Loyauté et diversité au cabinet de Joe Biden

Plus de deux semaines après l’annonce de sa défaite à la présidentielle américaine, Donald Trump a finalement donné lundi soir son feu vert à l’ouverture du processus de transition vers un gouvernement Biden. Le président républicain sortant s’est par contre bien gardé de reconnaître directement la victoire de Joe Biden, promettant de poursuivre un «juste combat» alors qu’il multiplie les recours en justice, sans succès, pour tenter de démontrer des fraudes lors du scrutin du 3 novembre. Joe Biden a confirmé plus tôt en journée qu’il comptait renouer avec les institutions internationales en nommant au sein de son équipe des fonctionnaires et des diplomates de carrière
Photo: Carolyn Kaster Associated Press Plus de deux semaines après l’annonce de sa défaite à la présidentielle américaine, Donald Trump a finalement donné lundi soir son feu vert à l’ouverture du processus de transition vers un gouvernement Biden. Le président républicain sortant s’est par contre bien gardé de reconnaître directement la victoire de Joe Biden, promettant de poursuivre un «juste combat» alors qu’il multiplie les recours en justice, sans succès, pour tenter de démontrer des fraudes lors du scrutin du 3 novembre. Joe Biden a confirmé plus tôt en journée qu’il comptait renouer avec les institutions internationales en nommant au sein de son équipe des fonctionnaires et des diplomates de carrière

Le contraste n’aurait pu être plus frappant. Alors que Donald Trump a rejeté pendant quatre ans l’héritage américain du multilatéralisme, Joe Biden a confirmé lundi qu’il comptait au contraire renouer avec les institutions internationales en nommant au sein de son équipe des fonctionnaires et des diplomates de carrière. Ce qui fera plaisir au gouvernement canadien, après des années difficiles. Le président désigné a en outre réitéré, en dévoilant les premiers membres de son cabinet, que celui-ci ferait une place aux minorités du pays.

Une première femme à la tête des services de renseignement national. Un premier homme issu de l’immigration comme secrétaire de la Sécurité intérieure. L’équipe de sécurité nationale de Joe Biden a fait place à quelques précédents.

Mais le président désigné a aussi choisi de faire appel à des alliés de longue date, notamment en choisissant son nouveau secrétaire d’État. Antony Blinken a travaillé aux côtés de Joe Biden pendant des années, au Sénat puis lors de son passage à la vice-présidence des États-Unis, avant de devenir secrétaire d’État adjoint, toujours sous la présidence de Barack Obama. Le président désigné l’a présenté comme l’un de ses « conseillers de confiance par excellence ».

« Le président désigné Biden a choisi un homme extrêmement bien préparé en matière de politique étrangère. Il a opéré aux plus hauts niveaux », observe Raymond Chrétien, qui a été ambassadeur du Canada à Washington de 1994 à 2000.

M. Blinken, qui parle très bien français après avoir grandi à New York et à Paris, est en outre un fervent défenseur du multilatéralisme. « Il croit à l’OTAN. Il croit à l’ONU. Il croit à l’Organisation mondiale de la santé. Et ça, pour le Canada, c’est très important. Ce sont toutes des institutions où le Canada a traditionnellement cherché à exercer son influence », note M. Chrétien, qui est aujourd’hui avocat chez Fasken.

Joe Biden a par ailleurs créé une première en nommant au sein de son équipe de sécurité nationale un envoyé spécial pour le climat : l’ancien secrétaire d’État de Barack Obama, John Kerry — qui parle aussi français et qui avait été au cœur de la signature par les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat qu’entend ratifier à nouveau Joe Biden.

M. Kerry siégera ainsi au Conseil national de sécurité du président désigné et se retrouvera donc au cœur du gouvernement de son ancien collègue. « C’est un autre indice que M. Biden prend l’environnement très au sérieux », souligne M. Chrétien. Et un autre avantage pour la relation diplomatique entre Washington et Ottawa, alors que Donald Trump était aux antipodes de la position canadienne sur la question. « Ça ne veut pas dire qu’on va s’entendre sur tout. Mais on part d’un terrain d’entente commun. »

Une bonne nouvelle pour Ottawa

Ces nominations d’anciens haut placés du gouvernement Obama permettent à Joe Biden de certifier que son propre gouvernement sera prêt à se mettre au travail dès le 20 janvier. L’équipe s’est targuée d’avoir choisi « des leaders d’expérience, qui ont été mis au défi lors de crises passées et qui seront prêts à se mettre au travail dès le premier jour ».

« Le monde a changé depuis Barack Obama, admet Raymond Chrétien. Mais c’est clair qu’il y a un désir de rétablir le rôle et la place des États-Unis dans le monde à l’intérieur de l’architecture internationale existante que les Américains eux-mêmes ont créée. C’est un message fondamental. »

Et un message qu’a défendu le gouvernement de Justin Trudeau depuis son arrivée au pouvoir, en tentant de réformer de l’intérieur certaines institutions, comme l’Organisation mondiale du commerce, et d’en protéger d’autres, comme l’OTAN et l’ONU.

Le bureau du ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, n’a pas réagi directement aux nominations de Joe Biden, mais a dit qu’il avait « hâte de forger des relations de travail solides » avec cette équipe « comme avec toutes les administrations américaines précédentes », notamment dans la lutte contre les changements climatiques et le renforcement du multilatéralisme.

Photo: Bertrand Guay Agence France-Presse Joe Biden a nommé au sein de son équipe de sécurité nationale l’ancien secrétaire d’État de Barack Obama, John Kerry, qui parle français et qui avait été au cœur de la signature par les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat.

Joe Biden a par ailleurs retenu une diplomate de carrière afro-américaine comme ambassadrice aux Nations unies. Linda Thomas-Greenfield aura justement pour mandat de « renouveler nos relations avec nos amis et alliés », a-t-il fait valoir par voie de communiqué, et de « rétablir la réputation des États-Unis sur la scène mondiale ».

Alejandro Mayorkas, qui a été secrétaire adjoint à la Sécurité intérieure pour le gouvernement Obama, serait le premier Américain d’origine cubaine à occuper le poste de secrétaire de ce portefeuille si sa nomination est confirmée par le Sénat.

Avril Haines, qui a été la première femme directrice adjointe de la CIA, deviendrait quant à elle désormais la première femme directrice du renseignement national.

Quant au poste de conseiller à la sécurité nationale, il sera confié au conseiller de longue date de Biden Jake Sullivan, 43 ans, si le Sénat donne son accord. Le président désigné compte en outre créer un précédent en nommant bientôt, selon plusieurs médias, l’ancienne présidente de la Réserve fédérale Janet Yellen au poste de secrétaire au Trésor.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat–Le Devoir.  

Victoire de Biden au Michigan

La victoire du démocrate Joe Biden dans l’État-clé du Michigan a été officiellement certifiée lundi, un nouveau revers pour Donald Trump, qui refuse toujours de reconnaître sa défaite à la présidentielle du 3 novembre. Une commission a validé le décompte des résultats dans cet État doté de seize grands électeurs, où Joe Biden dispose d’une avance de plus de 155 000 voix sur 5,5 millions de suffrages exprimés. Un des quatre membres de cette commission, un républicain, s’est abstenu, reprenant à son compte les accusations d’irrégularités proférées, sans preuve, par le président sortant qui avait remporté de justesse cet État en 2016.  

Agence France-Presse

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