May s’entend avec le DUP et obtient la majorité

Arlene Foster (droite), chef du DUP, a visité Mme May au 10 Downing Street, lundi, où les deux politiciennes ont trouvé un accord.
Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse Arlene Foster (droite), chef du DUP, a visité Mme May au 10 Downing Street, lundi, où les deux politiciennes ont trouvé un accord.

Alors qu’elle signait lundi un accord de gouvernement avec le parti ultraconservateur nord-irlandais (DUP) moyennant une rallonge budgétaire d’un milliard de livres, la première ministre britannique, Theresa May, a tenu à rassurer les Européens installés dans son pays.

Près de trois semaines après avoir perdu sa majorité absolue aux législatives, Theresa May s’est « félicitée de cet accord qui va nous permettre de travailler ensemble dans l’intérêt de l’ensemble du Royaume-Uni et nous donner la certitude dont nous avons besoin alors que nous lançons notre sortie de l’Union européenne ».

Avec 317 sièges de députés, un score très en deçà de ses espérances aux législatives anticipées du 8 juin, la dirigeante conservatrice était dans l’obligation de faire alliance avec le DUP, dont les dix élus lui permettent d’atteindre les 326 sièges requis pour retrouver une majorité absolue à la Chambre des communes.


« Au cas par cas »

Le DUP va soutenir le gouvernement sur le budget, les projets de loi liés à la sortie du pays de l’Union européenne (UE), ceux touchant à l’économie, à la sécurité nationale ainsi que sur toutes les motions de confiance. Pour le reste, il s’agira « d’un accord au cas par cas », précise le texte de l’accord.

Il permet aux conservateurs d’envisager désormais sereinement le vote de confiance sur le programme gouvernemental prévu jeudi au parlement.

Mais cet accord a un prix. En quittant Downing Street après son entrevue avec Mme May, la chef du DUP, Arlene Foster, a annoncé, radieuse, que l’Irlande du Nord allait recevoir un milliard de livres supplémentaires au cours des deux prochaines années.

Cet argent va « stimuler l’économie et l’investissement dans de nouvelles infrastructures ainsi que dans l’avenir de nos secteurs de la santé et de l’éducation », a-t-elle détaillé.

Les représentants des deux autres nations constituantes du Royaume-Uni, le Pays de Galles et l’Écosse, ont aussitôt protesté alors que l’Irlande du Nord est déjà la province la plus subventionnée du pays.


Réactions

Le premier ministre gallois, Carwyn Jones, a fustigé un accord « scandaleux » et « inacceptable » qui « tue le financement équitable des nations et régions » du Royaume-Uni.

Même consternation pour le parti indépendantiste écossais (SNP), qui estime que « les aspects financiers de cet accord résument la façon dont les conservateurs se soucient peu de l’Écosse ».

Par ailleurs, Theresa May a tenté lundi de rassurer les citoyens européens installés au pays en leur promettant qu’il ne leur serait pas demandé « de quitter le Royaume-Uni » après le Brexit.

« Je sais qu’il y a de l’inquiétude concernant ce qui arrivera aux citoyens européens », a déclaré Mme May en détaillant devant le Parlement britannique son projet sur le statut des immigrés européens dans le Royaume-Uni post-Brexit.

« Mais aujourd’hui, je tiens à calmer ces inquiétudes. Je souhaite rassurer pleinement les gens en leur disant qu’en vertu de ce projet, il ne sera demandé à aucun citoyen européen se trouvant actuellement légalement au Royaume-Uni de [le] quitter au moment où le pays quittera l’UE. » « Nous voulons que vous restiez », a assuré Mme May.

Tout sens d’équité a été sacrifié sur l’autel d’un accord crasseux avec le DUP pour permettre à la première ministre de s’accrocher au pouvoir

 

Cette question très sensible concerne 3,2 millions de ressortissants qui s’interrogent depuis le référendum du 23 juin 2016 sur leur avenir dans ce pays.

Une communauté « appréciée », mais dont le sort dépendra aussi des droits qui seront accordés après le Brexit aux 1,2 million de Britanniques installés dans les 27 autres pays de l’UE, souligne le projet du gouvernement, un document de 17 pages, dévoilé lundi.

Le règlement de cette question fait partie des dossiers érigés en priorité par l’UE dans le cadre des négociations sur le Brexit qui ont officiellement débuté il y a une semaine.

Selon le projet, les citoyens européens conserveront leurs droits actuels jusqu’au jour de sortie de l’UE, et devront ensuite demander l’obtention d’un nouveau statut.

Accord contesté

« Tout sens d’équité a été sacrifié sur l’autel d’un accord crasseux avec le DUP pour permettre à la première ministre de s’accrocher au pouvoir », a dénoncé la chef du SNP et première ministre d’Écosse, Nicola Sturgeon.

Le leader de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a également déploré un accord qui « ne va pas dans l’intérêt national mais dans l’intérêt de Theresa May ».

L’alliance avec le petit parti ultraconservateur, opposé au mariage homosexuel et à l’avortement, inquiète également dans le contexte du Brexit.

« Cet accord offre un chèque en blanc pour un Brexit conservateur qui menace l’accord de paix du Vendredi saint » qui avait mis fin en 1998 à 30 ans de violences en Irlande du Nord, a réagi Gerry Adams, le patron du parti nationaliste Sinn Féin qui craint le retour d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande.

L’alliance entre le DUP et le gouvernement pose notamment la question de la neutralité de l’exécutif britannique en Irlande du Nord où l’exécutif régional est composé d’une coalition obligatoire entre nationalistes et unionistes.

Se faisant rassurant, l’accord stipule que « le DUP ne sera aucunement impliqué dans le rôle joué par le gouvernement britannique dans les discussions politiques en Irlande du Nord ».

Entamées peu après les résultats des élections du 8 juin, les discussions entre Mmes May et Foster étaient passées au second plan en raison du terrible incendie qui a ravagé le 14 juin à Londres la tour Grenfell, un immeuble de logements sociaux, dans lequel 79 personnes sont mortes.

C’est très affaiblie et critiquée pour sa gestion du drame que Theresa May a entamé lundi dernier les difficiles négociations sur la sortie de l’Union européenne.

Mercredi, elle a présenté un programme de gouvernement expurgé de toute mesure qui fâche et orienté sur le travail colossal qui attend le pays pour sortir de l’UE.