La question migratoire fait tomber le gouvernement belge

Le premier ministre Charles Michel à son arrivée mardi soir au château royal de Laeken
Photo: Thierry Roge Belga Agence France-Presse Le premier ministre Charles Michel à son arrivée mardi soir au château royal de Laeken

Le pacte mondial de l’ONU sur les migrations, dénoncé par les nationalistes flamands, a eu raison du gouvernement belge : le premier ministre libéral Charles Michel a jeté l’éponge mardi soir, faisant le constat de l’absence de soutien pour son gouvernement en place depuis 2014.

À cinq mois des législatives prévues pour le 26 mai, la démission présentée mardi soir au roi Philippe ne va pas déboucher forcément sur son départ ni sur des élections anticipées.

L’option « la plus probable », selon une source proche du pouvoir, est que le roi demande au gouvernement démissionnaire d’expédier les affaires courantes jusqu’à l’échéance électorale.

Charles Michel a annoncé sa démission après un débat au Parlement au cours duquel il avait appelé l’opposition à le soutenir au coup par coup sur plusieurs thèmes clés (pouvoir d’achat, sécurité, environnement) pour permettre au gouvernement de continuer à travailler.

L’appel à cette « coalition de bonne volonté » n’a « pas été entendu », a déploré le premier ministre devant les députés. « Je prends donc la décision de présenter ma démission, et mon intention est de me rendre chez le roi immédiatement », a-t-il affirmé.

Au cours d’une suspension de séance, socialistes et écologistes venaient de convenir du dépôt d’une motion pour renverser le gouvernement, traduisant le refus de cette « main tendue ».

Depuis le 9 décembre, date du départ des ministres nationalistes flamands de la N-VA, Charles Michel était à la tête d’un gouvernement privé de majorité.

Son refus d’organiser un vote de confiance qui paraissait risqué l’exposait à des « motions de méfiance » de la part de l’opposition.

Mardi soir, après avoir reçu M. Michel, le roi a annoncé qu’il mettait sa décision « en suspens ». Il devrait mener des consultations avec les chefs de parti avant de trancher.

La Belgique détient un record mondial en matière de crises gouvernementales. Entre mi-2010 et décembre 2011, le royaume de 11 millions d’habitants avait tenu 541 jours sans gouvernement de plein exercice. Cela n’avait toutefois pas empêché la prise de décisions importantes, comme celle de l’intervention militaire en Libye.

Pacte mondial sur les migrations

La coalition au pouvoir associant depuis octobre 2014 libéraux et démocrates-chrétiens aux nationalistes flamands de la N-VA s’est effondrée sur le dossier de la migration.

L’Alliance néo-flamande (Nieuw Vlaamse Alliantie, N-VA) avait retiré son soutien à Charles Michel à la veille de son déplacement pour approuver le pacte de l’ONU au nom de la Belgique, le 10 décembre à Marrakech.

Une attitude dénoncée par le chef du gouvernement comme « une volte-face » de la N-VA, alors qu’un consensus s’était dégagé sur ce texte au cours de l’été.

Malgré son caractère non contraignant, ce texte était refusé par les nationalistes flamands au motif qu’il ouvrirait la porte à des pertes de souveraineté des États signataires pour arrêter leur politique migratoire.

Dans le sillage des États-Unis et d’Israël notamment, une dizaine de pays européens ont annoncé leur retrait ou le gel de leur décision après avoir approuvé le texte le 13 juillet à New York.

Depuis son départ du gouvernement, la N-VA continuait de monnayer son soutien au gouvernement belge devenu minoritaire.

Pour voter le budget 2019 cette semaine à la Chambre, il avait notamment exigé de pouvoir rouvrir des discussions constitutionnelles sur le pouvoir des communautés, ce que le premier ministre a jugé « inacceptable ».