Nanotechnologies - Vastes problèmes dans le monde de l'infiniment petit

Grenoble et son nouveau tramway. Source: AMT Grenoble
Photo: Grenoble et son nouveau tramway. Source: AMT Grenoble

On entend souvent parler de nanotechnologies, mais pour la majorité des gens, ce terme ne réfère à rien de très concret même si plusieurs savent que cela concerne l'infiniment petit. À elles seules, les nanosciences et les nanotechnologies forment tout un monde qui soulève une multitude de questions et suscite mille et une inquiétudes. Chercheurs de différentes disciplines et industriels se sont réunis à Grenoble, ville technologique par excellence, pour en discuter.

«Le problème avec les nanotechnologies, c'est que c'est un monde tellement vaste qu'on y perd nos repères. Ce n'est pas un secteur en tant que tel, mais cela regroupe les sciences et les technologies de l'ultra petit», explique Mohamed Chaker, physicien et chercheur à l'Institut national de recherche scientifique (INRS).

Ainsi, des gens de différentes disciplines travaillent dans le domaine des nanotechnologies: physiciens, chimistes, biochimistes, ingénieurs et même, sociologues, philosophes et éthiciens.

Repenser la recherche et la formation

Tous ces spécialistes de divers horizons doivent maintenant travailler ensemble sur des projets complexes dans le domaine des nanotechnologies, et ce, malgré leurs vocabulaires différents. Les chercheurs et industriels doivent même de plus en plus développer des habiletés multidisciplinaires.

«Par exemple, je travaille sur un projet avec un collègue immunologue pour étudier comment un virus interagit avec les cellules. Pour arriver à des résultats, nous attachons le virus à une nanoparticule qui émet de la lumière et ainsi, nous pouvons suivre son interaction avec la cellule. Lorsque vient le temps d'embaucher un étudiant chercheur, devons-nous en choisir un qui est spécialisé dans les nanoparticules, ou un qui connaît davantage les virus? Idéalement, nous devons en choisir un qui connaît un peu les deux. Cela change évidemment les défis en matière de formation», explique le Dr Chaker.

Le financement des projets de recherche est aussi à repenser avec ces alliances d'expertises pourtant improbables il n'y a pas si longtemps. «Il y a matière à réflexion puisque le point de vue économique de la recherche sera inévitablement bousculé par la coopération de gens de secteurs aussi différents. La convergence des disciplines amènera certainement une diversification des sources possibles de financement, mais sous quel modèle?», questionne-t-il.

La population réagit

En plus d'être nébuleuses pour la population, les nanosciences et les nanotechnologies repoussent souvent les limites du pouvoir humain sur la nature. Cela n'est pas sans en inquiéter plusieurs. À Grenoble, un mouvement d'opposition à ces recherches technologiques effrénées se fait entendre fortement.

«Grenoble est une ville très technologique. Il y a une concentration importante de centres de recherche axés sur les nouvelles technologies, alors évidemment, cela attire les investisseurs privés qui viennent implanter des entreprises dans le domaine. Le gouvernement, fier de voir toute cette effervescence, débloque des fonds publics pour attirer encore plus d'entreprises et inévitablement, cela influence la cité», explique la chercheuse et chargée de médiation scientifique à l'Institut national polytechnique de Grenoble, Colette Lartigue.

Lorsqu'une ville prend un tel virage, plusieurs aspects de la vie des citoyens sont influencés et cela peut déranger. «Grenoble est devenue une ville d'ingénieurs, plutôt que d'ouvriers. Le prix des loyers a augmenté, le coût de la vie aussi et les fonds publics investis dans la recherche de nouvelles technologies ainsi que dans les mesures d'attraction d'entreprises ne peuvent évidemment pas être investis ailleurs, dans les programmes sociaux par exemple. Évidemment, certaines personnes sont mécontentes de ça et ne se gênent pas pour le dire», poursuit Mme Lartigue, en faisant allusion à certains propos entendus lors du débat public qui s'est déroulé après la journée de colloque.

De réelles inquiétudes

En soi, la recherche dans le domaine des nanotechnologies comporte des risques réels. Comme l'indique M. Chaker, les nanoparticules développées en laboratoire et ensuite utilisées pour fabriquer différents produits peuvent toujours s'avérer dangereuses, alors on doit se montrer prudent.

C'est certain qu'il y a de réelles inquiétudes à propos des nanotechnologies, croit également Mme Lartigue. «C'est pour ces raisons qu'il est très important de faire des recherches toxicologiques, comme l'exigent les pouvoirs publics et les pressions de la société. Toutefois, il faut comprendre que ces recherches sont difficiles à réaliser puisque souvent, c'est à très long terme que les effets deviennent visibles. Par exemple, si on met une nanoparticule dans une crème solaire, c'est après une utilisation régulière sur plusieurs années par plusieurs personnes qu'on pourra vraiment en connaître les répercussions possibles.»

La question des objectifs réels des recherches est aussi une source d'inquiétude pour la société civile qui, souvent laissée dans l'ignorance, a l'impression de se faire avoir. «C'est certain que les recherches ne sont jamais neutres. Par exemple, à Grenoble, plusieurs recherches sont financées par l'armée, alors les gens sont inquiets. Ils se demandent ce qui se cache derrière ces recherches. Mais en même temps, quelqu'un qui finance une recherche veut éventuellement faire breveter les résultats, alors il y a un certain secret qui est normal», affirme Mme Lartigue.

Selon la spécialiste, les scientifiques doivent tout de même répondre aux inquiétudes du public. «C'est important, parce que les gens s'inquiètent d'abord puisqu'ils ne savent pas ce qui se trame. Il faut diffuser de l'information au public pour qu'il connaisse mieux les objectifs de recherche des laboratoires. D'ailleurs, une exposition a été créée à Grenoble, en 2006, à propos des nanotechnologies et elle se promène maintenant dans différentes villes francophones d'Europe.»

Au Québec, de telles initiatives ne semblent pas encore être d'actualité, a remarqué Mme Lartigue lors du colloque. «Toutefois, ajoute-t-elle, il faut préciser que Montréal ne fait pas face à un grand mouvement de contestation à propos des nanotechnologies comme c'est le cas de Grenoble.»

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Collaboratrice du Devoir