appartenir à la CSU, c’est qu’il n’a rien compris à la chrétienté », estime-t-il.

« Beaucoup d’Allemands d’origine immigrée défendent des valeurs conservatrices, qui correspondent à celles de la CSU », remarque de son côté Stefan Wurster, professeur d’analyse politique à l’école bavaroise de politiques publiques. Dans ce parti aujourd’hui, « le conflit est moins entre chrétiens et musulmans qu’entre religieux et athées », ajoute-t-il.

Ozan Iyibas, lui, est convaincu que son parti peut changer et vante un « nouveau conservatisme », « qui suit la tradition, mais innove en même temps ». Il espère donc que « dans cinq ou dix ans », sa foi personnelle « ne soit plus un sujet ».