La remontée de Jean-Luc Mélenchon

Mercredi, la campagne de Jean-Luc Mélenchon a fait un arrêt dans la ville de Lille.
Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse Mercredi, la campagne de Jean-Luc Mélenchon a fait un arrêt dans la ville de Lille.

La France serait-elle sur le point de troquer l’Union européenne et l’OTAN pour l’Alliance bolivarienne ? Si le candidat d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon prêche la sortie des traités européens actuels et de l’OTAN, il propose sérieusement d’adhérer à l’Alliance bolivarienne. Une alliance économique créée pour faire concurrence à l’ALENA et dont les principaux pays membres sont Cuba et le Venezuela.

Interpellés sur les plateaux de télévision cette semaine, deux des porte-parole de Jean-Luc Mélenchon n’ont pas vraiment su comment défendre cette proposition pourtant inscrite en noir et blanc dans l’article 62 du programme du candidat de la France insoumise. Tant que Jean-Luc Mélenchon traînait dans les sondages autour de 10 %, de nombreux points de son programme demeuraient dans l’ombre. Maintenant qu’il joue dans la cour des grands et qu’il talonne François Fillon, derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les projecteurs se braquent sur ce vieil adversaire de la social-démocratie.

Sa progression est telle que plusieurs se sont demandé si le second tour de cette élection présidentielle imprévisible ne pourrait pas opposer deux candidats populistes, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. La question a obligé cette semaine le président François Hollande à sortir de sa réserve en dénonçant « la falsification qui fait que l’on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte ». Ce scénario apocalyptique donne aussi froid dans le dos aux milieux économiques. Le secrétaire général de la CFDT (Confédération française démocratique du travail), Laurent Berger, dit ne partager aucune des positions de Mélenchon, dont la vision est, dit-il, « assez totalitaire ». Le représentant des patrons français (Medef), Pierre Gattaz, évoque une « catastrophe absolue ». Son programme, qui propose de confisquer tous les revenus dépassant 400 000 euros, est « un cocktail détonnant de hausse massive de la dépense publique (200 milliards d’euros) et des impôts (85 milliards d’euros) », écrit le quotidien économique Les Échos. Sur un ton plus humoristique, le directeur adjoint du Figaro a surnommé le candidat « Maximilien Ilitch Mélenchon », en référence à Robespierre et à Lénine.

Une chose est certaine, l’ancien militant trotskiste rallié à François Mitterrand vit son heure de gloire. Porté par son aisance dans les débats télévisés, depuis deux semaines, cet ancien ministre délégué à la Formation professionnelle dans le gouvernement de Lionel Jospin jouit d’une popularité inespérée. Sa gouaille et son ton de patriarche bienveillant suscitent une sympathie spontanée. Celui que le candidat de la primaire socialiste, Benoît Hamon, invitait à se rallier à lui tient aujourd’hui la dragée haute aux socialistes avec lesquels il est en guerre depuis une décennie.

Pour tous les analystes, la première raison de ce succès inespéré est l’implosion du Parti socialiste. Alors que la gauche de gouvernement s’est ralliée à Emmanuel Macron, le triomphe des frondeurs aux primaires a précipité la crise. Certains oiseaux de malheur, comme le journaliste Éric Zemmour, prédisent même à Benoît Hamon, chantre du revenu universel, un score semblable à celui du socialiste Gaston Defferre en 1969, autour de 5 %.

Au populisme de droite, il faut opposer un populisme de gauche

 

Populisme à gauche

Mélenchon est-il un populiste de gauche ? Cela ne semble pas faire de doute. D’ailleurs, certains le revendiquent. « Au populisme de droite, il faut opposer un populisme de gauche », dit François Ruffin, le réalisateur de l’excellent documentaire Merci patron !, qui illustre les conséquences d’une fermeture d’usine près de Valenciennes. Si Jean-Luc Mélenchon n’a pas beaucoup modifié son programme, il a considérablement remodelé son image. Finis les fonds rouges sur ses affiches, ainsi que « le bruit et la fureur » qu’il invoquait à tout propos pendant la campagne de 2012. Le voilà qui cite plus souvent de Gaulle et Victor Hugo que son idole d’antan, Hugo Chávez. Les drapeaux français ont même fait leur apparition dans ses assemblées. Et le candidat s’est mis au quinoa pour perdre quelques kilos.

Les experts se souviennent pourtant que l’« effet Mélenchon » n’est pas nouveau. En 2012, le candidat était en effet monté jusqu’à 17 % d’intentions de vote. Cela ne l’avait pas empêché de finir à 11 % au premier tour. Un score plutôt honorable. Certains incriminent son dernier discours à Marseille, où il s’était montré ouvert à l’immigration. Un sujet qui ne passe pas dans les milieux populaires et sur lequel il est aujourd’hui plus discret.

Le vote utile

En ira-t-il de même cette fois ? Cinq ans plus tard, les conditions sont très différentes. Jamais une campagne présidentielle n’a compté autant d’indécis à une semaine du premier tour. Jamais le vote n’a été aussi éclaté à gauche. « Pour la première fois sous la Cinquième République, le Parti socialiste semble se voir confisquer, par la candidature de Jean-Luc Mélenchon, le “vote utile” de gauche », écrivent Chloé Morin et Esteban Pratviel sur le site de la Fondation Jean Jaurès, un think tank proche du PS. Pour autant, ces experts jugent « peu probable » un second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Une analyse détaillée des intentions de vote les amène à conclure qu’Emmanuel Macron et François Fillon jouissent tous de deux de marges de progression beaucoup plus importantes que Mélenchon.

La progression du leader de la France insoumise vient en effet essentiellement de l’échec de la campagne de Benoît Hamon. C’est chez les électeurs du PS qui n’ont pas rallié Emmanuel Macron que Jean-Luc Mélenchon recrute l’essentiel de ses nouveaux soutiens. Ce qui ne l’empêche pas d’obtenir d’étonnants éloges. Dans l’hebdomadaire d’extrême droite Minute, Jean-Marie Le Pen a vanté un homme qui, à son image, « s’est révélé un orateur public de qualité ».

À 65 ans, Jean-Luc Mélenchon fait probablement sa dernière campagne. Son assemblée de Dijon, mardi prochain, sera retransmise en hologramme dans six autres villes. Un artifice technique qui fait le buzz chez tous les passionnés de technologie, mais qui ne garantit pas de passer le cap du premier tour.

 

Ce texte fait partie de notre section Perspectives.
11 commentaires
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 15 avril 2017 09 h 07

    Capitalocène

    M. Rioux s'embourbe à tenter de nous démontrer que voter pour JLM c'est vouer son âme au diable Sénestre. Reprenant les soliloques du MEDEF et du Figaro, il étale les affres des oligarques du "Cercle". "La France deviendrait membre de l'alliance bolivarienne" pense-t-il nous apprendre afin de nous terroriser. Ah parce qu'être membre du GATT, c'est être mieux logé? Ne doit-on pas plutôt mettre fin au règne des ploutocrates encravatés qui de Goldman Sachs jusqu'à Moody's ont mis le monde sous leur coupe? Les scientifiques parlent d'une nouvelle ère l'anthropocène (comme si tous les humains en étaient également responsables!), mais pour paraphraser Christophe Bonneuil nous sommes plutôt dans le capitalocène ou l'oliganthropocène. C'est ce système que ne remettent pas en cause les Macron de ce monde et qui nous mène tout droit à la catastrophe. Il faut donc se mettre à avancer et non plus faire du surplace pour sortir du carcan imposé par le capital mondialisé. Or c'est bien ce que propose JLM et c'est pour cela que de plus en plus de citoyens l'appuient.

  • Patrick Daganaud - Abonné 15 avril 2017 11 h 21

    Texte partisan

    Ce texte manque de la neutralité journalistique la plus élémentaire.

    C'est un assemblage de copîer-coller des journaux de la droite française.

    Cela ne fait pas honneur à Le Devoir.

  • Nadia Alexan - Abonnée 15 avril 2017 12 h 58

    Alors, Jean-Luc Mélenchon «donne...froid dans le dos aux milieux économiques.» C'est exactement ce qu'il faut aux sociétés soi-disant «démocratiques» qui ont cédé leur souveraineté aux pouvoirs démesurés des financiers. Les partis qui se prétendent sociale-démocrate ont trahi les gens ordinaires avec les conséquences que l'on connait, la montée des inégalités, la concentration de la richesse dans les mains du 1%, la destruction de l'environnement et j'en passe. Même un chroniqueur crédible comme John R. MacArthur, éditeur du Magazine Harper, a appuyé ce candidat rafraichissant dans sa chronique dans ce même journal: «À table avec Mélenchon,» le 3 avril 2017. Il faudrait donner une chance aux candidats courageux qui veulent se réapproprier du pouvoir disproportionné des grandes sociétés, pour le remettre aux citoyens/citoyennes.

  • Richard Labelle - Abonné 15 avril 2017 19 h 07

    Redonner le pouvoir au peuple, bien sûr que ça donne des frissons dans les dos aux 1% et même aux 10% les plus riches. Quand l'OCDE, sans pouvoir le dire avec précision tellement c'est entouré de secret, évalue qu'il y a entre 20 000 et 35 000 milliards de dollars cachés dans les paradis fiscaux, c'est certain que de parler d'une nouvelle répartition de la richesse donne des frissons dans le dos aux puissants de ce monde. Parlez-en à Phillippe Couillard et ses petits amis chez Bombardier. Et on s'étonnera des progrès de certains candidats dits "populistes". Et on tente de nous faire croire que si le 1% perd, tout le monde y perd. Cette rhétorique ne prend plus, les gens réalisent peut-être enfin qu'ils se font avoir depuis des décennies, sinon des siècles. Les promesses non tenues, les espoirs brisés, les politiciens n'ont qu'eux-même à blâmer, tellement deconnectés et occupés à servir les intérêts du fameux 1% ou 10%. Il y a peut-être un 90% qui se réveille...

  • Cyrille Béraud - Abonné 15 avril 2017 19 h 42

    Aigreur et désinformation

    Jean-Luc Mélenchon, c'est le seul aujourd'hui à mobiliser intelligence et culture. Lire la-dessus l'entrevue d'Henri Guaino sur atlantico.fr - La France Insoumise propose un avenir en commun qui nous tire vers le haut et propose un projet positif pour sortir du cauchemar néo-libéral qui détruit non seulement la nature, les relations humaines mais l'idée même de civilisation. Le peuple de France ne s'y trompe pas.
    Christian Rioux, votre article est une honte tant il est partial et ne rend pas compte de l'extraordinaire mouvement qui se produit en France. Dommage de mettre votre talent au service de l'aigreur et de la désinformation.

    • Serge Morin - Inscrit 16 avril 2017 21 h 30

      Ce que vous serez déçu , Monsieur , après le premier tour.
      Blâmer M .Rioux n'aidera en rien votre tourment.
      La gauche est responsable de ce qui arrive présentement.
      Le peuple de France ne la suivra plus , cette gauche.
      Bienvenue en Macronie, malheureusement.