Retraites: la France plonge dans une nouvelle journée de grèves

Le projet de réforme des retraites d’Emmanuel Macron a déjà fait descendre des centaines de milliers de personnes dans les rues.
Photo: Zakaria Abdelkafi Agence France-Presse Le projet de réforme des retraites d’Emmanuel Macron a déjà fait descendre des centaines de milliers de personnes dans les rues.

Au lendemain d’une mobilisation massive, la grève contre la réforme du système de retraite se poursuivait vendredi en France, notamment dans les transports, tandis que les syndicats annonçaient d’ores et déjà une nouvelle journée d’action mardi prochain.

Le projet de réforme des retraites, emblématique du quinquennat d’Emmanuel Macron, a déjà fait descendre au moins 800 000 personnes dans les rues jeudi. Le gouvernement, qui promet un mécanisme plus juste, plaide pour « système universel » de retraite par points censé remplacer à partir de 2025 les 42 régimes de retraites existants. Mais les opposants redoutent une « précarisation » des retraités.

Renforcés par le succès de leur première journée d’action, les syndicats veulent s’inscrire dans la durée et ont donné rendez-vous à leurs sympathisants le 10 décembre « pour une nouvelle journée interprofessionnelle », affichant une détermination forte pour faire reculer l’exécutif.

Ce dernier a tenté de reprendre la main en annonçant d’ultimes concertations lundi avec les syndicats. La ministre des Solidarités Agnès Buzyn a affirmé que la « colère des Français » qui s’est exprimée la veille avait été « entendue ».

La retraite est un sujet éminemment sensible en France. Il avait paralysé le pays plus de trois semaines en 1995 avant que l’exécutif ne recule sur ce dossier. 

En outre, cette nouvelle initiative visant à réformer le système intervient dans un contexte social déjà très tendu dans plusieurs secteurs (hôpital, étudiants...) et un an après la naissance du mouvement de contestation sociale et fiscale inédit des « gilets jaunes ».

Jeudi, la contestation a largement touché : transports, éducation, police, justice, transporteurs routiers, entreprises privées. Ou encore raffineries.

Au moins cinq dépôts de carburants étaient bloqués vendredi.

Les perturbations dans les transports en particulier restaient importantes. À Paris, le mouvement à la RATP (transports publics) a été reconduit jusqu’à lundi et 9 lignes de métro sur 14 restaient fermées. 

«Cauchemar» Mais cette mobilisation apporte dans les rues son lot de crispations, notamment chez les usagers des transports en commun de la région parisienne où, « grosso modo, un train sur cinq » circule selon la SNCF, l’opérateur ferroviaire.

Dans tout le pays, près de 32 % des cheminots étaient en grève (55,6 % la veille) en moyenne, un taux atteignant plus de 87 % chez les seuls conducteurs, selon la direction de la SNCF.

La SNCF a anticipé 90 % de TGV et 70 % de trains express régionaux annulés. 

« C’est un cauchemar, les gens sont encore plus fous que d’habitude. En arrivant Gare du Nord (à Paris), ils ne nous laissaient pas descendre », a commenté Lola, qui a emprunté un RER. 

À la Gare du Nord, dans la matinée, le hall donnant accès aux trains desservant la banlieue et les grandes lignes était très calme, tandis qu’au sous-sol, les quais du métro étaient noirs de monde, a constaté une journaliste de l’AFP. 

En régions, les halls de gare s’affichaient étonnamment vides, comme à Strasbourg (Est) ou Rennes (Ouest).

Côté ciel, Air France a annoncé l’annulation vendredi de 30 % de ses vols intérieurs et 10 % de ses moyen-courriers, EasyJet, Transavia et Ryanair laissant également des avions au sol. Les compagnies aériennes ont été priées de réduire de 20 % leur programme. 

Dans les établissements scolaires, le ministre de l’Éducation estimait le taux de grévistes à 10 % contre 51,15 % dans le primaire et 42,32 % dans le secondaire la veille.

Jeudi, certaines manifestations ont été marquées par des heurts, à Paris, Lyon, Montpellier ou Toulouse notamment, mais le chef du gouvernement, Édouard Philippe, a rendu « hommage » aux syndicats, notant que dans « un très grand nombre de villes », les manifestations « se sont bien passées ».

Le président Emmanuel Macron est « calme et déterminé à mener cette réforme, dans l’écoute et la consultation », avait fait savoir l’Élysée jeudi, en précisant que son premier ministre « s’exprimerait vers le milieu de la semaine prochaine sur l’architecture générale de la réforme ».