Washington se met à l’abri

Craignant d’être victimes de vandalisme mardi soir, de nombreux commerçants de Washington ont protégé leur magasin.
Photo: EPA / Jim Lo Scalzo Craignant d’être victimes de vandalisme mardi soir, de nombreux commerçants de Washington ont protégé leur magasin.

Personne ne sait prédire le résultat de l’élection de mardi soir dans les rues de Washington. Mais tous s’attendent à ce que la capitale américaine soit secouée de manifestations lorsque l’on saura qui, de Donald Trump ou Joe Biden, aura remporté le scrutin présidentiel.

Le centre-ville de Washington a passé la journée de lundi à placarder les vitrines de ses commerces. La police de la ville a prévenu qu’un grand périmètre pourrait être fermé à la circulation mardi et mercredi, encerclant la Maison-Blanche, où le président Trump suivra en direct les résultats de la soirée électorale.

Tout le long des rues bordant ce périmètre, les fenêtres du rez-de-chaussée d’édifices commerciaux ou de tours de bureaux sont placardées ou en voie de l’être.

Au National Museum of Women in the Arts, à trois coins de rue de la Maison-Blanche, sur l’avenue New York, l’employé Mike Barreto installe des panneaux de bois le long des fenêtres. Cet été, lors des grandes manifestations en marge du mouvement Black Lives Matter, l’immeuble de bureaux en face a vu ses portes vitrées défoncées. Le musée préfère prévenir le coup cette fois-ci. M. Barreto ne sait trop à quoi s’attendre mardi soir. « Les manifestations ne seront peut-être pas demain, mais vendredi », s’aventure-t-il à prédire au Devoir. « Parce qu’il va falloir quelques jours avant que les votes soient tous comptés et, lorsqu’ils annonceront enfin les résultats, les gens vont manifester », prévoit M. Barreto, alors qu’il lui reste encore la moitié des fenêtres du musée à protéger.

Deux coins de rue plus haut, le concierge d’un édifice commercial et résidentiel se souvient lui aussi de voisins qui ont payé les frais cet été de « quelques casseurs ». L’homme afro-américain d’un certain âge — qui préfère ne pas se nommer — ne craint pas outre mesure la soirée de mardi. De toute façon, il sera tranquille chez lui, après avoir surveillé son entrée pendant la journée. « Il pourrait y avoir des manifestations. Les choses pourraient aller dans un sens ou dans l’autre. Alors, on se prépare », dit-il, semblant néanmoins moins inquiet que les autorités policières de la ville.

Les quelques commerces qui n’avaient pas encore placardé leurs vitrines lundi se préparaient pour beaucoup à le faire. Un nettoyeur avait ainsi empilé des panneaux de bois près de sa porte d’entrée, prêt à les y apposer. L’employé d’une pâtisserie Au Bon Pain rapportait quant à lui que le café serait barricadé dès lundi soir.

Une soirée sous haute tension

Il faut dire que Washington sera au cœur de l’action, mardi, puisque le président Donald Trump a décidé de rester en ville et de passer la soirée à la Maison-Blanche avec 400 invités.

Les autorités ne prennent donc aucun risque. Un agent du service secret, patrouillant dans le secteur, a indiqué au Devoir qu’une haute clôture impossible à escalader par les manifestants sera érigée tout autour du quartier de la Maison-Blanche d’ici mardi soir. Des hélicoptères survolent régulièrement le centre-ville, à basse altitude. Les dispositifs prévus pour la journée de mardi sont exceptionnels, reconnaît-il. « On ne fait pas cela à chaque élection. »

Mais cette élection est particulière, dans la mesure où le président Trump met en doute les résultats à venir depuis déjà quelques semaines.

Donald Trump aurait même confié à ses conseillers, selon ce que révélait le média américain Axios dimanche, qu’il se déclarera gagnant le soir de l’élection si les résultats préliminaires suggèrent qu’il est « en avance ». Plus de 96 millions d’Américains avaient déjà voté par anticipation lundi — soit 71 % du nombre total de votes exprimés en 2016 —, dont 62,8 millions par voie de bulletins postaux. Les résultats finaux risquent donc de se faire attendre au moins quelques jours, le temps que tous ces bulletins postaux soient comptés. Nonobstant, le président pourrait avoir l’intention de tirer ses propres conclusions en cours de soirée, mardi, à Washington.

Le président a nié dimanche soir les informations rapportées par Axios. Mais il a ajouté qu’il jugeait « terrible » que des bulletins de vote puissent être comptabilisés après l’élection — ce qui est une pratique normale lors de chaque élection américaine. « Je trouve que c’est terrible qu’on ne puisse pas connaître les résultats de l’élection le soir de l’élection. […] Nous nous préparons à la soirée, dès que l’élection sera terminée, nous aurons nos avocats », a raillé le président.

Dans certains États, comme la Pennsylvanie, l’écart entre les résultats des votes exprimés en personne mardi et les millions d’autres placés en amont du jour du scrutin pourraient renverser les résultats, une fois ces bulletins par anticipation comptés.

Le suspense de la soirée électorale risque donc de s’étirer. Si bien que certains commerces situés à un jet de pierre de la Maison-Blanche prévoient même de rester barricadés jusqu’à l’inauguration du président — que ce soit de nouveau M. Trump ou Joe Biden — le 20 janvier.

La « nouvelle normalité »

Les résidents de Washington ne sont pas étonnés de voir leurs commerces du centre-ville ainsi barricadés. La pratique a débuté cet été, lors des grandes manifestations de Black Lives Matter, qui avaient là aussi secoué le quartier de la Maison-Blanche.

« Ces commerces placardés, c’est la nouvelle normalité ici », laisse tomber une équipe de journalistes de la télévision locale. Les médias locaux s’attendent à des manifestations, peu importe l’issue de la soirée de mardi. « Soit ils vont manifester, soit ils vont célébrer. »

La ville et ses policiers, en tout cas, s’y seront préparés.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat—Le Devoir.

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