Plus de 650 000 signatures pour une loi contre les violences domestiques

Alexandra Glebova ne connaît que trop bien le traumatisme de la violence domestique en Russie après avoir souffert pendant des années de violences physiques et psychologiques de la part de son père.
Photo: Kirill Kudryavtsev Agence France-Presse Alexandra Glebova ne connaît que trop bien le traumatisme de la violence domestique en Russie après avoir souffert pendant des années de violences physiques et psychologiques de la part de son père.

Une pétition pour demander aux autorités un durcissement de la législation sur les violences conjugales en Russie avait recueilli près de 650 000 signatures lundi, grâce à une vaste campagne-choc sur les réseaux sociaux.

Une douzaine de blogueuses et de militantes russes, suivies par des millions de personnes sur diverses plateformes, ont commencé il y a dix jours à publier des photos d’elles portant du maquillage suggérant des hématomes, des coupures et du sang, accompagnées du slogan : « Je ne voulais pas mourir. » Cette campagne, à laquelle ont participé de nombreux internautes, est destinée à faire la publicité d’une pétition pour que la Russie se dote d’une loi introduisant le concept de « violences domestiques » et protégeant les victimes de ces violences, qui touchent surtout des femmes.  

Lancée il y a quelques années par Aliona Popova, une figure des droits des femmes en Russie, cette pétition a recueilli près de 650 000 signatures en quelques jours, dans un pays où les violences domestiques sont rarement abordées dans le débat public. « En Russie, près de 16 millions de femmes sont victimes de violences domestiques tous les ans, selon Rosstat », l’agence de statistiques officielles, a déclaré Aliona Popova au cours d’une conférence de presse lundi à Moscou. « Une femme sur trois en Russie est battue par son mari ou son partenaire. Toutes les 45 minutes, une femme est tuée, à la maison — des chiffres effrayants », a affirmé Olga Kravtsova, une blogueuse très suivie, sur les réseaux sociaux.

Une femme sur trois en Russie est battue par son mari ou son partenaire

À contre-courant du mouvement #MeToo, les autorités russes ont dépénalisé en 2017 certaines formes de violences au sein du cercle familial au nom, selon les défenseurs de cette mesure, de la protection des « valeurs traditionnelles ». En juillet, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a fermement mis en cause le droit russe qui « ne reconnaît pas » ces violences ainsi que les autorités « réticentes à reconnaître la gravité du problème ». « Les autorités russes n’ont pas mis en place […] de mesures générales visant […] à protéger contre les maltraitances », avait affirmé la Cour, estimant que la Russie tolère « un climat propice à la violence domestique. »

Fin juin, l’affaire de trois jeunes soeurs devant être jugées pour l’assassinat de leur père, dont elles ont dénoncé les constantes violences et agressions sexuelles, a soulevé une vague d’indignation en Russie. En décembre 2017, une autre affaire avait fait scandale : celle de Margarita Gratcheva, dont le mari lui avait tranché les mains à la hache après l’avoir torturée dans une forêt près de Moscou. Un mois auparavant, la jeune femme avait déposé une plainte, ignorée par la police.