Affaire Epstein: le prince Andrew s’embourbe

Le prince Andrew affirme qu’il s’en veut « tous les jours » d’avoir continué à fréquenter Jeffrey Epstein après sa libération en 2010.
Photo: John Thys Agence France-Presse Le prince Andrew affirme qu’il s’en veut « tous les jours » d’avoir continué à fréquenter Jeffrey Epstein après sa libération en 2010.

Vivement critiqué par la presse britannique, le prince Andrew subissait dimanche le puissant retour de flamme d’un entretien événement dans lequel il s’exprimait pour la première fois sur l’affaire Epstein, analysée comme un pari risqué qui tourne au fiasco.

Lors d’un entretien de près d’une heure diffusé samedi soir sur la BBC, le prince Andrew s’est expliqué sur ses liens avec le financier américain Jeffrey Epstein, qui s’est suicidé en prison en août, et a « catégoriquement » démenti les affirmations de son accusatrice.

Virginia Roberts affirme avoir été forcée d’avoir des relations sexuelles avec le prince Andrew à Londres en 2001 alors qu’elle avait 17 ans, puis à deux autres reprises à New York et sur l’île privée de Jeffrey Epstein dans les Caraïbes.

« Je peux catégoriquement, absolument vous dire que ce n’est pas arrivé », a déclaré le prince Andrew, se disant prêt à déposer devant la justice « dans de bonnes circonstances ».

L’interview à la BBC a fait la une dimanche de la plupart des journaux britanniques. Et beaucoup ironisaient sur la ligne de défense du prince, ou estimaient que son « pari » de s’expliquer à la télévision risquait fort de se retourner contre lui et la famille royale.

« Il n’avait pas l’air conscient du sérieux de l’affaire, riant et souriant à plusieurs reprises pendant l’interview […] et n’exprimant aucun regret ou inquiétude envers les victimes d’Epstein », jugeait ainsi le quotidien The Guardian.

« Je n’ai jamais rien vu d’aussi désastreux », a réagi le consultant en relations publiques et communication de crise Mark Borkowski, pour qui cette interview peut servir d’exemple à des étudiants de « ce qu’il ne faut pas faire ». « C’était comme regarder un homme dans des sables mouvants à qui malheureusement personne n’aurait jeté de corde » pour tenter de l’en sortir.

Le prince Andrew, 59 ans et huitième dans la ligne de succession au trône, a reconnu que ses relations avec le financier américain Jeffrey Epstein ont pu mettre la famille royale dans l’embarras, mais estime ne pas avoir nui à la réputation de la reine Élisabeth II.

Sur Twitter, Peter Hunt, ancien chroniqueur royal de la BBC, a estimé que cette interview, qui à ses yeux affecte la reine, traduisait un « malaise » au sein de la royauté. Selon lui, son frère aîné le prince Charles devrait avoir le « courage » de dire au prince Andrew de « se retirer de la vie publique ».

La presse raillait notamment l’alibi invoqué par le prince, qui a affirmé qu’il se trouvait dans un restaurant de la chaîne Pizza Express de Woking, une ville au sud de Londres, le jour des faits décrit à Londres par son accusatrice Virginia Roberts. Un lieu inhabituel pour un membre de la famille royale britannique.

« Les chevaux suent, les hommes transpirent, mais les membres de la famille royale ne font que briller », a écrit le Sunday Times dans un éditorial, rebondissant sur l’une des explications les plus commentées du prince Andrew.

Là où Virginia Roberts le décrit comme transpirant abondamment en dansant dans un club de Londres en 2001, lui rétorque que c’était impossible. Et ce, dit-il, en raison d’une maladie due à une montée d’adrénaline lorsqu’il a été visé par des tirs lors de la guerre des Malouines en 1982, où il était pilote d’hélicoptère.

Le Sunday Times, qui publie une photo montrant le prince « apparemment » en train de transpirer en 2000, s’en prend au « pauvre chéri » qui s’est présenté comme un « héros de guerre ».

Le prince se voit aussi reprocher le vocabulaire qu’il a employé tout au long de son entretien, comme le fait qu’il se soit présenté comme « trop honorable », pour expliquer qu’il avait vu Epstein en 2010 après sa condamnation, dit-il pour couper les ponts. Ou encore quand il a qualifié d’« inconvenant » le comportement de son ami.

« Inconvenant ?, lui a rétorqué la journaliste qui l’interviewait. C’est un délinquant sexuel ! »