La défense s’active à semer le doute au procès de Derek Chauvin

Le procès du meurtre de George Floyd s’est poursuivi mardi dans une ville à nouveau meurtrie par l’assassinat d’un autre Afro-Américain dimanche dernier, lors d’une énième arrestation qui a mal tourné.
Photo: Stephen Maturen Getty Images via Agence France-Presse Le procès du meurtre de George Floyd s’est poursuivi mardi dans une ville à nouveau meurtrie par l’assassinat d’un autre Afro-Américain dimanche dernier, lors d’une énième arrestation qui a mal tourné.

Changement de ton au procès du meurtre de George Floyd, où les avocats de Derek Chauvin ont fait défiler mardi leurs premiers témoins, dans l’espoir de semer un doute raisonnable au sein du jury sur l’implication réelle de l’ex-policier dans la mort de l’Afro-Américain.

Pour la défense, George Floyd a péri non pas en raison de son arrestation musclée, mais plutôt des suites d’un arrêt cardiaque induit par une condition médicale préalable, couplé à une consommation de drogue. Une ligne battue en brèche par les témoins de la poursuite, venus depuis deux semaines en rang serré au palais de justice de Minneapolis affirmer que la technique utilisée par le policier blanc ne suivait pas les règles officielles et qu’elle avait entraîné la mort de Floyd par asphyxie.

Le 25 mai dernier, l’Américain de 46 ans a perdu la vie après avoir passé plus de neuf minutes plaqué au sol, le cou écrasé par le genou de Derek Chauvin. L’achat d’un paquet de cigarettes avec un billet de 20 $ contrefait a déclenché la séquence létale des événements.

Lors d’une brève apparition à la barre, Shawanda Hill, une collègue de George Floyd qui l’accompagnait dans la voiture dans les minutes avant la bavure, est venue témoigner de l’état de la victime au moment du drame. Elle a parlé de quelqu’un d’« endormi » dans sa voiture lorsque les policiers se sont approchés de lui, arme à la main. Juste avant de reprendre le volant, l’homme était pourtant « normal, alerte et jasant », a-t-elle dit.

« Bébé, c’est la police ! Ouvre la fenêtre », lui a-t-elle lancé pour le ramener à la réalité. En voyant le policier armé, George Floyd aurait mis les deux mains sur le volant et lancé : « S’il vous plaît, ne me tuez pas ! » a-t-elle raconté.

Par ce témoignage, la défense a tenté d’exposer au jury que George Floyd était sous l’influence d’un narcotique avant son arrestation. Un scénario que les avocats de Derek Chauvin ont alimenté d’ailleurs mardi en convoquant une ambulancière à la retraite ayant participé à une arrestation de George Floyd en 2019 pour une infraction au Code de la route, alors qu’il n’était que passager. Michelle Moseng a parlé d’un homme qui, ce jour-là, lui avait avoué avoir pris des opiacés et dont elle a recommandé l’hospitalisation en raison d’une pression « sanguine trop élevée ».

En fin d’après-midi, l’avocat de l’ex-policier, Eric Nelson, a également fait venir à la barre un ex-officier, Barry Brodd, qui a indiqué que tous les gestes posés par Derek Chauvin le jour de l’arrestation de George Floyd étaient « justifiés » et qu’ils ne pouvaient être qualifiés de « force excessive ». Ce témoignage entre en contradiction avec ceux de plusieurs policiers et experts en techniques policières livrés devant la cour durant la première semaine de ce procès.

L’équipe de défense de l’ex-policier a besoin de semer le doute dans l’esprit d’un seul juré pour éviter la condamnation à leur client. Le verdict doit être unanime.

Mort de Daunte Wright

Le procès du meurtre de George Floyd s’est poursuivi mardi dans une ville à nouveau meurtrie par l’assassinat d’un autre Afro-Américain dimanche dernier, lors d’une énième arrestation qui a mal tourné. La policière à l’origine du drame, Kim Potter, a démissionné mardi du service de police de Brooklyn, dans la banlieue de Minneapolis, où le drame s’est joué. Elle a avoué avoir confondu son Taser avec son arme à feu au moment de l’arrestation.

Mardi, les familles de Daunte Wright, 20 ans, la nouvelle victime, et de George Floyd ont tenu une conférence de presse commune dans la métropole du Minnesota afin de dénoncer en chœur la violence policière et le racisme aux États-Unis. « Je suis complètement perdue parce que mon fils s’est fait voler son père », a lancé, en pleurs, Chyna Whitaker, conjointe de Daunte Wright et mère d’un petit garçon d’un an.

L’ancien président Barack Obama a réclamé par voie de communiqué une « enquête complète et transparente » sur cet accident, mais aussi appelé à « repenser la police et la sécurité publique » aux États-Unis.

La famille de Daunte Wright a également exigé l’arrestation et l’emprisonnement de la policière. « Jetez-la en prison comme vous le feriez pour nous », a lancé la tante de la victime, Naisha Wright.

Avec l’Agence France-Presse

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