La réforme des retraites passée en force à l’Assemblée nationale française

Le premier ministre français, Edouard Philippe, a expliqué qu’il s’agissait de «mettre fin à cet épisode de non-débat» avec l’opposition et de «permettre à la suite du processus législatif de s’engager».
Photo: Francois Mori Associated Press Le premier ministre français, Edouard Philippe, a expliqué qu’il s’agissait de «mettre fin à cet épisode de non-débat» avec l’opposition et de «permettre à la suite du processus législatif de s’engager».

Le premier ministre français Edouard Philippe a décidé samedi de faire adopter sans vote la réforme des retraites, qui a donné lieu à un vaste mouvement de protestation en France, entraînant des motions de censure de la droite et de la gauche à l’Assemblée nationale.

M. Philippe est monté dans l’après-midi à la tribune de la chambre basse du Parlement pour faire cette annonce surprise. Sous les applaudissements de la majorité présidentielle, il a expliqué qu’il s’agissait ainsi de « mettre fin à cet épisode de non-débat » avec l’opposition et de « permettre à la suite du processus législatif de s’engager ».

La réforme visant à créer un « système universel » de retraite par points sera considérée comme adoptée, sauf si une motion de censure, déposée dans les 24 heures, est votée par les députés. Or le gouvernement dispose d’une majorité confortable à l’Assemblée.

Une adoption définitive de la réforme, qui doit encore être examinée au Sénat, est attendue à l’été.

Ce projet phare du président Emmanuel Macron a déclenché à partir de début décembre un conflit social exceptionnellement long, notamment dans les transports (rails et métro parisien) mais aussi parmi les avocats ou encore à l’Opéra de Paris.

Motions de censure et « obstruction »

Les élus Les Républicains (LR, droite) ont déposé une motion, disant ne pouvoir « accepter qu’une réforme, que le gouvernement présente lui-même comme la plus importante de ce quinquennat, puisse ne jamais être votée à l’Assemblée nationale ». La gauche a fait de même peu après.

« On est passé en force par-dessus la volonté des Français […] On est passé en force par-dessus les syndicats et maintenant il s’agit de passer en force par-dessus l’Assemblée », a dénoncé François Ruffin, député de la gauche radicale.

Le chef du gouvernement a justifié son choix par ce qu’il considère comme de « l’obstruction » de la gauche de la gauche : le texte législatif a fait l’objet de 41 000 amendements. « Après plus de 115 heures de débat en séance publique, de jour comme de nuit, week-ends inclus, l’Assemblée nationale en est arrivée à l’examen de l’article 8 d’un projet de loi ordinaire qui en comporte 65 », a dénoncé M. Philippe.

Le premier ministre, qui fera donc usage de l’article 49-3 de la Constitution qui permet l’adoption d’un texte législatif sans vote, a étrillé l’attitude de l’opposition : « Je n’ai pas […] le sentiment que notre démocratie puisse se payer le luxe d’un tel spectacle », a-t-il estimé, à un moment où le coronavirus mobilise l’exécutif, avec 100 cas dans le pays.

Le secrétaire général du syndicat CGT, Philippe Martinez, qui a dénoncé « l’attitude profondément scandaleuse » du gouvernement, a annoncé une mobilisation sociale « dès la semaine prochaine ».