La première force de gauche italienne propose une alliance au M5S

Nicola Zingaretti, chef du Parti démocrate, a proposé au Mouvement 5 Étoiles de former un gouvernement pour éviter un scrutin anticipé.
Photo: Angelo Carconi / ANSA via Associated Press Nicola Zingaretti, chef du Parti démocrate, a proposé au Mouvement 5 Étoiles de former un gouvernement pour éviter un scrutin anticipé.

La classe politique italienne restait en ébullition mercredi : le Parti démocrate (PD, centre gauche) a proposé au Mouvement 5 Étoiles (M5S) de former un gouvernement pour éviter un scrutin anticipé, périlleux pour la troisième économie de la zone euro, que réclame Matteo Salvini.

Le président, Sergio Mattarella, qui détient les clefs du dénouement de la crise politique déclenchée le 8 août par le chef de la Ligue (extrême droite), a entamé ses traditionnelles « consultations », destinées à chercher une nouvelle majorité. Le chef de l’État a discuté avec son prédécesseur, Giorgio Napolitano (2006-2015), puis avec les présidents des deux chambres. Aucun élément n’a filtré sur leurs discussions. Il a enchaîné par les groupes parlementaires, mais verra les principaux jeudi.

Avant le coup d’envoi de ces entretiens très protocolaires, la principale force de gauche, le PD a donné pour mandat à son chef, Nicola Zingaretti, de proposer à Mattarella « un gouvernement de changement » avec le M5S (antisystème). Le PD veut s’entendre avec les 5 Étoiles sur « un programme réalisable et partagé par une large majorité parlementaire », a expliqué à la presse M. Zingaretti.

Ce parti a posé cinq conditions précises au M5S, formation née de la dénonciation du vieux système politique et de la corruption, mais aux multiples courants dont une forte tendance eurosceptique. « Appartenance loyale à l’Europe, pleine reconnaissance de la démocratie représentative et de la centralité du Parlement, développement basé sur le respect de l’environnement, changement de cap dans la gestion des flux migratoires, virage dans la politique économique et sociale vers davantage de redistribution et d’investissements ». En guise de réponse, le M5S a dit vouloir « attendre la fin des consultations » jeudi après-midi, tout en rappelant qu’il est « le premier parti au Parlement, avec sa propre majorité relative ».

Sûr de sa bonne étoile et de la « protection du coeur immaculé de Marie », M. Salvini a maintenu sa ligne : il réclamera au président « la voie royale » du retour aux urnes. Pour lui, « quel que soit le gouvernement qui naîtra, son but est d’être contre la Ligue ».

L’idée d’une alliance M5S-PD avait été lancée par l’ancien premier ministre PD Matteo Renzi, ennemi juré de la Ligue et d’une bonne portion du M5S, après la mise à mort de la coalition Ligue-M5S par Salvini. Pour M. Renzi, « l’accord entre le M5S et le PD peut être une solution », en dépit des fortes inimitiés du passé.

M. Mattarella « ne perdra pas de temps et surtout ne permettra pas qu’on lui en fasse perdre », a estimé dans La Stampa, l’expert Ugo Magri qui suit en permanence le Quirinal. Pour dénouer la crise, le président Mattarella dispose d’un éventail d’options, y compris un scrutin dès l’automne. Mais il est notoirement réticent à cette idée, car les élections tomberaient au moment où la troisième économie de la zone euro, en panne et très endettée, devra présenter à la Commission européenne son projet de budget pour 2020.

Faute d’accord, il ne lui resterait que deux possibilités : un gouvernement de techniciens pour adopter le budget et préparer des élections au printemps 2020, ou un « gouvernement du président » pour organiser un scrutin anticipé fin octobre.