Un après-débat comme un coup de semonce

Joe Biden en campagne mercredi en Ohio. Le candidat démocrate a qualifié le comportement de son rival durant le débat télévisé de mardi de «honte nationale».
Photo: Alex Wong Getty Images / Agence France-Presse Joe Biden en campagne mercredi en Ohio. Le candidat démocrate a qualifié le comportement de son rival durant le débat télévisé de mardi de «honte nationale».

Consternation et mobilisation. Au lendemain du premier débat télévisé chaotique et houleux entre Donald Trump et Joe Biden, l’Amérique s’est indignée en chœur des propos du président américain qui, mardi soir, a appelé sans ambages une organisation néofasciste à « se tenir prête » après avoir refusé de condamner la montée de mouvements de suprémacistes blancs aux États-Unis.

Toute la journée, l’équipe de campagne du milliardaire autoproclamé a cherché d’ailleurs à minimiser le commentaire en parlant d’un lapsus. « Il a dit “ reculer” [et non pas d’être prêt]. Sa langue a fourché », a prétendu son fils Donald Trump junior sur les ondes de CBS mercredi matin. « Il est le premier à condamner » l’extrême droite, a-t-il ajouté.

« Il n’a pas besoin de ce genre de milice », a indiqué la directrice des communications de la Maison-Blanche, Alyssa Farah, à l’antenne de Fox News tout en assurant que le président « condamnait totalement les suprémacistes blancs ».

La milice en question, nommée lors du débat par le président, s’est réjouie de cet appel présidentiel en répondant présente sur le réseau Telegram. « Debout et prêt, Monsieur », a-t-elle écrit.

« Dire que les Proud Boys sont galvanisés par [ce commentaire] est un euphémisme », a résumé Megan Squire, spécialiste de l’extrémisme en ligne à l’Université d’Elon en Caroline du Nord, interrogée par le réseau NBC. « Ils étaient pro-Trump avant ce cri, et ils sont aux anges maintenant. Leur fantasme est de combattre [le mouvement antiraciste] et c’est ce que le président leur a apparemment demandé de faire. »

« S’il vous plaît, votez ! »

Après avoir condamné les propos du président américain dans la foulée du débat télévisé, Joe Biden en a ajouté une couche mercredi en qualifiant le comportement de son rival de « honte nationale » durant le débat. « Le président s’est conduit comme il le fait depuis toujours », a-t-il dit lors d’un passage en Ohio où il faisait campagne mercredi, qualifiant le commentaire du président à l’endroit d’un groupuscule de la droite radicale de « coup de semonce pour tous les Américains ».

« Mon message aux Proud Boys et à tous les autres groupes suprémacistes blancs est d’abandonner et de s’abstenir », a-t-il ajouté. « Cela ne nous représente pas. Ce n’est pas ce que nous sommes en tant qu’Américains. »

Sur Twitter, le basketteur LeBron James, ouvertement opposé à Donald Trump et l’un des sportifs les plus aimés de l’Amérique, a résumé son affliction en une formule lapidaire : « S’il vous plaît, votez ! »

Nourrir l’ambiguïté

En fin de journée, Donald Trump a indiqué ne pas connaître le groupe de suprémacistes blancs pourtant mentionné la veille au débat. « Tout ce que je peux dire, c’est qu’ils doivent reculer et laisser les forces de l’ordre faire leur travail », a-t-il dit aux journalistes depuis le jardin de la Maison-Blanche, entretenant ainsi l’ambiguïté habituelle sur ses accointances avec les mouvements racistes et suprémacistes américains blancs.

En 2017, le président avait assuré qu’il y « avait de bonnes personnes dans les deux camps », après une manifestation de la droite identitaire à Charlottesville, en Virginie, dans la foulée du retrait d’un monument à la mémoire des confédérés et du passé esclavagiste américain.

Dans l’enceinte du sénat, le leader de la minorité démocrate, Charles Shumer a cité Macbeth de Shakespeare pour qualifier la performance de Donald Trump lors du débat comme un « conte raconté par un idiot, plein de bruit et de fureur et qui ne signifie rien ».

« Comment n’êtes-vous pas gêné que le président Trump représente votre parti, a-t-il demandé à ses collègues républicains ? Comment pouvez-vous soutenir quiconque se comporte de cette façon ? Voyez-vous la même personne que nous ? »

Après le débat de Cleveland mardi, les deux candidats à la présidence se préparent à croiser le fer de nouveau le 15 et le 22 octobre prochain. La commission pour les débats présidentiels a d’ailleurs annoncé mercredi son intention de revoir les règles afin d’éviter la cacophonie de mardi soir.

« Le débat d’hier a montré qu’une structure supplémentaire devait être ajoutée au format des débats pour assurer une discussion plus ordonnée », a reconnu la CDP par voie de communiqué.

Les organisateurs pourraient couper le micro du candidat lorsque ce n’est pas son temps de parole.

Selon un sondage mené par CBS, c’est finalement l’agacement quant au ton abrasif de la rencontre de mardi et la violence des propos qui semble avoir gagné, ralliant 66 % des téléspectateurs interrogés après le débat.

Avec l’Agence France-Presse

À voir en vidéo