Steve Bannon rattrapé par la justice américaine

Steve Bannon fait face à des accusations  criminelles pour avoir refusé de comparaître  devant le comité bipartisan de  la Chambre des représentants dans le cadre  de l’enquête sur l’insurrection  du Capitole. Il est soupçonné d’avoir pris part à la planification de ce coup d’État.
Getty Images Agence France-Presse Steve Bannon fait face à des accusations criminelles pour avoir refusé de comparaître devant le comité bipartisan de la Chambre des représentants dans le cadre de l’enquête sur l’insurrection du Capitole. Il est soupçonné d’avoir pris part à la planification de ce coup d’État.

Le conseiller de l’ombre de Donald Trump, Steve Bannon, figure forte des mouvements suprémaciste et conspirationniste américains, a comparu lundi après-midi devant un tribunal de Washington, après avoir été officiellement inculpé vendredi dernier d’outrage au Congrès.

L’homme de 67 ans s’est rendu lui-même au FBI plus tôt dans la journée. Il fait face à des accusations criminelles pour avoir défié, mi-octobre, un ordre de comparution devant le comité bipartisan de la Chambre des représentants qui mène l’enquête sur l’insurrection du Capitole, survenue le 6 janvier dernier.

Ce jour-là, à l’appel de l’ex-président et de son entourage, des centaines de partisans du populiste ont pris d’assaut le siège de la démocratie américaine afin d’empêcher la certification du vote qui allait confirmer la victoire de Joe Biden à la présidentielle de 2020, et ce, sur la base d’affirmations sans fondement voulant que le scrutin ait été volé par les démocrates.

Steve Bannon est soupçonné d’avoir pris part, depuis l’entourage de l’ex-président fin décembre et la veille de l’émeute, le 5 janvier, à la planification de ce coup d’État sans précédent orchestré par l’ex-président américain.

Il a été remis en liberté sous promesse de venir pointer une fois par semaine auprès des autorités judiciaires et après avoir remis son passeport au tribunal. Il doit comparaître à nouveau jeudi prochain pour enregistrer son plaidoyer.

S’il est reconnu coupable, le trublion conservateur risque une peine d’un an de prison et 100 000 dollars d’amende.

Cette comparution vient lancer un signal d’alarme aux ex-membres de la garde rapprochée de Donald Trump qui, comme Steve Bannon, refusent, sur les conseils de l’ex-président, de collaborer aux travaux de la commission d’enquête. Vendredi dernier, l’ex-chef de cabinet du populiste, Mark Meadow, ne s’est d’ailleurs pas présenté devant les élus chargés de faire la lumière sur l’attaque du 6 janvier. Les deux coprésidents de la commission, le démocrate Bennie Thompson et la républicaine Liz Cheney, ont indiqué qu’ils allaient envisager de porter contre lui des accusations d’outrage.

À l’inverse, cet affrontement avec la justice risque d’être exploité par Steve Bannon pour se poser en martyr de la cause conservatrice américaine, estime le commentateur politique du quotidien The Independent Sean O’Grady. « Le Congrès semble actuellement déterminé à faire de [lui] une sorte de Nelson Mandela conservateur, un prisonnier politique agressé pour ses convictions, victimisé pour son défi à un régime illégitime, a-t-il écrit. Rien ne convient plus à Bannon que d’être considéré comme la victime, même s’il s’est infligé lui-même ses souffrances. Mais nul doute qu’il s’en sortira bien. »

Au sortir du tribunal lundi, a rapporté le New York Times, Steve Bannon a appelé ses partisans, tout comme ceux de l’ex-président, à « se tenir prêts » et à « focaliser » sur la lutte contre « le régime illégitime de Biden », a-t-il lancé. « Nous allons passer à l’offensive. »

C’est la deuxième fois en 15 mois que le proche conseiller du populiste fait face à la justice. En août 2020, il a été accusé de complot et de fraude électronique visant à détourner des fonds récoltés dans le cadre d’une campagne de souscription pour le financement de la construction du mur que Donald Trump a promis d’ériger à la frontière sud du pays. L’ex-président l’a toutefois protégé d’éventuelles sanctions en lui offrant un pardon juste avant de quitter la Maison-Blanche.

À ce jour, plus de 150 témoins ont été entendus par la commission d’enquête sur le 6 janvier, qui, la semaine dernière, a convoqué de nouveaux proches de l’ex-président, dont l’ancienne porte-parole à la Maison-Blanche Kayleigh McEnany et l’ex-rédacteur de discours de Trump, Stephen Miller. Steve Bannon et Mark Meadow ont refusé de s’y présenter en invoquant le privilège du pouvoir exécutif de ne pas répondre aux questions des députés américains. Or, dans les derniers jours de Donald Trump à la Maison-Blanche, M. Bannon, qui anime le balado aux accents conspirationnistes War Room, n’occupait aucune fonction officielle. Il a été convoqué par la commission à titre de simple citoyen.

La comparution lundi de l’ex-conseiller de Trump intervient alors que l’ex-président fait lui-même de l’obstruction aux travaux des élus en s’opposant juridiquement à la remise par les Archives nationales de plusieurs documents émanant de la Maison-Blanche qui sont liés au jour de l’insurrection. Il est question de registres d’appels et de visiteurs, de brouillons de discours et de notes de service portant sur la tentative de renversement du vote. La semaine dernière, un tribunal de Washington a autorisé leur divulgation à la commission, mais l’ex-président, qui continue de glorifier les insurgés et de se dire victime d’une fraude électorale — en contradiction avec les faits —, a porté cette cause en appel.

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