Boris Johnson rattrapé par ses déclarations sur le Brexit

L’ex-ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson quitte le 10 Downing Street. 
Photo: Niklas Halle'n Agence France-Presse L’ex-ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson quitte le 10 Downing Street. 

La citation à comparaître envoyée à Boris Johnson, ex-ténor du Brexit et candidat à la succession de Theresa May au Royaume-Uni, pourrait bien marquer un jalon dans la période populiste en cours. Comment ? En érodant l’impunité des politiciens qui construisent des réalités « alternatives » afin de tromper les électeurs et de faire pencher le poids des urnes en leur faveur.

C’est ce que pense l’ex-ministre libéral Don Boudria, aujourd’hui conseiller en procédures parlementaires et professeur invité à l’Université Concordia. « Dans le cas de Boris Johnson, c’est peut-être le début de la fin, dit-il à l’autre bout du fil. C’est le début d’une forme d’imputabilité pour les populistes qui disent n’importe quoi. » Et le changement de ton pourrait trouver des échos ailleurs dans le monde, « si, bien sûr, les lois le permettent », ajoute-t-il.

Mercredi matin, l’ex-maire de Londres et artisan du Brexit Boris Johnson a été entendu par un tribunal londonien pour avoir possiblement menti durant la campagne référendaire du Brexit en 2016. Au coeur de la rencontre : ses déclarations publiques et le slogan de son bus de campagne qui affirmaient que le Royaume-Uni devait verser 350 millions de livres (environ 600 millions de dollars) chaque semaine à l’Union européenne. De l’argent, ajoutait-il, que le Brexit allait permettre d’attribuer au financement des programmes de santé.

Dans les faits, Londres a envoyé 151 millions de dollars par semaine à Bruxelles au cours des dernières années, soit quatre fois moins que la somme décriée par le leader conservateur pro-Brexit. L’Allemagne contribue à hauteur de 308 millions, la France, de 132 millions. C’est un jeune activiste de 29 ans, Marcus Ball, qui a lancé la procédure au terme d’une campagne de sociofinancement qui a permis de récolter 350 000 $. Sa plainte a été déposée en février dernier. L’homme estime que, « lorsqu’un politicien ment, c’est la démocratie qui meurt ». M. Johnson, qui reste « innocent jusqu’à preuve du contraire », rappelle M. Ball, doit revenir devant le tribunal dans deux ou trois semaines pour une audience préliminaire. Sur décision d’un juge, des poursuites pourraient alors être entamées pour « inconduite dans un rôle officiel », un délit inscrit dans la loi britannique.

 
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse De faux billets à l’effigie de Johnson circulaient chez les partisans du Brexit en 2016, suggérant que Londres devait verser quelque 350 millions de livres par semaine à l’UE.

« Il n’y a jamais eu de précédent au Canada et je doute que ce genre de cas survienne ici », commente Robert Marleau, greffier à la Chambre des communes entre 1987 et 2001. Il est aujourd’hui commissaire à l’intégrité de la Ville d’Ottawa. « La vérité et le mensonge sont forcément sujets à interprétation, sans quoi Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Jean Chrétien et Jean Charest auraient été envoyés en prison après la campagne référendaire de 1995. »

Dans les pages du quotidien Daily Mail, l’ex-ministre conservateur sous Margaret Thatcher David Mellor a vivement dénoncé l’attaque judiciaire contre le populiste Johnson en rappelant que les tribunaux n’avaient pas à décider ce que les politiciens devaient dire ou pas pendant une campagne électorale ou référendaire. « Les politiciens exagèrent, disent des choses qui peuvent être vraies ou fausses, mais c’est à l’électorat, et pas à la justice, de décider si on peut leur faire confiance ou pas », a-t-il dit.

C’est le début d’une forme d’imputabilité pour les populistes qui disent n’importe quoi.

« En politique, la vérité, c’est l’opinion de quelqu’un, et c’est très compliqué à encadrer », dit M. Boudria, qui se réjouit toutefois de voir M. Johnson ainsi montré du doigt pour ses dérapages passés. « C’est un élément de victoire qui, je l’espère, va inciter les gens, là-bas comme ici, à remettre en question davantage les déclarations des politiciens. Le propos populiste n’est pas synonyme de vérité. C’est généralement l’inverse ». Et il ajoute : « Je vis en Ontario, dans la province de Doug Ford, et je n’ai pas besoin d’en dire davantage. »

Les avocats de Boris Johnson ont qualifié de « coup monté politique » cette citation à comparaître et ses accusations d’« inconduite » qui menacent leur client, qui mène actuellement dans les sondages pour devenir le prochain chef du Parti conservateur et, de facto, le prochain chef du gouvernement britannique. Une avance relative toutefois : oui, plus du quart des Britanniques estiment qu’il ferait un bon premier ministre, soit plus que son proche rival, Sajid Javid. Mais 54 % des personnes sondées doutent de ses compétences pour occuper le poste, selon le dernier coup de sonde de YouGov.