Les eurosceptiques auront du mal à s’unir malgré leur score

Le Parlement européen à Strasbourg
Photo: Patrick Hertzog Agence France-Presse Le Parlement européen à Strasbourg

Malgré leur progression aux élections européennes, les nationalistes et les eurosceptiques d’extrême droite restent désunis et auront des difficultés à monter une opposition anti-UE cohérente au Parlement lors des cinq prochaines années.

Les différents partis populistes et eurosceptiques représentent plus de 170 sièges sur 751, notamment grâce aux bons scores des partis d’extrême droite de Marine Le Pen en France et de Matteo Salvini en Italie.

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S’ils parvenaient à se fédérer, ils pourraient représenter la deuxième ou la troisième force du Parlement. Mais ils restent pour l’instant un groupe disparate, dont les lignes politiques sont souvent contradictoires. Il y a donc peu de chances que Marine Le Pen et Matteo Salvini (dont les partis représentent ensemble 50 sièges au Parlement européen) parviennent, comme ils le souhaitent, à regrouper ces forces eurosceptiques dans l’hémicycle.

« L’extrême droite ne sera pas assez importante pour bloquer le processus législatif », souligne Pelle Christy d’Euraffex, une société de conseil à Bruxelles. D’autant plus qu’ils sont désunis.

Une difficulté évidente oppose par exemple Matteo Salvini au premier ministre hongrois, Viktor Orban, dont le parti au pouvoir, le Fidesz, enverra 13 eurodéputés à Strasbourg, un nombre important pour la constitution d’un groupe puissant.

Le succès de M. Salvini repose en effet en grande partie sur la promesse que les migrants en provenance d’Afrique du Nord qui arrivent en Italie puissent rapidement être envoyés dans d’autres États de l’UE, une idée que M. Orban rejette catégoriquement.

Le kaléidoscope politique que constituent les partis eurosceptiques et europhobes en Europe est rempli de ce genre de contradictions, ainsi que de vieilles querelles, qui rendent les alliances potentielles très volatiles, voire impossibles. En 2014, le Britannique Nigel Farage, du parti Brexit, a ainsi rejeté tout lien avec les nationalistes de Marine Le Pen, dénonçant un positionnement trouble sur l’antisémitisme.

Trop d’intérêts divergents

Le parti de droite eurosceptique au pouvoir en Pologne (PiS) évite pour sa part Mme Le Pen à cause de son positionnement pro-russe. M. Orban a également rejeté ses avances.

« Je ne crois pas au groupe unique », explique Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrémisme politique à la Fondation Jean Jaurès à Paris. « Les lignes sont trop divergentes et [Marine Le Pen] suscite encore quelques méfiances », développe-t-il.

« Il y a sans doute trop d’intérêts nationaux divergents, de politiques économiques et sociales radicalement différentes, ainsi que d’opinions diamétralement opposées sur la Russie, qui font obstacle à la formation et au maintien d’un groupe parlementaire européen cohérent sur d’autres sujets que l’immigration », résume Steven Blockmans, du Centre for European Policy Studies dans une note d’analyse.

Une autre grande question est de savoir quels engagements les eurosceptiques pourraient prendre une fois au Parlement en matière d’élaboration des politiques, les extrémistes ayant la réputation de parvenir à faire les gros titres… mais avec peu de suivi.

À Strasbourg, les observateurs s’accordent largement pour dire que l’intérêt des eurodéputés d’extrême droite pour la politique de l’UE est resté tiède, au-delà de leurs prises de parole sur des sujets tels que Brexit ou l’immigration, où l’influence réelle du Parlement est faible.

« On ne peut pas dire que les députés FN élus en 2014 aient bloqué grand-chose […] C’est à peine un pouvoir de nuisance », affirme Sébastien Maillard, de l’Institut Jacques Delors.

Cela pourrait inciter le parti de Viktor Orban à rester au sein du groupe PPE, la droite majoritaire pro-UE, celui de la chancelière allemande, Angela Merkel, déchiré sur la question de savoir s’il faut maintenir des liens avec lui.

« Orban va tout faire pour rester dans le PPE et peser sur les contradictions internes » du groupe, où sa virulente rhétorique anti-migration a ses partisans, estime le politologue Marc Lazar.

Compte tenu de son énorme score au niveau national, M. Orban « n’a absolument aucun intérêt » à s’impliquer avec Matteo Salvini et Marine Le Pen, tranche Jean-Yves Camus.

En Autriche, le chancelier Kurz renversé après l’«Ibizagate»

Le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, a été renversé lundi par une motion de censure adoptée par les principaux partis d’opposition, dix jours après le scandale de l’«Ibizagate» qui a fait exploser la coalition qu’il avait formée avec l’extrême droite.

Encore cité il y a peu en modèle par les tenants d’une droite dure en Europe pour le gouvernement qu’il avait formé avec le FPÖ, le jeune chef de gouvernement conservateur a lui-même été emporté par la crise politique qui a impliqué son ancien allié. Il a donné rendez- vous à ses soutiens pour les législatives anticipées de septembre.

Plus jeune dirigeant d’Europe, M. Kurz devient le premier chancelier autrichien à être renversé par une motion de censure, et celui dont le mandat aura été le plus bref, malgré des taux de popularité au plus haut.

Le sort gouvernemental de cet homme politique de 32 ans, au pouvoir depuis fin 2017, a été scellé par la décision lundi du FPÖ de voter la défiance aux côtés des sociaux-démocrates du SPÖ. Ces deux formations cumulent une majorité de 103 mandats dans l’hémicycle de 183 sièges.

Il appartient désormais au président, Alexander Van der Bellen, de former un gouvernement technique intérimaire qui expédiera les affaires courantes jusqu’à l’automne.