L’Irlande vote l’abrogation du délit de blasphème

Le blasphème a été défini dans la loi irlandaise de 2009 sur la diffamation comme tout propos ou action «grossier ou injurieux à l’égard des éléments sacrés d’une religion», pouvant ainsi causer «l’indignation des fidèles».
Photo: Paul Faith Agence France-Presse Le blasphème a été défini dans la loi irlandaise de 2009 sur la diffamation comme tout propos ou action «grossier ou injurieux à l’égard des éléments sacrés d’une religion», pouvant ainsi causer «l’indignation des fidèles».

L’Irlande a voté à 65 % pour l’abrogation du délit de blasphème de la Constitution, selon les résultats définitifs du référendum de vendredi publiés samedi soir.

Après le oui à la légalisation de l’avortement en mai et à celle du mariage homosexuel en 2015, ce référendum marque à nouveau la prise de distance du pays d’avec sa forte tradition catholique même si ce délit, considéré comme obsolète, n’a jamais été appliqué dans l’histoire récente.

Samedi soir, seule une poignée de personnes s’était rendue à l’annonce des résultats du référendum pour lequel la participation s’est établie à 44 %. Un contraste frappant avec les célébrations qui avaient salué en mai la victoire du « oui » au référendum sur l’avortement où la participation avait été de 64 %.

« J’ai toujours pensé qu’il n’y avait aucune place pour une telle disposition dans notre Constitution », a déclaré le ministre de la Justice, Charlie Flanagan. « L’Irlande est à juste titre fière de sa réputation de société moderne et libérale. »

Le blasphème a été défini dans la loi irlandaise de 2009 sur la diffamation comme tout propos ou action « grossier ou injurieux à l’égard des éléments sacrés d’une religion », pouvant ainsi causer « l’indignation des fidèles ».

L’article 40.6.1 de la Constitution stipulait son interdiction et le rendait passible d’une amende de 25 000 euros. Les dernières poursuites pour blasphème remontent à 1855, avant l’indépendance du pays, contre un prêtre disant avoir accidentellement brûlé une bible et finalement acquitté.

Le blasphème était revenu dans l’actualité en 2015 quand l’acteur et réalisateur britannique Stephen Fry avait traité Dieu de « stupide » pour avoir créé un monde rempli d’« injustices », sur la télévision irlandaise. Une enquête avait été ouverte, mais elle n’avait débouché sur aucune poursuite.

Nouveau président

Le référendum sur le blasphème s’est tenu le même jour que l’élection du nouveau président irlandais, dont le mandat de sept ans est essentiellement honorifique. Le président actuel, Michael D. Higgins, 77 ans, en place depuis 2011, a été réélu sans difficulté avec 56 % des voix, selon les résultats définitifs.

« Je serai un président pour tous — pour ceux qui ont voté pour moi et pour ceux qui ne l’ont pas fait », a déclaré M. Higgins. Parmi les cinq autres candidats en lice, l’homme d’affaires Peter Casey qui s’était attiré dans les médias des comparaisons avec le président américain, Donald Trump, avec des commentaires controversés, a obtenu 23 % des votes.