En Floride, Trump vante une croissance «explosive», Biden l’accuse de propager le virus

À Tampa Bay, Donald Trump était accompagné de sa femme, Melania, qui a fait une brève allocution.
Photo: Evan Vucci Associated Press À Tampa Bay, Donald Trump était accompagné de sa femme, Melania, qui a fait une brève allocution.

Économie contre pandémie : Donald Trump et Joe Biden ont fait campagne jeudi en Floride, État clé où le président américain, en retard dans les sondages, a vanté les derniers chiffres de croissance, tandis que son rival a redoublé d’attaques sur sa gestion de la COVID-19.

Deux styles de candidats, deux stratégies de campagne, deux approches radicalement différentes face à l’épidémie de coronavirus : les habitants du « Sunshine State » ont assisté à un concentré de cette campagne 2020.

Nettement plus en retrait depuis le début de la campagne, Joe Biden, qui a peu quitté sa petite ville de Wilmington, dans le Delaware, met en avant la nécessité de donner l’exemple face à cette pandémie meurtrière.

« Les meetings de Trump sont des actes ultra-propagateurs, il propage le virus à travers le pays », a dénoncé jeudi soir sous la pluie à Tampa l’ancien vice-président américain, à vingt minutes du lieu où Donald Trump s'était exprimé quelques heures plus tôt.

« Il [Trump] propage en plus la division et la discorde. Nous avons besoin d’un président qui va nous rassembler », a poursuivi l’ex-bras droit de Barack Obama, qui se présente en rassembleur d’une Amérique divisée.

Porter un masque, respecter les gestes barrière « n’est pas une prise de position politique, c’est un devoir patriotique, pour l’amour de Dieu ! » s’est-il exclamé devant quelques centaines de personnes qui assistaient à ce rassemblement en drive-in, assis sur leurs voitures ou debout à côté.

« Je vais mettre en place un plan pour gérer cette pandémie de façon responsable, unir le pays au sujet des tests, du traçage des cas contacts et des masques », a ajouté Joe Biden, avant que l'averse n'écourte son discours. 

Les États-Unis connaissent une recrudescence de l'épidémie de COVID-19. Ils ont enregistré plus de 90 000 nouveaux cas entre mercredi et jeudi, un nouveau record, selon un comptage de l'université Johns Hopkins. 

À l'opposé, Donald Trump, 74 ans, se montre désormais ouvertement ulcéré par l’attention trop grande accordée, à son goût, à ce virus qui a fait plus de 228 000 morts aux États-Unis.

Le président américain, qui mobilise partout où il passe des foules importantes, le plus souvent peu soucieuses du port du masque et de la distanciation physique, fait de la taille de ces rassemblements son principal atout de campagne et moque à la moindre occasion son adversaire, incapable selon lui de susciter un tel enthousiasme.

« Croissance économique explosive »

« Dans cinq jours, nous allons gagner la Floride, nous allons gagner quatre ans de plus ! » a lancé, depuis Tampa, le président américain, coiffé d’une casquette rouge « Make America Great Again ».

Fait rare, il était accompagné de sa femme, Melania, qui a fait une brève allocution. « Une voix pour le président Trump est une voix pour une Amérique meilleure », a-t-elle lancé, lunettes de soleil sur le nez.

Le président américain a vanté la hausse, annoncée quelques heures plus tôt, de 33,1 % du produit intérieur brut au troisième trimestre (en rythme annualisé). « Aucun pays n’a de chiffres comme ceux-là », a-t-il affirmé, louant une « croissance économique explosive » et promettant une année 2021 de tous les records. « Tellement heureux que ce fantastique chiffre du PIB soit sorti avant le 3 novembre », avait-il tweeté plus tôt.

Mais ce chiffre, aussi spectaculaire soit-il, intervient après un plongeon tout aussi historique de 31,4 % au printemps. Il a en outre été essentiellement soutenu par les aides généreuses versées par le gouvernement fédéral face à la pandémie, et qui ont désormais pour la plupart pris fin.

 

La Floride détient « les clés »

Portant ses célèbres lunettes « aviator », Joe Biden, 77 ans, a aussi attaqué le bilan économique du milliardaire républicain, l’un de ses points forts dans les sondages.

« Nous avons laissé à Donald Trump une économie solide », a-t-il affirmé. « Et comme tout ce dont il a hérité, il l’a dilapidée. »

En difficulté dans le Wisconsin et le Michigan, deux États qu’il avait remportés d’extrême justesse en 2016 face à Hillary Clinton, Donald Trump ne peut se permettre de perdre également la Floride s’il veut espérer un second mandat.

Une victoire de Joe Biden dans ce grand État du Sud-Est, où les résultats devraient être annoncés assez tôt le soir du 3 novembre, pourrait mettre rapidement fin au suspense de la soirée électorale.

Or les deux septuagénaires sont au coude-à-coude dans cet État qui représente 29 voix au collège électoral, sur les 270 nécessaires pour décrocher la Maison-Blanche.

« Je ne suis pas du tout confiante. J'ai beaucoup travaillé à faire du porte-à-porte, appeler, solliciter des donations et envoyer des textos. Je fais ça depuis des mois maintenant, et je ne m'arrêterai pas jusqu'au jour de l'élection », assure  Mary Ann Gouveia, militante pro-Biden, croisée à un rassemblement du candidat. 

Joe Biden l’a souligné devant ses partisans : « Le cœur et l’âme du pays sont en jeu. Ici même en Floride, cela dépend de vous, vous détenez les clés. Si la Floride devient bleue », la couleur des démocrates, « c’est terminé ! »

Comme Joe Biden dans le Delaware et Donald Trump en Floride, plus de 80 millions d’électeurs ont déjà voté par anticipation, un record historique.

Sillonnant les États-Unis à un rythme intense, le président américain a été forcé de reporter à lundi un autre meeting prévu jeudi soir en Caroline du Nord. En cause ? De fortes rafales. « Je vous aime la Caroline du Nord […] À lundi !!! » a tweeté Donald Trump.

 

À voir en vidéo