La France débranche un réacteur de sa plus vieille centrale nucléaire

Le réacteur a été débranché du réseau électrique par la compagnie d’électricité EDF à 2 h, heure locale.
Photo: Sébastien Bozon Agence France-Presse Le réacteur a été débranché du réseau électrique par la compagnie d’électricité EDF à 2 h, heure locale.

La France a débranché samedi le premier des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim (est), la plus ancienne en activité dans le pays, très dépendant de l’électricité d’origine nucléaire.

La décision, très attendue et symbolique dans un contexte écologique dégradé, a suscité l’opposition des populations locales, mais aussi le mécontentement des organisations antinucléaires. L’Allemagne, toute proche, s’est réjouie du démantèlement à venir.

Le réacteur a été débranché du réseau électrique par la compagnie d’électricité EDF à 2 h, heure locale. C’est la toute première étape de la fermeture de cette centrale, située à la frontière allemande et non loin de la Suisse, qui avait été mise en service en 1977.

Le réacteur numéro deux doit suivre le 30 juin. Ensuite, l’évacuation des combustibles usés devrait survenir d’ici l’été 2023. Mais ce ne sera qu’en 2040, au mieux, que sera achevé le démantèlement complet, un chantier inédit en France, de cette centrale devenue le symbole de tous les dangers de l’atome pour les opposants au nucléaire français, mais aussi allemands et suisses, dont les grèves de la faim et les manifestations ont été innombrables, et les critiques se sont encore accentuées après la catastrophe de Fukushima en 2011.

Douze réacteurs supplémentaires, sur les 58 que compte la France aujourd’hui — ce qui en fait le deuxième plus grand parc nucléaire du monde derrière celui des États-Unis doivent être arrêtés d’ici à 2035, sans toutefois entraîner de fermeture totale de centrale comme à Fessenheim.

Pour le premier ministre, Édouard Philippe, l’arrêt des installations situées à Fessenheim constitue la « première étape dans la stratégie énergétique de la France qui vise un rééquilibrage progressif » entre les différents types d’énergies, avec une diminution progressive de la part du nucléaire — actuellement de 70 %, la plus importante de la planète — et une augmentation de celle de l’électricité d’origine renouvelable.

Photo: Sébastien Bozon Agence France-Presse Environ 150 personnes se sont réunies devant la centrale samedi après-midi.

Opposés à la fermeture de ce premier réacteur, des salariés menaçaient de désobéir et de ne pas appliquer les procédures permettant le découplage du réacteur, mais tout s’est finalement déroulé sans anicroche. « Nos collègues ont dû réaliser des actes pour lesquels on n’est pas programmé », a regretté samedi matin Jean-Luc Cardoso, syndicaliste et salarié de longue date.

Au delà des salariés, des élus locaux ont protesté contre cette fermeture qui aura des conséquences sur l’ensemble de la région. « Dès demain, on commencera à sentir les effets de la fermeture de la centrale, avec des départs de population », a déploré le maire de Fessenheim, Claude Brender. La centrale générait environ 2000 emplois directs et induits dans la zone.

Environ 150 personnes se sont réunies devant la centrale samedi après-midi, une pancarte affirmant « L’énergie nucléaire, une chance pour la France ». Ils dénoncent une décision politique, sans considérations sécuritaire ou écologique, les défenseurs du nucléaire jugeant absurde de se priver d’une source d’énergie n’émettant pas de gaz à effet de serre, sur une planète confrontée au réchauffement climatique.

Du côté des opposants à la centrale, ce n’était pas non plus l’exaltation, car le gouvernement veut installer sur le site un « centre d’excellence du démantèlement nucléaire, s’appuyant sur un technocentre pour le recyclage des matériaux métalliques », selon la ministre de la Transition écologique, Élisabeth Borne.

« On fait sortir le nucléaire par la porte, on le fait rentrer par la fenêtre », s’est aussi insurgé Daniel Reininger, président de la fédération Alsace Nature.

En Allemagne, la ministre de l’Environnement, Svenja Schulze, a salué la fermeture, jugeant que « le démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim rend également l’Allemagne plus sûre ».

« L’abandon progressif de l’énergie nucléaire en Allemagne est gravé dans le marbre, mais nous continuerons à faire campagne pour que nos pays voisins abandonnent l’énergie nucléaire [...] Les énergies renouvelables sont clairement la meilleure solution », a-t-elle estimé.

L’Allemagne, qui a renoncé à l’énergie nucléaire a encore largement recours au charbon, énergie très émettrice de CO2 pour produire environ un tiers de son électricité. Le pays a adopté un plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.