Eric Adams, ancien policier noir aux portes de la mairie de New York

De tous les candidats à cette primaire très disputée, M. Adams avait sans doute le curriculum vitæ le plus complet, un exemple d’ascension sociale obtenue à la force du poignet.
Photo: Spencer Platt / Getty Images / Agence France-Presse De tous les candidats à cette primaire très disputée, M. Adams avait sans doute le curriculum vitæ le plus complet, un exemple d’ascension sociale obtenue à la force du poignet.

Il était le seul candidat à la primaire démocrate à avoir été policier : après avoir combattu les discriminations raciales au sein de la police new-yorkaise, Eric Adams est désormais quasi assuré de devenir le deuxième maire noir de l’histoire de New York, fragilisée par la pandémie et des fusillades en hausse.

Les résultats de la primaire doivent encore être confirmés. Mais, selon les derniers chiffres du Bureau des élections de New York, Eric Adams, 60 ans et actuel président de l’arrondissement de Brooklyn, démocrate modéré, a emporté le scrutin préférentiel de justesse (50,5 % contre 49,5 %) devant Kathryn Garcia, cadre expérimentée de la mairie, mais novice en politique. Au premier tour, il avait également devancé Maya Wiley, soutenue par la vedette de l’aile gauche démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, et Andrew Yang, ancien adversaire de Joe Biden dans la plus récente course à l’investiture démocrate.

La capitale économique américaine étant un bastion démocrate, le vainqueur de cette primaire est déjà donné gagnant pour l’élection générale de novembre, où il affrontera le républicain Curtis Sliwa, animateur radio et fondateur dans les années 1970 des « Guardian Angels », patrouilles de bénévoles qui luttaient contre une criminalité alors endémique.

Eric Adams, devenu végane à la suite d’une alerte au diabète, devrait ainsi succéder au très impopulaire Bill de Blasio. Et devenir le deuxième maire noir de cette ville-monde de 8,5 millions d’habitants, après David Dinkins, mort en 2020.

Après que Mmes Garcia et Wiley eurent reconnu sa victoire, Eric Adams s’est dit prêt à « unifier le parti » démocrate. « Nous allons montrer à tout le pays comment gérer une ville correctement », a-t-il affirmé à la télé locale NY1, en marge d’un défilé en honneur des travailleurs « essentiels » de la pandémie, où il a pris un bain de foule, tout sourire.

Candidat des « travailleurs »

Adams s’est présenté pendant la campagne comme le candidat des « travailleurs », sillonnant les quartiers populaires de Brooklyn, du Bronx et du Queens, aux dépens de la plus riche et blanche Manhattan. Il a axé sa campagne sur la hausse des fusillades (+32 % sur la première moitié de 2021 par rapport à la même période de 2020), thème sur lequel sa carrière lui conférait une crédibilité particulière.

De tous les candidats à cette primaire très disputée, M. Adams avait sans doute le curriculum vitæ le plus complet, un exemple d’ascension sociale obtenue à la force du poignet. Il a grandi au sein d’une famille nombreuse, dans un quartier ouvrier du Queens — sa mère était femme de ménage, son père, boucher. Bon élève, il dit avoir décidé d’entrer dans la police après avoir été, à 15 ans, battu par des policiers. Il passera 22 ans au sein du corps de police new-yorkais (NYPD), se hissant au rang de capitaine tout en fondant, en 1995, l’association « 100 Blacks in Law Enforcement Who Care » pour lutter contre le racisme dans les forces de l’ordre.

Il se lance ensuite en politique et est élu en 2006 au Sénat de New York, puis réélu trois fois avant de devenir président de Brooklyn en 2013, qui sera son tremplin pour la mairie. Ses partisans l’estiment capable, plus que d’autres, de lutter contre les inégalitésraciales et de rétablir la confiance dans la police new-yorkaise, à la réputation ternie par la répression parfois violente des manifestations monstres de juin-juillet 2020 déclenchées par la mort de l’Afro-Américain George Floyd.

Relancer le tourisme

Pas question pour cet homme, qui fut brièvement inscrit au Parti républicain, de revendiquer le slogan de la gauche radicale américaine et de #BlackLivesMatter pour réduire les budgets alloués à la police — quelque 6 milliards de dollars annuels pour la police new-yorkaise, la plus importante du pays avec près de 36 000 policiers.

Mercredi, il a souligné l’importance de ramener la sécurité dans les quartiers populaires comme dans les quartiers d’affaires et les lieux touristiques, après de récentes fusillades très médiatisées à Times Square. « La ville ne se remettra pas [de la pandémie] sans le tourisme, qui est un moteur majeur, si on a des fusillades à Times Square », a-t-il déclaré.

Car la criminalité est loin d’être le seul défi d’une ville traumatisée par la pandémie, qui y a fait plus de 33 000 morts. Si la vie a repris ces dernières semaines, avec une campagne de vaccination énergique et un taux de positivité limité à 0,7 %, les incertitudes sont nombreuses sur la reprise de l’économie, le retour à plein temps dans les tours de bureaux d’employés désormais habitués au télétravail ou le retour des quelque 66 millions de touristes annuels prépandémie.

Les lieux d’affaires new-yorkais semblent, eux, lui faire confiance : « Eric est une personne au fort caractère qui ne sera pas intimidé par les intérêts particuliers ou les idéologues », a indiqué mercredi l’association de leaders économiques Partnership for New York City. « S’il est élu maire en novembre, ce sera un premier pas garantissant que New York reste une ville d’occasions et de croissance inclusive », a-t-elle ajouté, promettant de l’aider à relancer l’économie.

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