Julien Pearce, rescapé de l’enfer du Bataclan

Quelques secondes avant l'horreur, Julien Pearce prend cette photo du spectacle en cours au Bataclan vendredi soir.
Photo: Twitter @JulienPearce Quelques secondes avant l'horreur, Julien Pearce prend cette photo du spectacle en cours au Bataclan vendredi soir.

Journaliste acteur de la tragédie du Bataclan, Julien Pearce et son récit à glacer le sang ont permis samedi de comprendre une parcelle de l’horreur vécue dans cette salle de spectacle où une centaine de personnes sont mortes, tirées à bout portant par quatre terroristes « froids et déterminés ».

Aux environs de 21 h 50 (heure locale), alors qu’un millier de personnes se déhanchaient au son rock du groupe Eagles of Death Metal depuis trois-quarts d’heure sans histoire, Julien Pearce et ses amis ont soudain entendu une première fusillade.

« J’ai mis quelques secondes à réaliser que c’était des coups de feu parce que les lumières se sont rallumées tout de suite », a raconté le journaliste d’Europe 1 sur les ondes de sa radio, où il se trouvait soudain témoin de la tragédie de vendredi. « Je pensais que c’était un effet pyrotechnique, des pétards, que sais-je. C’est en me retournant et en voyant les assaillants qui avançaient vers nous et qui tiraient avec leur kalachnikov […] des rafales de manière aléatoire dans la foule » qu’il a compris que le spectacle avait fait place à l’horreur.

Planquées sur le sol, où les corps s’enchevêtrent les uns sur les autres, les victimes essaient de trouver une issue à ce piège. « Très rapidement il y a eu un mouvement de panique », a dit M. Pearce. « Des gens ont commencé à marcher sur nous pour fuir et très vite ces personnes-là ont été prises pour cible par les terroristes, car elles étaient debout. » Sous ses yeux, les victimes tombent.

Profitant d’une accalmie liée au rechargement des armes, le journaliste et quelques personnes à ses côtés se précipitent sur la scène, quittant la fosse où la tuerie se déroule. Une petite pièce sombre, à droite de la scène, vraisemblablement un local technique déjà occupé d’ailleurs par des employés du Bataclan, leur sert de zone de repli. « ll n’y avait là pas d’issue, alors on venait de quitter un piège pour se mettre dans un autre piège. […] On a attendu quelques minutes dans cette pièce. Je passais discrètement la tête par la porte de temps en temps pour voir ce qui se passait. »

Il voit à ce moment les auteurs du crime. « J’ai pu voir un de ces assaillants et il m’a semblé très jeune, c’est ce qui m’a tout de suite frappé. Ce visage juvénile, extrêmement déterminé, froid, calme. Effrayant, effrayant de facilité dans ce qu’il était en train d’entreprendre. »

Profitant à nouveau du chargement des armes, le petit groupe s’est précipité sur la scène, la traversant à la course et parfois rampant au sol, sous le sifflement des balles. Objectif : trouver la rue. « C’est là que j’ai vu la fosse, et des dizaines et des dizaines de corps enchevêtrés, dans une mare de sang, criblés de balles. » Près de la porte, une jeune femme blessée, semi-consciente, gît. Julien Pearce la prend sur son épaule et sort avec elle rue de Charonne.

« On débarque alors dans une autre scène d’horreur. On vient d’en quitter une et on découvre sur la rue de Charonne une dizaine de corps sur le sol, des personnes très blessées. Et on se met à courir, et on entend encore des coups de feu des terroristes, et on ne sait pas s’ils continuent à tirer sur nous. »

Au bout de la rue, des policiers. Un taxi dans lequel le journaliste d’Europe 1 embarque la demoiselle mal en point pour la diriger vers l’hôpital.

A-t-il su d’emblée que cette barbarie était le fait de terroristes ? « Dès que j’ai vu les kalachnikovs, j’ai compris. Ce n’était pas l’accoutrement des personnes qui m’a fait comprendre que c’était une attaque terroriste. C’était leur nombre et la détermination. Je ne les ai pas entendus crier quoi que ce soit. C’était leur arme pointée sur nous, le fait qu’ils déchargeaient sans aucun remords. J’en ai vu certains exécuter des victimes à bout portant à même le sol. Ça ne pouvait être que des terroristes. Je n’ai vu que leur armement et leurs visages de fous. »



Le journaliste Julien Pearce
(Photo: Facebook)