Inondations: Venise n’est pas au bout de ses peines

Des pigeons se tenant au sec sur des chaises aux abords de la place Saint-Marc
Photo: Marco Bertorello Agence France-Presse Des pigeons se tenant au sec sur des chaises aux abords de la place Saint-Marc

Venise a connu un nouveau pic de marée haute vendredi, trois jours après avoir été lourdement affectée par des inondations records qui ont conduit le gouvernement italien à décréter l’état d’urgence.

La protection civile italienne a, de son côté, émis pour samedi une « alerte rouge » météorologique pour toute la région de Venise, avertissant du risque de vents violents.

Le maire de Venise, Luigi Brugnaro, a ordonné en fin de matinée vendredi la fermeture de la célèbre place Saint-Marc pendant plusieurs heures afin d’éviter aux citoyens « tout risque sanitaire ». La mesure a été levée dans l’après-midi, au moment où le niveau de l’eau baissait.

Photo: Filippo Monteforte Agence France-Presse Une femme portant un imperméable sur la place Saint-Marc, inondée, vendredi.

L’acqua alta a atteint dans la journée 1,54 m, un niveau en deçà de celui enregistré mardi (1,87 m). La crue avait alors submergé 80 % de la cité, provoquant la mort d’un septuagénaire et renversant des gondoles ainsi que des vaporetti — des autobus fluviaux.

L’eau a cette semaine envahi et endommagé une cinquantaine d’églises de ce joyau classé au patrimoine mondial. Commerces, musées et hôtels ont aussi été inondés.

« Toutes les réserves qui sont en sous-sol sont perdues ! se lamentait Luciano, un habitant de Venise et employé d’un magasin de la place Saint-Marc, lorsque l’AFP l’a rencontré. Des acqua altas aussi fréquentes, ce n’est jamais arrivé. »

Comme beaucoup d’établissements culturels, le Musée Guggenheim avait prévu de rouvrir vendredi, mais a changé d’avis « en raison de conditions météo qui empirent ».

Photo: Marco Bertorello Agence France-Presse Des gens marchent sur une passerelle à travers une rue inondée de Venise.

Appel à la solidarité

Le maire de Venise, Luigi Brugnaro, a annoncé vendredi l’ouverture d’un compte bancaire pour tous ceux qui, en Italie et à l’étranger, souhaitent contribuer aux réparations. « Venise, endroit unique, est l’héritage de tout le monde. Grâce à votre aide, Venise brillera de nouveau », a-t-il écrit dans un communiqué.

« Cela serait un péché de ne plus voir ces endroits. Je crois que tout le monde devrait mettre la main à la poche », a dit à l’AFP Nicole Righetti, une touriste italienne. Venise reçoit 36 millions de touristes par an, dont 90 % d’étrangers.

Diana Ramirez, une Colombienne habitant aux États-Unis, est aussi partisane de la solidarité. « Ça va coûter beaucoup d’argent à Venise. Ce n’est pas une mauvaise chose de demander aux touristes étrangers s’ils peuvent aider. »

Photo: Filippo Monteforte Agence France-Presse Touristes et Vénitiens portaient des cuissardes imperméables vendredi.

Jeudi soir, le gouvernement du premier ministre Giuseppe Conte avait approuvé l’instauration de l’état d’urgence à Venise et a annoncé le déblocage de 20 millions d’euros [près de 30 millions de dollars canadiens] « pour les interventions les plus urgentes ».

Cette procédure d’état d’urgence, souvent utilisée dans une Italie régulièrement frappée par des désastres (séismes, éruptions volcaniques et glissements de terrain), dote le gouvernement de « pouvoirs et de moyens exceptionnels ».

Les dégâts, d’ores et déjà chiffrés à « des centaines de millions d’euros », devront donner lieu à des évaluations précises, mais en attendant, le décret permettra « immédiatement » de verser « 5000 euros [environ 7200 $CAN] pour les particuliers et 20 000 euros [quelque 29 000 $CAN] pour les commerces », selon M. Conte.

Pour le ministre de l’Environnement, Sergio Costa, la fragilité de Venise s’est accrue en raison de la « tropicalisation » de la météo, avec d’intenses précipitations et de fortes rafales. Les écologistes montrent aussi du doigt l’expansion du grand port industriel de Marghera, situé en face de Venise, et le défilé des bateaux de croisière géants.

Photo: Marco Bertorello Agence France-Presse Le palais des Doges, situé sur la place Saint-Marc, était encerclé par les eaux.