Bras de fer sur la désinformation entre Biden et Facebook

La Maison-Blanche a nettement durci le ton cette semaine contre les grands groupes technologiques, leur demandant de lutter davantage contre les fausses informations à propos des vaccins.
Photo: Andrew Caballero-Reynolds Agence France-Presse La Maison-Blanche a nettement durci le ton cette semaine contre les grands groupes technologiques, leur demandant de lutter davantage contre les fausses informations à propos des vaccins.

Le ton est monté vendredi entre la Maison-Blanche et Facebook à propos de la désinformation liée aux vaccins : Joe Biden a accusé la plateforme de « tuer des gens », et cette dernière a balayé ces critiques en disant aider « à sauver des vies. Un point c’est tout ».

« Ils tuent des gens. La seule pandémie que nous avons touche des personnes qui ne sont pas vaccinées. Ils tuent des gens », a-t-il répondu à une question sur ce qu’était son message à destination de groupes tels que Facebook, alors qu’il s’apprêtait à quitter la Maison-Blanche en hélicoptère.

La réponse du groupe de Mark Zuckerberg ne s’est pas fait attendre, et elle est cinglante : « Les faits montrent que Facebook aide à sauver des vies, un point c’est tout », a assuré le réseau social dans un communiqué. « Nous ne nous laisserons pas distraire par des accusations qui ne reposent pas sur des faits », a répliqué le groupe.

Il fait valoir que « plus de 2 milliards de personnes ont vu sur Facebook des informations faisant autorité sur la COVID-19 et les vaccins, c’est plus que n’importe où ailleurs sur Internet. Plus de 3,3 millions d’Américains ont utilisé notre outil pour savoir où et comment se faire vacciner ».

Inquiète de voir s’enliser la campagne de vaccination au moment même où la propagation du variant Delta provoque une recrudescence de cas, la Maison-Blanche a nettement durci le ton contre les grands groupes technologiques, leur demandant de lutter davantage contre les fausses informations.

La recrudescence du variant

La désinformation « coûte des vies », a dit vendredi Vivek Murthy, le médecin en chef des États-Unis.

« Les groupes technologiques ont laissé la désinformation polluer notre environnement », a-t-il ajouté, en leur réclamant d’agir « rapidement et avec constance contre les plus grands diffuseurs » de fausses informations.

« Le message qui nous parvient est clair : on commence à assister à une pandémie des non-vaccinés », a lancé vendredi Rochelle Walensky, directrice des centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC), la principale agence fédérale de santé publique, lors d’une conférence de presse.

Ils tuent des gens. La seule pandémie que nous avons touche des personnes qui ne sont pas vaccinées.

Au cours des sept derniers jours, les États-Unis ont recensé quotidiennement 27 800 nouveaux cas en moyenne — en hausse de 64 % par rapport à la semaine précédente —, 2890 hospitalisations (36 %) et 223 morts (38 %).

« Les personnes non vaccinées représentent quasiment l’intégralité des hospitalisations et des décès », a relevé Jeff Zients, coordinateur de la réponse à la pandémie à la Maison-Blanche.

Cette recrudescence de la maladie est alimentée par le variant Delta, qui représente désormais plus de 80 % des nouveaux cas, selon le site spécialisé cov-spectrum.

Les vaccins actuellement offerts aux États-Unis, de Pfizer, Moderna et Johnson & Johnson, restent très efficaces pour s’en protéger, mais la campagne de vaccination a beaucoup ralenti ces dernières semaines dans le pays.

L’objectif fixé par Joe Biden que 70 % des adultes aient reçu au moins une dose du vaccin au 4 juillet, le jour de la fête nationale, n’a pas été atteint. Ce taux plafonne 12 jours plus tard à 68 %.

Jeudi, la porte-parole du gouvernement Biden, Jen Psaki, avait déjà visé plus particulièrement Facebook.

« Il y a environ 12 personnes qui produisent 65 % de la désinformation hostile aux vaccins sur les réseaux sociaux. Toutes restent actives sur Facebook, alors que certaines ont été bannies d’autres plateformes », avait-elle dit.

« Facebook doit être plus rapide pour supprimer les messages dangereux et violant les règles, des messages qui enfreignent leurs règles persistent souvent pendant des jours. C’est trop long », avait dit Jen Psaki.

Des vaccins pour l’Afrique

Alors que la pandémie progresse aux États-Unis, le pays expédiera 25 millions de doses de vaccin contre la COVID-19 en Afrique, où la pandémie connaît aussi une nouvelle flambée, ont annoncé vendredi à l’AFP de hauts responsables américains et africains.

Les envois doivent commencer dans les jours à venir. Ce sont au total 49 pays africains qui recevront des doses de Johnson & Johnson, de Moderna ou de Pfizer, selon ces mêmes sources.

Premiers servis, Djibouti et le Burkina Faso recevront 151 200 doses de Johnson & Johnson, tandis que l’Éthiopie recevra 453 600 doses, a précisé un haut responsable du gouvernement Biden.

L’opération se fait en coordination avec des organismes multilatéraux, parmi lesquels l’Union africaine et COVAX, dispositif de distribution de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Alliance internationale du vaccin Gavi.

L’annonce de Washington intervient alors que la diffusion rapide du variant Delta fait craindre une nouvelle flambée de cas dans le monde, avec un impact particulièrement prononcé en Afrique.

Le nombre de décès liés à la COVID-19 sur le continent a grimpé de 43 % en une semaine, s’est alarmée jeudi l’Organisation mondiale de la santé, pointant le manque de places de réanimation et la pénurie d’oxygène médical.

« Le gouvernement Biden s’engage à mener la réponse mondiale face à la pandémie », a dit Gayle Smith, qui coordonne au sein du département d’État américain les questions liées à la COVID-19.

Strive Masiyiwa, envoyé spécial de l’Union africaine, a estimé que les vaccins envoyés par les États-Unis étaient un pas vers l’objectif de l’UA, à savoir de vacciner 60 % de la population du continent, « en particulier au moment où nous voyons une troisième vague dans plusieurs pays africains ».

Le gouvernement Biden a ainsi d’ores et déjà mis de côté 80 millions de doses pour les distribuer à l’international, et promet de contribuer à hauteur de 2 milliards de dollars à l’initiative COVAX.

Washington entend également acheter 500 millions de doses du vaccin Pfizer pour les distribuer à l’Union africaine et à 92 pays en développement. À ce jour, les États-Unis ont déjà fait don de 40 millions de doses au total, envoyées partout dans le monde, a fait savoir la Maison-Blanche. 

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