Trump garde son emprise sur le parti républicain

Samedi, à peine sept sénateurs républicains ont brisé les rangs en condamnant l’ex-président américain pour avoir incité les émeutes du Capitole le 6 janvier.
Mandel Ngan Agence France-Presse Samedi, à peine sept sénateurs républicains ont brisé les rangs en condamnant l’ex-président américain pour avoir incité les émeutes du Capitole le 6 janvier.

Moralement coupable, mais politiquement innocenté. L’acquittement de Donald Trump, samedi, au terme d’un procès en destitution expéditif mené en cinq jours à peine devant le Sénat à Washington, a démontré une fois de plus la difficulté de tenir un président responsable de ses crimes, y compris après la fin de son mandat. Une décision prévisible qui témoigne de l’emprise toujours forte sur le Parti républicain de l’ex-président, qui n’en a pas fini pour autant avec les poursuites et d’éventuels blâmes dans les mois à venir.

« Il est incroyablement difficile de destituer et de condamner un président américain, résume en entrevue Christopher Nichols, professeur d’histoire à l’Oregon State University. Jusqu’à aujourd’hui, aucun président mis en accusation n’a été condamné par le Sénat. Ceci est en grande partie dû au nombre très élevé de votes nécessaire pour une condamnation, soit les deux tiers des sénateurs. Dans ce contexte, tant qu’un petit groupe de partisans reste fidèle au président, il est sauvé. »

Samedi, à peine sept sénateurs républicains ont brisé les rangs en condamnant l’ex-président américain pour avoir incité les émeutes du Capitole le 6 janvier dernier dans l’espoir d’enrayer la certification de la victoire de Joe Biden par le Congrès. La fabulation d’une fraude électorale, répétée ad nauseam par Donald Trump dans les semaines qui ont précédé l’insurrection, a convaincu ses partisans de prendre part à cette attaque contre la démocratie.

Même si, avec 57 votes contre 43, la culpabilité de l’ex-président a été reconnue majoritairement par le Sénat, il en aurait fallu 10 de plus pour obtenir la destitution du populiste.

Soutien indéfectible

Le responsable principal de la mise en accusation de la Chambre, Jamie Raskin, démocrate du Maryland, s’est toutefois réjoui de ce résultat, le plus élevé pour la condamnation d’un président depuis Andrew Johnson en 1868. Ce président avait évité l’odieux d’une destitution par une voix à peine.

Dimanche, en entrevue sur les ondes de NBC, M. Raskin a dit « ne rien regretter ». « Chaque sénateur savait exactement ce qui s’est passé. Mais il est impossible d’amener à la raison des personnes qui agissent comme les membres d’une secte religieuse. »

Paradoxalement, même s’ils l’ont acquitté, plusieurs républicains ont reconnu dans les minutes suivant le vote l’implication de Donald Trump dans les émeutes du Capitole, comme l’a fait Mitch McConnell, leader de la minorité républicaine au Sénat et défenseur de l’ex-président durant ses quatre années de règne.

« Il ne fait aucun doute que le président Trump est pratiquement et moralement responsable d’avoir provoqué les événements de cette journée », a-t-il dit. « Les personnes qui ont pris d’assaut le bâtiment pensaient suivre la volonté et les instructions de leur président. » Selon lui, cette attaque a été induite par « un crescendo de fausses déclarations, de théories du complot et d’hyperbole imprudente que le président vaincu n’arrêtait pas de proférer ».

Un sondage de la Monmouth University a révélé fin janvier que 72 % des républicains continuent toujours et encore à croire les affirmations erronées de Trump selon lesquelles Joe Biden a remporté les élections de novembre dernier uniquement en raison d’une fraude électorale massive.

Privé de ses porte-voix sur les réseaux sociaux, depuis les émeutes du 6 janvier, Donald Trump s’est réjoui du verdict samedi par voie de communiqué, en dénonçant ce nouvel « épisode dans la plus grande chasse aux sorcières de l’histoire de notre pays » et en annonçant sa détermination à poursuivre dans les prochains mois son travail pour la grandeur des États-Unis.

Samedi, le comité exécutif du Parti républicain de la Louisiane a blâmé officiellement le sénateur de l’État Bill Cassidy de s’être rallié à ses autres collègues, dont Mitt Romney, de l’Utah, et Susan Collins, du Maine, qui ont voté pour l’inculpation de Donald Trump. Le procès a exacerbé les divisions ont sein du parti de l’opposition, qui hésite à tourner la page sur les années de l’ex-vedette de la téléréalité, malgré son bilan social et sanitaire catastrophique.

La victoire de Donald Trump devant le Sénat s’est jouée malgré une équipe de défense jugée plutôt « lamentable » par plusieurs observateurs et par l’ex-président lui-même, qui, à l’ouverture de son procès en destitution, a vivement dénoncé devant ses proches la piètre qualité des plaidoyers de ses avocats, a rapporté CNN la semaine dernière. « Normalement, des avocats de premier ordre sont attirés par une affaire très médiatisée comme un procès en destitution, dit en entrevue Daniel Medwed, professeur de droit à la Northeastern University. Mais dans ce cas, des faits évidents et l’impopularité de Donald Trump dans de larges pans de la société ne lui ont pas permis l’embauche d’avocats de plus grande envergure. »

Rendez-vous avec la justice ?

Même s’il vient d’échapper à la destitution, Donald Trump pourrait être rattrapé dans les prochains mois par plusieurs autres poursuites judiciaires. L’ex-président fait face à une enquête déclenchée en Géorgie la semaine dernière afin de faire la lumière sur les pressions qu’il a exercées pour faire renverser les résultats officiels du vote exprimé en faveur de Joe Biden dans cet État. Ses proches sont également ciblés. Par ailleurs, la justice de l’État de New York a dans sa ligne de mire 280 millions de dollars en prêts accordés à la Trump Organisation, propriété du milliardaire autoproclamé, et dont la mécanique pourrait avoir été frauduleuse.

Dans la foulée de l’acquittement, la représentante démocrate du District de Columbia au Congrès, Eleanor Holmes Norton, a appelé samedi ses collègues à soutenir une proposition législative visant à blâmer l’ex-président et à s’assurer qu’il ne puisse plus se présenter à un poste électif à l’avenir. L’idée est également appuyée par plusieurs élus républicains, mais elle a été rejetée samedi par la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, qui n’y voit là qu’une « petite gifle » donnée à un ex-président par des républicains qui n’ont pas eu le courage de le condamner autrement.

Selon elle, les élus sont blâmés pour des malversations, pas « pour avoir incité à une insurrection qui a tué des personnes au Capitole », a-t-elle dit samedi, un crime passible surtout d’une destitution, selon l’élue.

À voir en vidéo