Alain Juppé, le politicien-phénix de la droite

À 71 ans, Alain Juppé pourrait renouer avec un rêve présidentiel qui semblait définitivement enterré en novembre.
Photo: George Gobet Archives Agence France-Presse À 71 ans, Alain Juppé pourrait renouer avec un rêve présidentiel qui semblait définitivement enterré en novembre.

Hors-jeu et pourtant toujours là : l’ex-premier ministre français Alain Juppé, longtemps impopulaire, sévèrement défait à la primaire de la droite, s’offre aujourd’hui en solution de secours pour la présidentielle, en cas de retrait du candidat François Fillon, miné par des soupçons d’emplois fictifs.

À 71 ans, ce proche de l’ancien président Jacques Chirac, promis aux sommets avant une série de revers, renouerait ainsi avec un rêve présidentiel qui semblait définitivement enterré en novembre.

Durant de longs mois, les sondages avaient dessiné sa possible victoire à la présidentielle d’avril-mai, portée par la déception suscitée par le mandat de Nicolas Sarkozy (2007-2012), son éternel rival à droite, puis par celui du socialiste François Hollande.

Défendant une droite humaniste, il a affiché un visage souriant de rassembleur, refusant de « dresser les élites contre le peuple » et prônant un concept d’« identité heureuse », alors que ses adversaires à la primaire adoptaient des thèmes chers à l’extrême droite : immigration, islam, identité.

Endossant un costume de vieux sage, serein, expérimenté, pondéré, il s’est efforcé pendant sa campagne de gommer l’image de machine intellectuelle, raide et orgueilleuse qui lui a longtemps collé à la peau.

Ses détracteurs critiquaient, eux, sa « campagne plan-plan, un peu provinciale », au fort goût de « tisane ».

Mais son envol s’est brisé au second tour de la primaire de la droite, en novembre 2016, avec la victoire du libéral François Fillon, ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy à l’image d’éternel second. Le premier coup de théâtre d’une présidentielle à suspense.

Après cette déconvenue majeure, le phénix de la droite s’est retiré à Bordeaux dont il est maire. « Après le temps de l’engagement était venu pour moi celui de la prise de distance », expliquait-il mi-février.

Et depuis le début du Penelopegate en janvier — François Fillon est soupçonné d’avoir offert des emplois fictifs à son épouse Penelope et ses enfants quand il était parlementaire —, il a refusé d’apparaître comme « un plan B », défendant la « présomption d’innocence » du candidat.

Mais depuis, les menaces d’inculpation se sont précisées et l’entourage de François Fillon fissuré. Avec la multiplication des défections au sein de l’équipe de campagne du candidat, les appels pour un retour d’Alain Juppé se sont faits de plus en plus pressants. Si François Fillon « se retire », il ne se « défilera pas », indiquait vendredi son entourage.

Reste une inconnue : Nicolas Sarkozy, toujours influent dans son camp, apportera-t-il sa caution à ce scénario qui pourrait couronner la carrière d’Alain Juppé ?

« Le meilleur d’entre nous »

Né le 15 août 1945 dans un milieu rural, cet élève brillant a fréquenté les écoles prestigieuses de l’élite française et entamé une carrière de haut fonctionnaire avant d’être repéré au milieu des années 1970 par Jacques Chirac, alors premier ministre.

Plume, conseiller, il grandit dans l’ombre de son mentor, qui dira de lui qu’il « est probablement le meilleur d’entre nous ». Dans les années 1980, il devient conseiller de Paris, eurodéputé, député et pour la première fois ministre.

Une fois président, en 1995, Jacques Chirac le choisit tout naturellement comme premier ministre. Tout juste remarié à une ex-journaliste, il devient père pour la troisième fois quelques mois plus tard. Mais à l’hiver 1995, des foules défilent pendant trois semaines contre ses réformes sociales. Lui reste « droit dans ses bottes », mais la droite finit par perdre la majorité à l’Assemblée nationale.

En 2004, nouveau revers, il est condamné à un an d’inéligibilité pour une affaire d’emplois fictifs de son parti (le RPR, rebaptisé UMP, puis Les Républicains) à la mairie de Paris, et s’exile au Québec, où il enseigne à l’université.

Certains le croient alors enterré. Mais en 2006, il est réélu à la mairie de Bordeaux, et l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence en 2007 le remet en selle, au ministère de la Défense puis à celui des Affaires étrangères.

Il est alors revenu sur le devant de la scène, devenant une figure incontournable dans les médias pris d’une véritable « juppémania » en 2014. Posant en Une de magazines branchés, il remporte le prix de l’humour politique, pour une phrase « même pas drôle » selon lui : « En politique, on n’est jamais fini. Regardez-moi ! »

4 commentaires
  • Cécile Comeau - Abonnée 3 mars 2017 11 h 06

    Juppé aussi corrompu que Fillon

    Pas vrai, ils ne vont pas ressortir Juppé! Ils sont vraiment mal pris. Juppé a été condamné, comme Chirac pour fraude. En effet, Juppé a été contraint de quitter la vie politique en 2004, la cour d'appel de Versailles l'ayant condamné à 14 mois de prison avec sursis et à un an d'inéligibilité pour prise illégale d'intérêts dans le cadre de l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Parti enseigner au Québec, il a fait son retour en politique deux ans plus tard en retrouvant son mandat de maire de Bordeaux. Misère! Pauvre France!

  • Michel Lebel - Abonné 3 mars 2017 13 h 30

    Macron!

    Oui! Vraiment pauvre France! Mais en fin de piste, je crois que les Français voteront pour le renouveau, soit le jeune et brillant Macron.

    M.L.

    • Cécile Comeau - Abonnée 4 mars 2017 01 h 20

      Oui, c'est cela. Comme notre Justin. Une belle coquille vide et au service de la mondialisation et des banques. Macron, c'est la continuation des politiques de Hollande. Macron est le dauphin de Hollande. Hollande ne digère pas de ne pas avoir été sollicité par son parti, le PS pour un second mandant.

  • Pierre Pinsonnault - Abonné 3 mars 2017 17 h 30

    Comment se fait-il que ...

    ... tant de cas problèmes d'emplois fictifs existent en France ? Avons-nous cela au Québec ? Il doit bien exister un moyen de prévenir ce genre de problèmes puisque c'est si populaire. Si cela continue, nous pourrions dire, comme au sujet des animaux malades de la peste de Jean de La Fontaine : «Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés». Cela devient quasiment intéreessant !