Les États-Unis autoriseront les voyageurs ayant reçu une vaccination mixte

Le CDC affirme que même si cette pratique n’a pas été recommandée, elle sera acceptée pour les voyages internationaux.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le CDC affirme que même si cette pratique n’a pas été recommandée, elle sera acceptée pour les voyages internationaux.

C’est la nouvelle que près de quatre millions de Canadiens attendaient : les personnes qui ont reçu des doses de deux vaccins différents contre la COVID-19 seront considérées comme complètement vaccinées lorsque les États-Unis rouvriront leurs frontières terrestres aux voyages non essentiels le mois prochain.

Les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) en ont fait l’annonce vendredi soir, clôturant une semaine mouvementée en développements au sujet de la fin imminente de 19 mois de restrictions de voyage en Amérique du Nord mises en place en raison de la pandémie.

Les personnes ayant reçu « n’importe quelle combinaison » de deux doses d’un vaccin approuvé par la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis ou l’Organisation mondiale de la santé (OMS) « sont considérées comme complètement vaccinées », a déclaré l’agence dans un communiqué.

« Bien que les CDC n’aient pas recommandé de mélanger les types de vaccins dans une série primaire, nous reconnaissons que cela est de plus en plus courant dans d’autres pays et devrait donc être accepté pour l’interprétation des dossiers de vaccination. »

L’annonce confirme également ce que la Maison-Blanche a reconnu plus tôt vendredi comme un développement probable : que le vaccin Oxford-AstraZeneca, approuvé par l’OMS mais pas par la FDA, serait jugé acceptable.

Les CDC avaient déjà donné leur feu vert aux voyageurs d’outre-mer qui ont reçu le vaccin AstraZeneca, mais jusqu’à vendredi ils n’avaient pas expressément confirmé la même politique pour ceux qui entrent aux États-Unis par voie terrestre.

Plus tôt dans la journée, des responsables d’administration Biden ont déclaré que les nouvelles règles entreraient en vigueur le 8 novembre, à la fois aux frontières terrestres et pour les personnes arrivant d’un certain nombre de pays d’outre-mer depuis lesquels les voyages aux États-Unis sont interdits depuis mars 2020.

Les États-Unis n’exigeront pas que leurs futurs visiteurs se soumettent à un test de dépistage de la COVID-19 avant leur départ, contrairement au Canada qui oblige les voyageurs à montrer la preuve d’un test négatif récent — une condition d’entrée coûteuse qui est facturée environ 200 $ par personne.

Le membre du Congrès de New York Brian Higgins, qui fait campagne sans relâche contre les restrictions de voyage depuis des mois, exhorte le gouvernement fédéral à Ottawa à reconsidérer cette règle.

« Je pense que la décision des États-Unis d’autoriser les Canadiens à entrer aux États-Unis sans test souligne à nouveau la puissance du vaccin, a déclaré M. Higgins dans une entrevue vendredi. J’aimerais que cela soit réciproque chez nos voisins canadiens. »

La date de début du 8 novembre survient trois mois complets après que le Canada a initialement commencé à autoriser les citoyens américains et les résidents permanents entièrement vaccinés à traverser sa frontière en août.

« Le fait est que la frontière américaine avec nos voisins canadiens aurait dû être ouverte il y a des mois », a soutenu M. Higgins.

L’U.S. Travel Association estime que la fermeture des frontières mexicaine et canadienne a coûté aux entreprises américaines 1,5 milliard de dollars en exportations de voyages — les dépenses nationales des visiteurs étrangers — chaque mois.

En ce qui concerne l’exigence de test, les responsables de la santé publique au Canada ont clairement indiqué vendredi qu’elle ne disparaîtrait pas de sitôt.

« Nous sommes dans une situation au Canada où nos systèmes de santé sont encore très fragiles », a déclaré la Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada.

« Nous devons toujours être très vigilants et prudents à ce stade, mais nous aurons des discussions continues avec le CDC et les États-Unis pour voir ce qui est raisonnable dans l’avenir », a-t-elle ajouté.

La Maison-Blanche n’a jamais expliqué publiquement pourquoi elle avait attendu trois mois après que le Canada ait commencé à assouplir ses restrictions. Les spéculations se sont concentrées sur le désir d’ouvrir les deux frontières terrestres en même temps, ce qu’une crise d’immigration en plein essor à la frontière américano-mexicaine a rendu politiquement difficile.

« Le Canada n’aurait pas dû attendre le Mexique », a soutenu Maryscott Greenwood, la présidente du Conseil des affaires canadiennes-américaines, basé à Washington.

« La science, la politique, les politiques, la réalité — rien de tout cela ne vous amènerait à dire : “Faisons ces choses en tandem”. Ce qu’il vaudrait mieux faire en tandem, c’est que le Canada et les États-Unis travaillent ensemble au sujet de notre frontière commune, et que le Mexique et les États-Unis travaillent ensemble au sujet de cette frontière. Cela a du sens. »

M. Higgins est en accord avec cette vision, notant que Washington autorise les voyageurs vaccinés en provenance du Mexique à entrer au pays même si seulement 38,5 % de la population de ce pays est complètement vaccinée.

« Tout cet argument selon lequel » Nous devons attendre d’atteindre un taux de vaccination plus élevé « a été jeté par la fenêtre », a-t-il déclaré.

« Le gouvernement fédéral américain a prouvé mon point de vue là-dessus — ils disent : “Hey, écoutez, nous aimerions qu’un plus grand pourcentage de la population mexicaine adulte soit vaccinée, mais s’ils sont vaccinés, ils sont en sécuritaires.” »

La vice-première ministre Chrystia Freeland s’est montrée prudente jeudi lorsqu’on lui a demandé si, à l’avenir, le Canada insisterait pour que les États-Unis utilisent des approches politiques distinctes pour leurs frontières nord et sud.

« Je pense que nous devons être respectueux des décisions souveraines de chaque autre pays autour de ses frontières, et du droit souverain de chaque autre pays de gérer ses frontières comme il l’entend », a déclaré Mme Freeland.

« Cela dit, je pense qu’il vaut également la peine de souligner que le Canada a un partenariat très efficace et très étroit avec les États-Unis, comme il se doit », a-t-elle indiqué.

Depuis l’aube de l’ALENA il y a 25 ans, les États-Unis ont tendance à voir ses deux frontières à travers une lentille économique — et dans ce contexte, elles sont plus similaires que la plupart des Canadiens ne le pensent, a déclaré Bill Anderson, le directeur du Cross-Border Institute de l’Université de Windsor.

« Les gens s’imaginent qu’au Mexique, vous avez tout un tas de gens qui essaient de traverser illégalement la frontière, et peut-être que vous avez des importations et des exportations de tomates et de tequila. Ce n’est pas ça », a expliqué M. Anderson.

« C’est très similaire [au Canada] en termes de points d’entrée. Beaucoup d’hommes d’affaires traversent régulièrement aussi, et bien sûr, il y a beaucoup de traversées pour le tourisme, il y a beaucoup de traversées familiales — le volume de personnes traversant légalement est également énorme là-bas. »

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