Quelle sera la composition du prochain gouvernement italien?

Le premier ministre, Giuseppe Conte, a remis la démission de son gouvernement.
Photo: Andreas Solaro Agence France-Presse Le premier ministre, Giuseppe Conte, a remis la démission de son gouvernement.

La crise politique italienne aura finalement eu raison de l’habituelle torpeur estivale du pays. Mardi, le premier ministre, Giuseppe Conte, a remis sa démission sans même attendre le vote au parlement sur la motion de défiance présentée à son encontre, mettant un terme au règne de quatorze mois d’une coalition populiste explosive. La composition du prochain gouvernement fait maintenant l’objet d’intenses spéculations, au moment où on examine si une nouvelle majorité peut être formée sans passer par les urnes.

Depuis quelques semaines, Matteo Salvini, chef de la Ligue (extrême droite, eurosceptique) et ministre de l’Intérieur, organisait une mutinerie. Encouragé par des sondages à son avantage, surfant sur une rhétorique anti-immigration, M. Salvini a disloqué la coalition qui unissait son parti au Mouvement 5 étoiles (antisystème, en faveur de la démocratie directe) en demandant aux électeurs de lui accorder massivement leur confiance à l’occasion de nouvelles législatives.

En forçant l’éclatement du gouvernement, « Salvini a eu ce qu’il voulait. Par contre, par rapport à la semaine dernière, il y a plusieurs autres scénarios que la tenue rapide d’élections qui se dessinent », analyse Frédéric Mérand, directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM) et professeur d’études européennes à l’Université Luiss à Rome.

Dès mercredi après-midi, le président Sergio Mattarella va commencer à rencontrer les représentants de chacun des partis afin de vérifier si une nouvelle coalition pourrait être formée à partir de la législature actuelle, tel que la constitution l’impose. Si la tâche s’avère impossible, des élections, qui pourraient être tenues aussi tôt qu’en octobre, seront déclenchées.

Ainsi, la machine à rumeurs roulait à toute vapeur, mardi. Une nouvelle coalition pro-européenne « à la Macron » alliant la gauche et la droite a été évoquée. L’idée d’un gouvernement « Conte bis », ramenant aussitôt le premier ministre à son poste pour piloter un gouvernement de transition, a aussi été lancée. Et on a même parlé d’un retour dans l’arène politique de l’ex-premier ministre Matteo Renzi à la faveur d’une entente a priori improbable entre le Parti démocrate (PD) et le Mouvement 5 étoiles (M5S). Où donner de la tête au pays de Machiavel ?

« C’est une question difficile. Depuis le moment où Salvini a retiré sa confiance envers le premier ministre, la position des partis change pratiquement chaque jour », soulève Luca Tomini, chercheur et professeur en science politique à l’Université libre de Bruxelles.

Chose certaine, l’ensemble des partis majeurs — à l’exception de la Ligue — va manoeuvrer pour éviter la tenue d’élections, dit M. Tomini. Car si un scrutin avait lieu, les sondages indiquent qu’une coalition d’extrême droite alliant la Ligue à la Fratelli d’Italia (extrême droite) et au parti Forza Italia (droite) de Silvio Berlusconi pourrait bien décrocher le pouvoir.

Au jeu des négociations, une entente entre le M5S et le PD — avec Matteo Renzi ou pas à sa tête — est la possibilité qui semble pour le moment la plus vraisemblable. « C’est l’option sur laquelle aujourd’hui tout le monde travaille — à l’exception de la Ligue, évidemment », souligne M. Tomini. Toutefois, même dans le cas d’une telle coalition, il serait très difficile de créer un gouvernement viable. « Les deux camps ont beaucoup de positions opposées », dit-il.

Tout de même, une alliance entre M5S et le PD ne serait pas plus contre nature que celle qui unissait le M5S à la Ligue, croit Frédéric Mérand. « La grande différence, c’est que le PD est l’un des partis traditionnels du système politique italien. C’est précisément pour s’opposer à ceux-ci que le M5S a été formé », observe-t-il. Un accord avec le PD provoquerait certainement beaucoup de remous à l’intérieur du mouvement antisystème.

Gouvernement technocrate

Comme évoqué dans les derniers jours, un gouvernement technocrate pourrait aussi être établi afin de diriger le pays pendant une période plus ou moins longue, allant des quelques semaines à plusieurs mois. Ce pouvoir apolitique aurait notamment le mandat d’adopter cet automne un nouveau budget plus serré et d’éviter, comme le stipule un accord avec Bruxelles, que la taxe sur la vente soit majorée automatiquement.

Quelle que soit la nature du prochain gouvernement, il y a fort à parier qu’il ne survivra pas jusqu’à la fin du mandat de la législature actuelle. Et d’ici aux prochaines élections, M. Salvini va continuer à fouetter sa base partisane et à profiter du contexte européen.

Car il y a bien une dimension européenne à cette crise, explique Luca Tomini. « Les partis antieuropéens, comme la Ligue, le Front national, et certains partis dans l’est du continent, ont été exclus de la récente coalition au Parlement européen. Ce n’est pas la cause de la fin du gouvernement Conte, mais c’est tout de même le contexte qui l’a rendue possible. »