Italie: un village «modèle» de migrants visé par Salvini

Le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, et son parti, la Ligue, veulent fait du village de Riace un exemple de leur «guerre contre le business de l’immigration».
Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse Le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, et son parti, la Ligue, veulent fait du village de Riace un exemple de leur «guerre contre le business de l’immigration».

La colère est montée dimanche en Italie après que le ministère de l’Intérieur, dirigé par le leader d’extrême droite Matteo Salvini, eut ordonné le transfert dans des centres d’hébergement de migrants qui avaient été accueillis dans un village de Calabre, présenté comme un modèle d’intégration.

« Honte. Ce n’est pas l’Italie », a notamment déclaré sur Twitter l’ex-premier ministre Enrico Letta.

Samedi, après l’arrestation début octobre du maire du village de Riace, Domenico Lucano, accusé d’avoir commis des irrégularités au profit des demandeurs d’asile, le ministère de l’Intérieur a ordonné le transfert des migrants s’étant installés dans le village vers des centres d’hébergement.

Des sources au sein du ministère, citées dimanche par des médias italiens, ont toutefois affirmé que les migrants « ne seraient transférés que s’ils sont volontaires ». Ceux qui choisiront de rester « ne bénéficieront plus du système d’accueil », ont ajouté ces sources.

« Stop, Salvini. Ne fermez pas les yeux », a lancé pour sa part l’Association nationale des partisans d’Italie (ANPI) dans un appel au Mouvement 5 étoiles, parti antisystème membre de la coalition au pouvoir aux côtés de la Ligue. L’ANPI a estimé que le gouvernement devrait plutôt partir en guerre contre le crime organisé en Calabre, bastion de la mafia.

Quelque 200 personnes établies dans cette localité dépeuplée seront affectées, selon des médias italiens.

L’initiative du maire Domenico Lucano, dont le programme d’accueil des migrants a été accompagné de la restauration de maisons abandonnées et de la réouverture d’ateliers d’artisans, a été présentée comme un modèle pouvant être reproduit pour faire revivre d’autres communes moribondes.

M. Lucano a été placé en résidence surveillée notamment sous l’accusation d’avoir organisé des « mariages de convenance » au profit de demandeurs d’asile. Ses avocats s’apprêtent à faire appel contre le ministère.

« Si Lucano est [considéré comme] le danger en Calabre, ça veut dire que la mafia est en train de gagner », a averti l’ancien maire de Naples et ex-procureur en Calabre, Luigi de Magistris.

« Si le gouvernement décide de déporter les victimes fragiles et persécutées de régimes d’oppresseurs dans le monde, Riace doit devenir un bastion de la résistance », a-t-il ajouté.

« Les priorités de Salvini en Calabre sont d’envoyer ailleurs les familles et les enfants et de démanteler un modèle d’intégration qui a fonctionné et qui est reconnu partout dans le monde », a déclaré quant à elle l’ancienne présidente du Parlement Laura Boldrini.