L’antiterrorisme allemand critiqué

Le parquet fédéral a confirmé jeudi que le système de freinage automatique du poids lourd avait arrêté la course mortelle du camion après 70 à 80 m, évitant «des conséquences encore pires».
Photo: Michael Sohn Archives Associated Press Le parquet fédéral a confirmé jeudi que le système de freinage automatique du poids lourd avait arrêté la course mortelle du camion après 70 à 80 m, évitant «des conséquences encore pires».

La justice allemande a relâché jeudi son unique suspect de complicité dans l’attentat de Berlin, alors que l’antiterrorisme était mis en cause par la presse pour avoir sous-estimé la dangerosité d’Anis Amri, l’assaillant présumé.

« La suite des enquêtes a montré » que la personne arrêtée mercredi, un Tunisien de 40 ans, « n’était pas le possible contact d’Anis Amri », a indiqué à la presse une porte-parole du parquet fédéral compétent en matière de terrorisme, Frauke Köhler, annonçant sa remise en liberté.

Selon elle, il avait été arrêté parce qu’il était soupçonné d’être le destinataire d’une photo et d’un message envoyés par son compatriote de 24 ans, considéré par les autorités allemandes comme l’auteur de l’attentat du 19 décembre et tué vendredi en Italie.

Selon le quotidien Süddeutsche Zeitung, quelques minutes avant de foncer dans la foule d’un marché de Noël, Anis Amri avait envoyé à une personne non identifiée un égoportrait et un message disant : « Mon frère prie, tout va bien, Dieu le veut, je suis dans la voiture, prie pour moi. »

Ces informations semblent accréditer l’existence d’une complicité au moins passive, thèse sur laquelle les enquêteurs concentrent leurs efforts depuis plus d’une semaine, pour l’instant sans résultat.

« Les investigations concernant d’éventuels autres participants, commanditaires ou personnes informés [du projet d’attentat] se poursuivent avec une intensité inchangée », a assuré Frauke Köhler.

Zones d’ombre

Dix jours après l’attentat qui a fait 12 morts, les interrogations restent entières sur la façon dont Anis Amri a déjoué des mois de surveillance, avant de s’enfuir au nez et à la barbe des polices d’Allemagne et d’Europe.

Selon le Süddeutsche Zeitung, le centre allemand de lutte antiterroriste (GTAZ) a traité à de nombreuses reprises son cas en 2016, mais a jugé « peu probable » qu’il commette un attentat.

Dans son ultime rapport rendu cinq jours avant l’attentat, l’antiterrorisme avait pourtant relevé qu’Amri disposait d’une « expérience [du fonctionnement] de la police » et de « la conspiration » inhabituelle, même pour un islamiste radical.

Les autorités allemandes savaient que le jeune Tunisien entretenait des contacts étroits avec les milieux djihadistes allemands et avait été catalogué par la police de Dortmund « sympathisant » du groupe État islamique (EI).

Le parquet fédéral a d’ailleurs confirmé jeudi l’authenticité de la vidéo dans laquelle le groupe EI revendique le pire attentat islamiste commis sur le sol allemand.

Les enquêteurs étaient aussi informés de longue date qu’Amri avait cherché sur Internet les moyens de fabriquer une bombe et avait, dans une discussion en ligne, proposé ses services comme kamikaze, probablement à un membre du groupe EI, rapporte le Süddeutsche Zeitung.

Par ailleurs, les experts du GTAZ avaient établi que le Tunisien disposait de huit identités connues, circulait librement et constamment sur le territoire allemand et avait ses entrées dans une école islamique de Dortmund soupçonnée de préparer ceux voulant rejoindre les rangs du groupe EI.

Peu après l’attentat, les autorités allemandes avaient déjà admis que le Tunisien, arrivé d’Italie comme demandeur d’asile, était connu des services de police et classé comme individu potentiellement dangereux depuis des mois.

De février à septembre, il a même été placé à Berlin sous surveillance policière, car il était soupçonné de préparer un attentat, avant que l’affaire ne soit classée, faute d’éléments suffisants.